‹ Avoir souffert, demeure éternellement! [microforme]Chapitre 9 sur 12 · NT NN · texte numérisé non relu

NT NN

nous le versent à pleines mains à chaque heure du jour. O chère âme qui lisez ceci, il ne vous en coûtera pas davantage, faites ce que vous faites, souffrez ce que vous souffrez : il n’y a que votre coeur à changer. Ce qu’on entend par le coeur, c’est la volonté. Ce changement consiste donc à vouloir tout ce qui nous arrive par l’ordre de Dieu.

L'âme qui voit la volonté de Dieu dans les plus petites choses, dans les plus désolantes et les plus mortelles, reçoit tout avec joie, un respect égal ; ce que les autres craignent et fuient avec horreur, elle ouvre son âme pour le recevoir avec amour. L’équipage est Etit, les sens le méprisent ; mais le coeur, sous cette apparence vile, respecte également la volonté de Dieu ; -et plus elle s’abaisse pour venir en ce petit train et en secret, plus le coeur est pénétré d’amour.

Comment rendre ce que l’âme ressent quand elle reçoit la divine volonté, si rape- * tissée, si pauvre, si anéantie! ah! quelle

délicieuse paix on goûte quand on peut voir ainsi Dieu à travers toutes les créatures, comme à travers un voile transparent !

Courage, âme fidèle, suivez ce cher Epoux qui marche à pas de géant, rien ne peut 8e dérober à ses yeux. Il marche au-dessus des plus petits brins d’herbe, comme audessus des cèdres. Les grains de sable se trouvent sous ses pas comme les montagnes. Partout où vous pouvez mettre le pied, il a passé, vous n’avez qu’à le suivre : allez À tous les vents, par toutes les routes et de toutes les manières, pour avancer vers le large et l'infini... Action de chaque minute, vous êtes mon livre ouvert, ma doctrine, ma science. Le momént présent n’estil pas toujours comme votre ambassadeur qui m’apporte vos ordres, Ô mon Dieu!

O vous qui avez soif, venez à la source des eaux vives, elle jaillit tout prs de vous dans le moment présent ; hâtez-vous d’y courir et de vous y désaltérer, Précieux moment! que tu es petit aux yeux du vul--

gaire ! que tu es grand aux yeux que la foi illumine !

Quand Dieu voit qu’il peut compter sur une âme, après qu’il l’a visitée par des grâces avant-coureurs des plus rudes épreuves, il se cache et l’abandonne à sa misère, aux désolations, aux mépris, aux calomnies... Mais que cette âme sache se taire, car Dieu est là... C’est en vain, néanmoins qwelle l'appelle: Dieu parait sourd, et même il fuit. Mais un jour, comme l’enfant qui se cache pour se faire chercher, il lui ouvrira le ciel en souriant, tout heureux de lavoir contrainte à obtenir des mérites qu'elle aurait laissé perdre si on l'avait éoutée. Quand Dieu trouve une fime généreuse, il ne la perd plus de vue : il compte bien en faire une pierre choisie de son éternelle cité. Aussi malgré ses cris sera-t-elle soumise à toutes les opérations du ciseau.

Dans l’abandon l'unique règle est le moment présent. L'âme y est légère comme une plume, simple comme l’eñfant ; elle y est mobile comme une boule, pour y recevoir

toutes les inspirations de la grâce. Elle se présente à Dieu comme une simple toile, sans penser ni rechercher ce qu’il plaira à Dieu d'y peindre.

Plus de telles âmes s’appliquent à leur petit ouvrage, tout simple, tout caché, tout. secret et tout méprisable qu’il soit à l’extérieur, plus Dieu l’embellit par la broderie et par les couleurs qu’il y mêle. Sur le fond de cette simple toile d'amour et d’obéissance, ses divines mains se plaisent à tracer les traits les plus beaux, les dessins les plus délicats et les plus achevés, les figures les plus divines. Mirificavit Dominus Santum suum.

Il est vrai qu’une toile simplement abandonnée au pinceau, ne sent à chaque instant que l’application du pinceau. Chaque coup de ciseau ne peut faire sentir à une pierre aveugle qu’une pointe cruelle qui la détruit. Elle ne sent qu’un ciseau qui la diminue, qui la râcle, qui la coupe, qui la défigure. Et une pauvre pierre par exemple, que l’o1 veut faire devenir un crucifix, et

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qui ne le sait pas, si on iui demandait:

‘“ Qu'est-ce donc qui se passe en toi?” elle pourrait répondre: ‘Ne me le demandez pas; car, quant à moi, je n’ai autre chose à savoir et à faire que de me tenir ferme sous à main de mon maître, et à souffrir son action. Pour l’ouvrage auquel je suis destiné, c'est à lui à connaître le moyen de l’exécuter. J’ignore ce qu’il fait et ce que je deviens par son opération; je sais seulement que ce qu'il fait est parfait, et je reçois cha- : que coup de ciseau comme ce qu’il y a de plus excellent pour moi; quoique à dire le vrai, chaque coup ne porte dans mon sentiment que l’idée d’une ruine, d’une destruction. Oui, chères âmes, âmes simples, laissez faire Dieu et soyez-lui abandonnées. Laissez la pointe du ciseau vous tailler en tous Sens. Laissez le pinceau du maître vous couvrir d’une variété de couleurs qui ne paraît propre qu’à brouiller votre toile.

On voit un grand nombre d’âmes qui s’inquiètent et qui demandent : Qui nous donnera la sainteté, la perfection, la direction ?

Laissez-les chercher, et quant à vous, demeurez en paix, et marchez à l’aveugle. Les anges sont à côté de cette nuit, et leurs mains servent de barrières.

Que je désirerais, Ô mon Dieu, être le missionnaire de cette sainte volonté, et apprendre à tout le monde qu’il n’y a rien de si aisé, ni de si présent dans les mains de tout le monde que la sainteté ! — Les âmes qui marchent dans la lumière chantent des cantiques de lumières; celles qui marchent dans les ténèbres chantent le cantique des ténèbres. Il faut laisser chanter aux unes et aux autres, jusqu’au bout, la partie et le motet que Dieu leur donne. Il ne faut rien mettre dans ce qu’il remplit ; il faut laisser couler toutes les gouttes de ce fiel des divines amertumes. Mais attendez, âmes simples et abandonnées, au jour du grand réveil, ous verrez alors, vous admirerez les adresses, les inventions, les finesses et les tromperies amourèuses de votre divin ‘Epoux.

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Dominus est!

C’est le Seigneur !.…

Je ne vois plus qu’une seule chose digne de mes soins : C’est de faire la volonté de Dieu. Je me jette entre ses bras. Qu’il fasse ou qu’il défasse, qu’il prenne ou aw’il laisse, qu’il pünisse ou qu’il console, pourvu qu’il me sauve, il est le Maître, cela suffit. Il me semble que je n’ait plus rien à faire en ce monde que son bon plaisir, et que je ne serai jamais plus heureux que lorsque je serai plus inconnu et considéré comme étant inutile. On ne goûte le vrai repos qui est en Dieu séul que lorsque la confiance en

Jui est entière et sans borne. Rien ne gagne

tani son coeur qu’une grande et parfaite confiance en lui. On ne commence à faire quelque chose qui soit digne de Dieu que lorsqu'on a le courage de lui laisser absolument tout faire en nous,-et de nous, à son gré.

Notre fortune est faite dès que nous sommes bien -abandonnés à Dieu; alors, tout

ce qui nous arri7e est toujours un gain pour nous, il n’y a que cela d’important.

Quiconque s'arrête trop à craindre n’est pas encore perdu en Dieu, et son abandon n'est qu’une idée.

Il est certain qu’il n’y a rien de bon en moi. Mais qu'importe ? Ne vaut-il pas beaucoup mieux que le bien soit dans sa source que dans un mauvais canal ou dans une citerne vide qui ne peut rien retenir. Je ne sais trop ce que je fais ni ce que je dis, tout va à la dérive. Je m'en humiiie ; mais que tout aille comme il pourra, je prie Dieu d’y

mettre ordre ; il n’y a rien de tel que de lui tout abandonner dans la douleur comme dans la joie. ,

Je ne veux rien, je ne refuse rien, je ne demande rien, ou plutôt je désire et je de-

mande le bienheureux rien ; oui je le désire de tout mon coeur.

Mon Dieu, qu’il fait bon dans la souffrance surtout, s’abandonner entre vos mains, se dégager de tout ! puis se jeter dans ‘et abîme sans fond de la Divinité.

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Défions-nous de notre état si nous comptons encore sur quelque créature. Il ne faut faire fonds que sur Dieu seul, et user de tout le reste comme n’en usant pas.

Je vois tous les jours que moins nous comptons sur nos misérables efforts, plus Dieu agit lui-même en nous et hors de nous par sa vertu toute puissante. Tout consiste à être un instrument docile et comme mort entre ses divines mains. Me

Dieu n’est jamais plus près de nous que lorsque nous souffrons, lorsque nous sommes dans l’obscurité et les ténèbres, quoiqu’il nous semble alors que tout est perdu.

Il est vrai que ce qui n’est pas Dieu est alors perdu ; mais tant mieux ! une telle perte est le plus grand gain de la vie. Je ne serai content que lorsque je vous verrai sans appui, sans consolation, sans secours humain, sans goût sensible, mais uniquement attaché à Dieu par une foi pure et simple, et par une onstante félicité.

Faisons-nous une solitude intérieure que nous puissions porter partout ; quelque partéæfæ

que nous soyons, ne sommes-nous pas toujours vivants au milieu de l’immensité divine ?

Dieu nous crée à chaque instant, nous sommes dans sa main, et que peut-il nous manquer dans un tel trésor ? Que coûte-t-il tant d’être persuadé de son néant et de se jeter à chaque instant, aveuglément, entre les bras de Dieu ? laissons-lui le soin de notre perfection et de tout ce qui nous touche, et ne prenons sur nous qué la soumission à son adorable vouloir sur nous.

Dominus est !… C’est le Seigneur '.…

Mon coeur est plein, rassasié, assouvi de cet Etre immense, mais je suis hors d'état d’en dire un mot... Quand j'ai pensé un océan, un abîme, un fonds inépuisable de perfections, mon coeur sent que c’est encore tout autre chose, sans pouvoir dire ce que c’est. Jetons-nous dans ses bras et dans son coeur, comme St-Pierre s’est jeté à la mer pour aller à lui. Là tout était abîme et

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profondeur ; mais il n’y eut pas de danger pour lui jusqu’à ce qu’il manquât de couftiance.

Nous croyons avoir horreur de nousmêmes, nous disons cent fois que nous ne sommes rien ; cependant ce vil et misérable objet nous est si cher, que nous quittons sans cesse la présence de Dieu pour le considérer, pour l'écouter, pour le plaindre,

‘pour nous en occuper et nous y arrêter. Que

cette conduite est insensée !

Cependant, dès que Dieu cesse un peu de nous consoler, on dirait que tout est perdu, tant nous nous lamentons, comme si nous voulions obliger ce Dieu de grandeur à flatter ce misérable moi qui est son ennemi et le nôtre. Il faut le laisser se glorifier en nous. Si c’est par les consolations qu'il veut être glorifié, ou par une privation entière de tout le sensible, laissons-le faire. Quoi qu’il nous Ôôte, il re s'ôtera pas lui-même, Il sera toujours en nous, et nous en lui. Si notre volonté est conforme à la sienne, quel mal nous peut-il arriver ? Que si nous ne cher-

chons que lui, en le possédant nous serons satisfaits. Que si l’on n’est pas content, c’est qu’on cherche quelque autre chose.

À Non, il n’y a de vertus solides que dan$ le ji parfait abandon, de voie sûre que celle-là. 1 Oh ! quelle douceur de pouvoir dire à Dieu :

“Seigneur vous êtes le maître. Vous seul aurez tous mes soins et mon amour.” C’est alors qu’il rentre dans ses droits sur sa créature, et qu’elle le laisse tout faire en elle à son gré, ne prenant le soin que de lui obéir. Tout le reste n’est qu’amusement et propre reherche. La seule pensée qu’on n’est qu’un petit atôme qui, uni à Jésus-Christ, se perd dans cette immensité, une goutte d’eau dans cet océan, un petit rien, uni à ce grand et unique tout, cette seule pensée opère plus dans une âme que tous les moyens ordipaires si multipliés.

.. Comment se fait-il qu’il y ait tant d’âmes vertueuses qui n’en ont pas même l’idée ? q Il faut que vous sentiez bien à quel point à vous êtes faible, pauvre et misérable. Mais que la connaissance que vous avez de votre

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