FAITES DES ACTES D'AMOUR PUR
Dominus est !.… C'est le Seigneur !.….
Je veux vous parler ma ntenant de l'acte d'amour pur. Que cela ne vous effraie pas.
Laissez toutes vos craintes du passé dans
le coeur de Jésus, avec une sainte confiance, car il est aussi bon et miséricordieux que nous sommes faibles et imparfaits. St.
François de Sales dit que le trône de la miséricorde de Dieu, c’est notre misère : il faut donc d’autant que notre misère sera plus grande, avoir aussi une plus grande confiance en Lui. Vous pouvez faire cet acte d'amour dans une grande sécheresse, il n’est nullement besoin de rien ressentir dans son coeur, cela ne dépend pas de nous, sur-
- tout lorsque la souffrance paralyse tout notre être ; * est même bien plus méritoire, lorsqu'il est fait sans aucun goût. Dites donc :
Mon Dieu, je vous aîme, parce que vous
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êtes bon, et infini dans toutes vos perfections, je vous aime parce que vous êtes aimable, je vous aime parce que vous êtes l'amour incréé. Moi, qui suis-je ? — misère, infirmité, néant! O médecin charitable, faites que je vous aime de plus en plus.
Ainsi soit-il.
Je vous assure, chère âme, que si vous faites cet acte d'amour pur avec foi et de
toute la force de votre volonté, seulement
une fois le jour, vous purifiez votre âme, vous vous ouvrez le ciel, vous glorifiez Dieu, et votre couronne sera belle.
Dominus est !.…. | C’est le Seigneur!
Entrez dans les sentiments d’une religion très profonde. Adorez la justice de Dieu, sa sainteté, sa souveraineté, vous souve- :
nant de l’honneur singulier que vos souffrances leur peuvent rendre. Anéantissezvous devant lui, et livrez-vous comme une victime au glaive qui vous immole. C’est
Jégus, je vous l’ai dit, qui est le prêtre de votre sacrifice, Priez aussi dans vos souffrances. Il n’y a rien contre quoi l’on soit ordinairement plus tenté : c'est le signe que rien n’est plus utile. Mais priez avec plus d’ardeur, d’insistance et de confiance que jamais, comme Jésus dost l'Evangile dit ‘“ qu'étant tombé en agonie, il prolongeait sa prière.” (Luc.
XXII, 48.) Aimez dans la souffrance, Vous pouvez bien comprendre que l’amour, si précieux partout, est ici hors de prix. Quel triomphe! Aimer qui vous châtie! bénir qui vous affige ! rendre grâces à qui vous fait pleurer ! car vous pouvez et devez aller jusquelà. ‘“ C’est le propre ües chrétiens, dit St- , Jérôme, de remercier Dieu dans le malheur.” Faites-le. Dites à Dieu qu’il est bon, ‘et que vos lèvres ne s’emploieront jamais qu’à le louer. (Psalm. XXXILI, 2.) Diteslui, répétez-lui sans cesse que votre coeur est tout à lui. Oubliez-vous vous-même et % pensez à sa joie : cela vous consolera sin-
gulièrement dans vos peines. Il y a un admirable mot du Père de Ravignan, dans les derniers jours qu’il passa sur la terre, jours de très vives souffrances d’abord et bientôt d’agonie. On lui demandait ce qu'il faisait la nuit : “Je prie, répondit-il, je pense que Notre-Seigneur est bon et qu’il est bien dans le ciel: cela me console d’être mauvais et d’être mal sur la terre.” C’est une parole de saint, usez-en : votre vocation à tous est d’être saint.
Dominus est !… C’est le Seigneur!
Que vous dirai-je encore ? Taisez-vous.
C’est un grand acte. Regardez la place que.
le silence tient dans la vie de Jésus, dans sa passion surtout : Méditez ces mots adorables : “Quant à Jésus, il se taisait ” (Matth. XXVI, 683.)
Se taire, ne pas se plaindre lâchement ; se taire, ne pas raconter sa peine à tout le monde, ni vouloir qu’on s’y intéresse à tout prix ; savourer seul et au dedans ce grand
don de Dieu qui est la souffrance. Vous . vous tairiez si vous portiez entre vos mains le Saint-Sacrement. Vous y portez la croix
quand vous souffrez : en un sens, l’un vaut l’autre.
La patience dépend beaucoup du silence.
Les forces s’échappent avec les paroles.
C'est seulement à l’aide de Ia grâce du silence que les saints portent de si lourdes croix... Le silence est l'atmosphère propre de la croix... Les meilleures croix sont secrètes.
“Je suis resté muet, disait le saint Roi David ; je n’ai pas ouvert la bouche, Ô Dieu, parceque c’est vous qui faisiez tout.” (Psalm. XXXVIII, 10.)
Edifiez le prochain par votre patience, souriez-lui, remerciez-le de ses moindres soins. |
Il y a plus: faites-lui l’aumône. Vous êtes si riche quand vous souffrez! Vos richesses sont vos souffrances mêmes. Soyezen prodigues.
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Je vous l'ai dit, le chrétien qui souffre n’est autre que Jésus continuant de souffrir pour le rachat du monde. A l'heure où vous portez la croix, voyez Jésus en vous ; considérez qu’il est votre chef et que vous êtes ses membres : livrez-rous à lui et demeurez à ses usages. îe plus émouvant et de plus vrai ? «vez besoin des douleurs de Jésus : voici qu’il daigne avoir besoin des vôtres ! Les lui refuserez-vous jamais, songeant surtout qu’il a encore tant de pécheurs à convertir, tant d’infidèles à conquérir, tant d’âmes à délivrer du Purgatoire, tant d’élus à faire entrer en paradis ? Vous êtes miséricordieusement appelés à l'aider dans cette oeuvre par vos souffrances offertes. Donnez les-lui, mais largeraent, mais sans réserve. Quelque chose de vos douleurs demeure votre bien; c’est ce qui constitue votre mérite personnel par leur union à celles du Sauveur ; mais ce que ces douleurs peuvent réparer de péchés, les dettes qu’elles peuvent solder, et tant de grâces qu’elles peuvent obtenir; c’est ce
que vous pouvez à votre gré ou retenir pour vous, ou abandonner à autrui.
Dominus est !….
C’est le Seigneur !.…
Enfin le dernier degré du bien en ceci, c'est d'aimer la souffrance, et, comme dit saint Bernard, ‘“ de l’embrasser avec ardeur.” C’est le suprême triomphe de l’esprit sur la chair: c’est la parfaite imitation de Jésus : car îici, comme partout, c’est Jésus qui est le modèle. Par une tendresse infinie, il a daigné se réduire quelques heures à l’état d’un homme accablé. Sachant que nous aurions tant de maux à souffrir et si peu de courage à les supporter, il a tenu à nous faire voir comment, même en ces durs excès qui font crier miséricorde, le chrétien doit se résigner. “Je dois être baptisé, disait-1l, d’un baptême de sang, et combien Je me sens pressé et dans l’angoîsse jusqu'à ce qu’il s’accomplisse!” Ces paroles révèlent tout son coeur. Il avait faim et soif de noyer
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dans son sang les incroyables offenses faites à Dieu son Père par le genre humain.
Mais vous l’entendez bien, c’est la charité qui explique tout. Non seulement c’est elle qui justifie cet étrange amour des souffrances et le consacre en vous, mais elle seule le rend possible. Beaucoup d’âmes buttent là parcequ’elles s’imaginent que la perfection consiste à aimer directement la douleur, c’est-à-dire ce qui, par son essence même, est le contraire d’une chose aimable, Ces pauvres âmes déclarent alors que l'amour des croix est hors de leur portée, et qu'elles ne l’atteindront jamais. Si la croix n’est que la croix, ces âmes ont raison ; l’insuccès est certain; la Vierge Marie elle-même n’y aurait pas réussi.
Mais si la croix s’anime, qu’elle devienne le crucifié, tout aussitôt l’âme émue comprend que le péché une fois entré dans le monde, la paix, la vie, ici-bas, c’est la douleur, Quand lâme a pris son essor vers Dieu, dit Saint Augustin, merveilleusement libre, elle étend pour voler, des ailes pleines
et magnifiques, et, forte de son chaste amour, elle s’élance vers Dieu qui l’appelle pour l’embrasser. :
Ah ! n’ayez pas peur des voies parfaites.
Si la foi peut déjà toutes choses, de quoi Pamour n'est-il pas capable ? Demandez donc cette grâce insigne d’aimer la croix ; eussiez-vous travaillé toute votre vie pour VJavoir, et ne vînt-elle féconder que votre dernier quart d'heure, vous seriez plus que payés de vos peines. La croix ici, la joie-làhaut, l'amour partout. Amen
Le saint abandon dans la souffrance.
Dominus est !.… C’est le Seigneur !.…