II. Avertissement préliminaire
En chaque méditation je vous donnerai un modèle d'affections, pour vous aider à entretenir conversation avec Dieu. Par là cependant je ne prétends point fermer la porte aux affections qui vous viendront au cœur ou que Dieu vous donnera :bien au contraire, ce sont celles que je vous conseille de mieux recevoir et d'entretenir longuement; mais seulement je vous indique ces affections pour donner de l'ouverture à votre esprit. Je vous les tracerai sans suite de discours et comme par manière de mémorial : car souvent l'entendement s'obscurcit quand il ne rencontre pas le moyen de mettre du sien et de s'exercer dans ce qu'on lui propose ; tandis que ce qu'il comprend par sa propre application, éclairée de la lumière du ciel, pénètre son âme beaucoup plus que tout ce qu'on peut lui dire.
Vous vous gouvernerez de la même manière à l'égard des résolutions; et le petit examen que je ferai sur chaque méditation vous apprendra facilement ce que vous avez à faire et à corriger. Mais en tout cela vous observerez les règles et les avis qui vous ont été donnés précédemment dans le traité de l'Oraison I.
Voilà ce que j'ai cru pouvoir faire de mieux pour satisfaire à votre désir, et ce qui est, à mon avis, le plus propre pour parvenir à ce que je souhaite de vous, qui est que vous estimiez votre profession pour ce qu'elle est, et que vous la traitiez comme elle mérite.
1 Voir page 78 et suivantes.
Je développerai les choses un peu longuement, afin que les âmes pieuses, qui avec vous suivent la même voie, puissent aussi s'en servir avec avantage. Celles qui commencent y trouveront de quoi se faciliter l'exercice de l'oraison, qui se fait par la méditation ; et les plus avancées y trouveront de quoi s'occuper en l'imitation et représentation de Jésus-Christ; et même celles qui sont parvenues à la voie unitive pourront revenir à la simple méditation, quand l'Esprit de Dieu ne voudra pas leur donner autre chose.
Je crois que les âmes religieuses, quelles qu'elles puissent être, ont besoin de bien se pénétrer de toutes ces vérités, et de se les remettre devant les yeux de temps en temps, de peur de les oublier ou d'en perdre le sentiment, parce que l'esprit humain oublie facilement les choses spirituelles; ou bien, s'il ne les oublie complètement, il ne s'en souvient que d'une manière sèche et insipide. Il faut donc les lui représenter souvent, pour qu'il y apporte une nouvelle application.
L'âme qui veut conserver les bons sentiments qu'elle a conçus de la vertu, doit tenir pour certain qu'elle a besoin de s'appliquer tous les jours à la prière et à la recherche des vérités chrétiennes, de même que chaque jour pour vivre elle a besoin de nourriture. Cependant s'il arrive que les sentiments des vérités dont elle a été pénétrée, lui semblent s'évaporer, et qu'il ne lui en reste qu'une faible connaissance, qui lui paraît comme morte, parce qu'elle n'en ressent aucun mouvement, qu'elle ne s'en afflige nullement, mais qu'elle reconnaisse que Dieu le permet ainsi afin de l'engager à prier
et à chercher chaque jour auprès de lui son pain quotidien. Il veut par là lui apprendre qu'elle est obligée de travailler pour conserver sa vie spirituelle, comme elle est obligée de travailler pour entretenir sa vie naturelle. Que cette âme ait donc recours à Dieu, et qu'elle ait pleine confiance en lui, quoique d'une façon un peu sèche ; et par la foi il la soutiendra d'une manière secrète, plus forte et plus efficace que par les sentiments les plus agréables. La foi est pour aller à Dieu la voie la plus pure, la plus courte et la plus assurée : car elle est éloignée des illusions qui se rencontrent souvent dans le sentiment.
Venons maintenant aux méditations.