‹ Avocats et magistratsChapitre 19 sur 43 · Jeannc-Ide Pillas · texte numérisé non relu

Jeannc-Ide Pillas

neur d'une province. Il était savant et bon, silencieux et paisible; — grand chasseur, dit-on, pendant les vacances. — Je l'ai vu souvent, et je me le rappelle toujours avec respect : un petit vieillard maigre et voûté, parlant bas et avec bienveillance; boitant à petits pas sur les dalles muettes de son vieil hôtel de la rue Saint-Christophe. Qui pouvait penser alors que dans ce logis patriarcal, où tout respirait l'ordre et la paix, une mort tragique briserait, au milieu de toutes les épouvantes de la guerre, cette longue et belle vie?

Alfred Levesque commença ses études au collège de Soissons. Là aussi commencèrent ses succès; et le pauvre lycée en porta la peine. Malgré son amour pour sa chère province, le sage président pensa que les murs du collège natal étaient un peu étroits pour cette gloire naissante; et lorsque son fils eut treize ans, il le fit partir pour Paris.

Sur les frontières les plus reculées du quartier Latin, dans les sombres bâtiments d'un ancien couvent, le collège Rollin faisait revivre alors les fortes traditions de la vieille université de France, et la renommée de l'antique Sainte-Barbe dont il avait d'abord porté le nom.

C'est dans cette école déjà célèbre, sous le gouvernement habile et paternel de M. Defauconpret, que le jeune provincial vint continuer ses études. Dès la première année, il était cité parmi 1rs plus brillants élèves de la maison. Bientôt il n'y rencontrait plus guère de rivaux.

En 1834, Levesque remportait sept prix au collège, sept prix au concours — Quatorze prix!... Quant aux couronnes, on n'en a jamais su le nombre. C'était autour de lui comme une jonchée triomphale; car, dans un élan

superbe et charmant d'admiration juvénile, tous les lauréats, prenant leurs classiques diadèmes, s'étaient mis à en bombarder gaiement le héros stupéfait de cette tumultueuse apothéose. L'ombre du sage Rollin dut tressaillir à ce spectacle; et M. Guizot, lui-même, se penchant vers le timide vainqueur, lui adressa, de sa belle voix éloquente et grave, d'affectueuses félicitations.

Mais le pauvre Levesque n'était pas au bout de sa gloire! Ce jour-là, dans la grande salle de la Sorbonne, une mère, — une admirable mère \ était venue pour voir couronner un de ses fils. Le triomphe du jeune écolier l'émut jusqu'au fond du cœur. Le lendemain il recevait, — de la part du Roi, — une magnifique collection des classiques latins, et il s'en alla dîner, sans cérémonie, au palais des Tuileries, au milieu de cette belle famille qui donnait au pays l'exemple de toutes les vertus et le spectacle de tous les bonheurs. Ainsi a commencé, au milieu des fêtes enchantées de la jeunesse, cet échange fidèle de respectueux attachement et de cordiale bienveillance que n'ont jamais altéré le hasard des révolutions ni les caprices de la fortune.

En 18.38, Levesque avait fini ses études classiques, et quatre ans après, il terminait ses études de droit.

La littérature avait alors au Palais quelque crédit. Les orateurs d'Athènes et de Rome avaient à Paris des rivaux, et les rhéteurs quelques émules. On citait des avocats qui avaient lu Démosthène, et plusieurs imitaient clandes-

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