‹ AvranchinChapitre 12 sur 13 · VU · texte numérisé non relu

VU

Robert tu de S. Panent io t monaehui 5. MUhaclis de Monte factut est abba$ CvntUenns,

(Robert de Thorigny).

Ecclesia S. Panerai ii , patronus abbas 5. AHchaclis.

(Litre Noir).

plan de la commune de Saint- Planchers est extrêmement irrégulier , et sa forme rayonnante ne peut être géométriquement exprimée. Bornée de cinq côtés par l'arrondissement de Coutances , elle est limitée dans son côté méridional par le ruisseau de l'Oiselière et celui de Glatigny , au confluent desquels cette commune projette un coin prolongé dans Saint- Aubin -des- Préaux ; le côté de l'ouest est une ligne généralement artificielle. Le ruisseau de la Trillcrie la coupe horizontalement en deux parties , et dessine le territoire en deux plateaux peu élevés. C'est un sol agréablement varié de bois , de vallons et de coteaux. Sur plusieurs points se trouve un grauit mal aggrégé\ celui que les minéralogistes anglais appellent Puddùig-sione.

Les noms de physionomie antique et étrangère sont nombreux en Saint-Planchers : il y a un nom celtique , le village

de Filbec'; des noms saxons, les deux Thej)9, Blackmar, Caterlot ; des noms latins et français, les Aumcsnil, Fougeray, Beaufougeray, Meilleraye , Yesquerie ; plusieurs noms qui Indiquent d'antiques voies, les Pas, les Perrières, la Perrée, la Perrière, etc.3 D'ailleurs une ancienne roule passait sur le territoire de Saint-Planchers, celle du Repas à la mer , celle qui est appelée dans une charte relative à une terre de Saint- Jean - des - Champs : « Queminum qui ducit Dorepast ad marc*, »

Saint -Planchers était encore une terre de saint Michel : l'église, le prieuré de [Loisclière, les bois, et la plupart des fiefs appartenaient à l'Archange.

i Bec signifie ruisseau. — a Voir Granvilte. Un du Thcil est cité dans le Cartulaire du Mont an récit des ravages de Th. de Saint-Jean : « Molendinum cemcnlarîorum , terram del TeiL » — 3 Toutefois ce» derniers noms signifient aussi carrière. Ce nom nous rappelle la Perelle , propriété de Guerncscv , donnée au Mont , et souscrite par des seigneurs du pays que nous décrivons. En io5|, Reginald de Granville, Radulie de Saint-Jean et W. de Charnpcaux , souscrivirent a une charte de G. Pichenoth, qui donnait au Mont Saint-Michel la Pe: elle, dans le diocùbu de Coulances, de l'aveu du duc Guillaume. Le déhut de cette charte a de l'intérêt : « Anlecessorum nostrorum constituas atque d ter dis verè compertum habemus ut quicunujue Chriiti fidetium bonorum cupidus cefestium quiddaH* facullatum suurum cmlibet loco sanclorum pro anime sue renusdio donaverit , exinde lit levain tcslamenlum nobitium personarum corroborationibus assignat um facial quatinus ab Omni eontradictione aut ca lump nia matorum ipsa douai io firma et intemerata atqac intégra futuris temporibus permaneat ; qua propter ego TV. riihenoth cunclis Chris tianis notum esse voh quod mtorum pro magniludine peceatorum ptrpcinat meluens iufwni penas et celesOs regni de*idiria> accent h s monachilem habilum in eeclesia S. Michaelis accipio et do S.

Miihaeli Perreltam et omnia que Perclle pertinent Cari. fol. 37 v».

— 4 Charte de ia46, Cait. de la Luieroe. Voir cette commune el Saiut Jean-des-Chautp*.

L'église était sons l'invocation de saint Pancrace , dont le nom est devenu Saint-Planchers, Deux plaques de maçonnerie eaopus spicatum, dans le côté septentrional de la nef, et sous le porche du midi, sont un reste de la primitive église de cette paroisse. Les nombreuses statues en pierre 1 , le Christ du Jubé, rappellent, avec ces deux parties, l'époque romane. La seconde époque qui se révèle dans cette église est le xiv* siècle : elle est représentée par deux fenêtres originales , dont la croix est le molif principal : celle du nord porte une croix à sa pointe; celle de l'ouest épanouit son sommet en une croix fleurie. La troisième époque est la fin du xv« ou le commencement du xvr siècle. Elle réclame les autres fenêtres , dont une porte un reste de vitrail jaune , la fenêtre du transept , dont la lancette est surmontée d'un quatrefeuille, et la lenêtre occidentale , dont la tracerie insolite et dure se contourne de manière à figurer un triangle posé sur la pointe d'un lozange , enfin le porche méridional et le bas de la tour. Le xvme siècle a laissé son empreinte dans les caprices et les rocailles des boiseries des autels du centre. On lit sur une boiserie et sur un tableau : o Serel cttré dédit 1751. » Les fonts sont trèssimples : une cuve carrée qui est dans le cimetière pourrait bien être le baptistère primitif. Un bénitier ressemble à line colonne romane. Il y a peu de dalles tumulaires : la plus ancienne est celle qui sert de seuil à la sacristie.

Le Livre Noir du diocèse, de Coutances établit le revenu de Saint-Planchers au xir siècle : « Ecclesia S. Pancratii patronus abbas S. Michaclis percipit dttas garbas et duas •partes Uni et canabi et xx soi tur. in altalagio, rector totum residuum et valet l. lib, 2 »

Le Livre Blanc , Pouillé du XIVe siècle, est plus explicite : * Abbas et conventus sancti Michaelis in periculo maris simt

i Elles sont presque toutes dans la tour. On remarque un saint Avit et une sainte Marguerite marchant sur dr-s monstres. — a Fol. ^o. rw.

paironi Ecclesiae Sti Planckeii *, taxata est ùdsexaginta scxdecim lil/ras. Rector eiusdem débet priori de sancto Pater no viginti solidos percipit totum altalagium exceptù deeimis quas perciphmt religiosi de Monte lotis quitus pertipiunt décimas bladi; item eidem rectori dcbentur tria quarteria frumenti, idemjrector percipit totam decimam bladi in feodo de sancto Pancratio et in feodo de Aumenil et in feodo de Gastigneyo 2 exceptis certis lotis quibus dicti patroni percipiunt décimas in predicto feodo de Aumenil et in omnibus aliis percipit omnes décimas prediales. Rector habet manerium a cum iardino et quodam modico clauso vocato clauso de forg, A »

D'après le Fouillé de 1668 , cette paroisse rendait 600 hv. , et la Statistique de 1698 renferme cette note : « La cure vaut 1,000 liv. L'abbé et les religieux du Mont Saint-Michel en sont patrons. La baron nie de Loisellière , dont le grand manoir est dans cette paroisse , leur appartient. Ils ont les deux tiers de ♦ la dîme et le cure l'autre. Le bois du Prael, qui appartient à cette abbaye, est en partie snr cette paroisse et en partie sur celle de Saint-Aubin 5. »

Le prieuré de Loisellière repose dans un vallon baigné par une rivière appelée la Saigue sur la carte de Cassini , et la Ycnléc dans la charte du duc Richard0. Il était autrefois abrité par un bois , souvent cité dans les chartes et les annales du Mont Saint- Michel , ce bois du Prael qui était à la

i Le nom de saint Pancratius était déjà altéré. Pancralius, Pancertius, Plancberlius, sont ses trois modifications. C'est un nom singulièiriueul défiguré : selon Baillct et M. de Wailly ( h (cm. de Palcog.) on dit Blancat, Planchas, Planchais, Plancarl, Crampas, Branchs, Branchait, — a Gasligny est en Saint-Pair. — 3 Le presbytère est appelé dans le. chartes tantôt manerium , tantôt monasUrium. Voir Pontaubault. — 4 Livre Blanc, fol. 3o. r°. — 5 Mèm, sur la Gcn. de Cacn. — G Voir Saint-Pair. Il ne faut pas te confondre arec un manoir ëpiscopal do l'cvcque de Coulances, appelé Loisclicre, situé en Lin fie ville.

fuis en Saint- Planchers et en Saint- Aubin -des- Préaai. La rivière baignait ses fossés , qui sont devenus des prés , et dont on reconnaît encore bien remplacement. Le prieuré était dans une situation retirée , propre au calme de la vie intérieure el contemplative. Sous les abbés cominendataires , à cette première époque de la décadence de la vie monastique , il devint le château de Loiscllière , et comme cet autre manoir du xvr siècle , le manoir de Brion où André de Laure prenait ses esbattemem, il devint une villa agréable où Ton oubliait l'austère abbaye , posée entre le ciel et la terre , au bord d'un désert de sable et de l'Océan. Aujourd'hui on reconnaît encore dans les vestiges du passé ce double caractère de Loisellièrc , dans le manoir proprement dit et la chapelle avec ses ogives prismatiques et ses contreforts. Toutefois , il reste peu de chose de cette chapelle , fondée au commencement du xiv* siècle d'après Thomas Le Roy, l'annaliste chronologue du Mont Saint-Michel : « Construction d'une chapelle dans Loysellière, 1321, » Dans l'Inventaire des chartes du Mont fait en ce xiv* siècle , on lit : « Concessw episcopi pro capella de Loiseliere*. » Ce même chroniqueur a enregistré avec fidélité les modifications que subit le prieuré. Aussi lit-on pour une époque plus rapprochée : « Construction et augmentation des bâtiments de Brion et de Loysellière par l'abbé Guillaume de Lamps, 1509 2. » J. de Lamps, d'après le Gallia Christiaua, n'aurait fait qu'achever les constructions commencées par son frère : « Perfecit qtue (rater inchoaverat apitd Brioncm et Loysclierc œdificia*. » D'ailleurs Thomas Le Roy dit : « Augmentation des bâtimens de Brion et de Loysellière par Jean de Lamps, 1523. * C'était ainsi que s'opéraient en même temps les développemens des deux villas du Mont Saint-Michel,

i M m. n" 54. — a Livre des Curieuses lia herchts , Mss. |>ai D. Le Boy, — 3 Tout, xi , col. j5o.

celle de la baronnic de Genêts, Brion , celle de la baronuic de Saint-Pair , Loiscllière.

Cette paroisse de Saint-Planchers devait avoir an intérêt particulier pour le Mont Saint-Michel auquel d^illeurs eHe appartenait. C'est de là qu'était sorti un de ses moines que Henri il avait établi sur un siège d'abbaye en Angleterre ; c'était Robert de Saint-Planchers qui devint abbé de Saint- Pierre de Cerne. Le pras grand abbé du Mont Saint-Michel , Robert du Mont , nous apprend 4 qu'en 1158 : « Robertus de Sancto Pancratio, monachus sancti Michaelxs de Monte factns est abbas Cernetiensis. » Le GaLlia Christiana dit la même chose2. Dom Thomas Le Roy a écrit dans ses Annales: « Robert de Saint-Planchers , moine de ce Mont , est fait abbé de Cerneliense, en Angleterre , l'an 1158 3. » Dom Huynes, cet historien si amoureux de son monastère , naïf au xvir siècle comme on l'était au Moyen-Age, homme égaré dans des temps malheureux , le dernier moine du Mont Saint-Michel , denne quelques détails: « L'an 1158, selon que parle Robert du Mont en son supplément à la Chronique de Sigcbert , Robert de Saint-Planchers , de moine de cette abbaye fut élu abbé de notre monastère de Saint -Pierre -de -Cerneliense, par les moines du lieu qui avoient pris connaissance de ses mérites durant le séjour qu'il en avoit fait en leur roïaume. »

Ce qui est remarquable, c'est que Robert de Saint-Planchers montait sur un siège où s'était assis un autre moine du Mont Saint-Michel, un de ces moines que le Conquérant avait appelés en foule du continent , et auxquels il avait jeté à profusion les mitres et les crosses. Le Mont Saint-Michel , qui d'ailleurs avait fourni six navires équipés , fut richement récompensé comme on le voit dans le Damesday Book. Dans cette terrible dépossession des vaincus , il reçut des biens considérables ,

i /éppendix ad Sigcbcrlum. — a Tora. xi, col. 5i6. — 5 Livre des Curieuses Recherche». (Jei ut- cl Ccrneia t»t le nom dan* le wonatt. ang,t.

entre autres ceux d'une saxonne : * Abbatia sanctx Michaelù. . . quœ habnit Ydda. » Ce qui nous rappelle que le vicomte d'Avranches, H ugues- le- Loup , comte de Chester , le dompteur des Gallois , eut aussi dans sa part des biens que le Terrier appelle , dans son triste laconisme : « Qua pulckra tenait Eva1. «Pendant que le monastère recevait des terres et des manoirs, ses moines montaient daus les chaires abbatiales. Un passage de Dom Huynes nous fera assister à cette terrible dépossession , à cette récompense généreuse du Conquérant» à cette absorption du sol par l'étranger , à ce morcellement de la terre vaincue , partagée comme une proie aux hommes du continent

* L'an 1066, quatre des moines que l'abbé Ranulphe envoya avec six navires équipés en Angleterre pour en ramener le duc Guillaume , demeurèrent en celle île par ordre dudit duc , et quelques années ensuite ils furent tous quatre abbés dans le royaume d'Angleterre : Ruald , prieur claustral de celle abbaye, fut abbé de Hilde, près de Wineestre; Froliaud, trésorier de céans , fut abbé de Cantorbery , lequel , comme le remarque Dumoulin , en son histoire , remit la discipline régulière dans l'Angleterre en sa première splendeur. Frolo édifia le monastère de Saint-Pierre-de-GIocestre et en fut le premier abbé. Enfin le quatrième, appelé Guillaume d'Agon, fut abbé de Saint-Pierre-de-Ccrneltense. »

Rappelons , pour compléter ce tableau et sans sortir de la localité, ce Nigcl ou Lenoir, qui partit de l'Avranchin, à la demande de Hugues-lc-Loup , comte de Chester, amenant avec lui ses cinq frères , Houdard , Edouard, Volmer, Hors-

t Un extrait du Domesday, sur l'état des villes , relatif é Hugues de Chester, offrira le tableau des dévastations de la Conquête : • Qaentto Hugo Cornes recepit Cestrc, non vaUbat nlsi xxx Ultras. Valdt enim erat vastata : ducente et qttinqac dom us minus ibicrant, quant tewpor* regis Edwardi fuerunt. ».

wyn et Volfun V Hugues leur distribua des terres dans son comté ; il donna à Lenoir le bourg de Halton , et toutes les bêtes à quatre pieds prises sur les Gallois, et l'institua son connétable et son maréchal héréditaire ; Houdard devint pour Lenoir ce que celui-ci était pour le comte Hugues : il fut sénéchal héréditaire de la connétablie de Halton. Edouard reçut du connétable deux journées 2 de terre à Weston : deux autres frères reçurent ensemble un domaine dans le village de Runcone , et le cinquième Volfun, qui était prêtre, obtint l'église de Runcone. Ce fut avec ce lieutenant et Robert de Maupas que Hugues versa abondamment le sang des Gallois 3 , et qu'il remporta , au cri de : Sire S. Sever *l cette terrible bataille des marais de Rhudlan dont le peuple gallois a gardé le souvenir dans un air triste qu'il chante encore et qu'il appelle le chant des Marais de Rhudlan ».

Dans ce prieuré-manoir vécut et mourut un homme qui réunit le double titre d'abbé du Mont Saint-Michel et d'évêque de Coutances , Arthur de Gossé. Nous esquisserons sa vie qui, en illustrant Saint-Planchers, rappellera quelques traits de la grande époque où il vécut «.

Quand il prit possession de son siège épiscopal (1562) , la

i Mcmatt. Àngt., tora. u , p. oo5 et 187. — a Duat bovatas ierrœ in Wcston. Ibid. — 3 t Cum Roberlo de Malo passa et aliis proceribus farte muttum Guallorum sanguinem fudil, • dit Orderic Vital, p. 5aa. — 4 Cri de guerre des Gor ou des vicomtes d'Avranches. Richard Goa avait fonde l'abbaye de Saint-Scver. — 5 Morfa Rhudlan. Cambro Ifrilon, t. u — 6 Le Musée d'Avranches possède un grand écusson co pierre d'Arthur de Cosse, venu du prieuré de Loisellière. Ses armes, de sable à trots faces défichées d'or , sont encadrées dans le collier de l'Ordre de Saint-Michel, et elles sont soutenues par deux génies. C'est une sculpture d'un bon style. Le Musée la doit aqx soins de M. de Saint-Brice , sous-préfet , qui conserve on recueille avec le plus grand zèle les objets antiques de son arrondissement, et qui a le plus fait pour la richesse sculpturale du Musée. <

guerre civile régnait dans la presqu'île dans-toute sa violence: Saint -Lo, Carenlan, Yalognes, venaient d'être pris par les protestans. Ce fut le tonr de Coutances : la ville épiscopale fut prise d'assaut , et livrée aupillage ; la cathédrale fut dépouillée et mutilée : les guerres de religion sont les plus ardentes de toutes , parce que rien n'est énergique comme la croyance religieuse. Arthur de Cossé, prisonnier, assistait forcément à toutes ces dévastations. Quand tout fut fini , on le garrotta , on le plaça sur un âne avec la qneue dans sa main, on le coiffa d'une mitre de papier 1 et on le couvrit d'un jupon en guise de chappe : sous cet accoutrement il fut conduit à Saint- Lo, le boulevart du calvinisme bas- normand. Dans celte ville , il fut le jouet de la populace et fut abreuvé d'ignominies. Cependant il parvint à s'échapper déguisé en valetde meunier, conduisant un âne ; quelques cavaliers qui l'attendaient au pont de Vire , le conduisirent à Granville où il fut bien accueilli : cette ville, Cherbourg et le Mont Saint-Michel fnrent les seuls points de la Basse-Normandie où les calvinistes ne pénétrèrent point. Granville fut bientôt menacé par les protestans : Arthur s'embarqua pour la Bretagne où il trouva un refuge dans son abbaye de Sainte-Melaine. Quaud l'édit de paciûcation fut publié, il revint dans son diocèse. En 1570, il échangea son abbaye de Sainte- Melaine contre celle du Mont Saint -Michel. Il en prit possession le 6 juin, et fit peindre son portrait a vêtu de violet », et ses armes sur la vitre du chœur, auprès et un peu au-dessous de celles du cardinal d'Estouleville.

On peut dire que de l'institution des abbés commendataircs date la décadence des mouastùres en général et de celui du Mont Saint-Michel en particulier. Arthur de Cossé vécut en mauvaise intelligence avec ses moines , surtout avec le prieur claustral, Jean de Griinouville qui, comme nous allons le

i Sucra t empara viltis ci ne tut churUtceis. Ybert , poème ««r Saiut-Lo.

-voir , en vint même aux voies de fait , et qui conserva son animosilé contre lui , lorsque Arthur , pour s'en débarrasser , l'eut fait nommer abbé de la Luzerne.

« Arthur de Cossé chercha les moyens de paier la taie

de son abbaïe sansquil luy en constat rien et pour laisser a la postérité un tesmoignage insigne de sa haute piété , iljetta incontinent sa pensée sur les saintes reliques et argenterie de la thrésorerie.... Il amena donc un orfeuvre en ce mont et fist marché avec luy pour la belle croix a dix mille escus , dun grand calice dor de labbé Jolivet... Le prieur claustral sopposa aux intentions de ce loup ravissant sous le nom de pasteur et sestant joint avec quelques uns des moynes se prit de parolles audit Cossé proche la thrésorerie et dans la chaleur luy donna un si grand soufflet au vénérable abbé que le pavé luy en donna un autre, adjoustant que le diable emporteroit plutôt labbé que labbé la crosse , tellement que tous les moynes se rallièrent avec le prieur et le pauvre Artur tout espouvanté prit la fuite avec son orfeuvre... Ainsi cette imposition de main nous a confirmé notre croix et le reste que nous avions en la thrésorerie. »

Cependant Arthur de Cossé entreprit un procès contre les moines devant le parlement do Rouen , pour se venger de l'affront qu'il avait reçu dans la trésorerie... Il fut obligé de rendre ce qu'il avait pris, et pour le faire il fut obligé de vendre quelques terres de la mense abbatiale : il mit en vente le manoir et collège que l'abbaye avait dans la ville de Caen , appelé collège du Mont.

« Ce commendataire ainsy inquiété et maltrailté de ses moynes nosoit se monstrer en cette abbaye , ainsi fesoit sa résidence ordinaire au chastcau de Loisellièrc dépendant de ce monastère à six lieues de la ville de Constances. »

Arthur de Cossé mourut à Loisellière en 1587 « sans avoir rien fait digne de louange » dît dom Huyncs. Il fut inhumé dans la cathédrale de Coulanccs. L'on peut juger de l'état moral du Mont Saint-Michel , du temps d'Arthur de Cossé , lorsqu'on

lit les statuts que fit de son temps le prieur Jean de Grimouville : v il ordonna que les religieux ne garderoient point eu l'enclos de l'abbaîc leurs chiens de chasse , qu'ils ne porteroient point de dentelles aux colets et aux poignets de leurs chemises , de porter des habits de soye , d'aller aux champs sans scapulaires , de porter moustaches et cheveux longs , de jurer le nom de Dieu, etc. »

Outre la chapelle de Loisellière, il y avait en Saint-Planchers, au village de Malicorne, une chapelle consacrée à saint Jacques, aujourd'hui détruite. Dans un carrefour , entre Loisellière et l'église, est un tronçon de croix ronde, qu'on appelle la Croix rompue.

Cette paroisse renfermait un grand nombre de fiefs cités dans les diplômes , spécialement dans ceux du Mont Saint- Michel et de la Luzerne.

Le bois du Prael est un des biens du Mont Saint-Michel le plus souvent cités. D. Le Roy le place positivement en Saint- Planchers, près de Loisellière1; mais la note de M. Foucault3 le place sur Saint-Planchers et sur Saint-Aubin. Il paraît qu'il n'existe plus, au moins sous ce nom. Il existait encore en 1686 , car il figure sur la carte de Mariette3. Les religieux du Mont le possédaient au moins dès 1297, car on lit dans D. Le Roy : « Sentence arbitralle entre un gentilhomme et les moines pour le bois du Prael en Saint-Planchers. 1297*. » Il fut vendu en 1622 , selon le même annaliste : « Vente du bois du Prael dépendant de S. Paer. 1622 s. » Cependant à la date de 1646, on lit : a Consentement du chapitre pour abattre le ' bois du Prael près de la terre de Loysellière. »

i Mas. des Curieuses Recherches. — a Stat . de la Généralité de Caen. — 3 Carte du diocèse de Coutances, par Mariette de la Pagerie. Ce topographe met près du bois du Prael, une localité appelée Conteriebois , qui n'est ni dans Cassiai, ni dans M. Bitouté. —4 Mss, de D. Le Roy. — 5 De la baronoie de Saint-Pair.

Il y avait encore en Saint-Planchers an petit bois qui appartenait au Mont Saint-Michel , qui fut l'objet d'une transaction entre ce monastère et celui de la Luzerne : « Echange avec la Luzerne d'un petit bois avec 14 vergées de terre en Saint- Planchers. 1273 » Quelques années après : « Don de la terre des Angles en Saint-Planchers. 1294*. » Et en 1311 , le Mont fit : « l'acquisition du moulin brûlé en S. Planchers de la seigneurie de Beuron3. »

Le Mont Saint-Michel possédait beaucoup d'autres biens en cette paroisse , comme on peut le voir d'après les pièces suivantes , extraites de l'Inventaire des titres de l'Abbaye :

<t Terra P, le Graverenc de venditione quinque buss. frumentî in parochia S. Pancratii, — Caria as perdriaus de S, Pancracio. — Liltera donationis G, Bernardi in parochia S. Pancracii, — Littera Rob. de S, Pancracio pro ecclesia S. Pancracii, — Caria P, Pag. de S. Pancratio de venta quant fecit TV, filio Fulconis de Gastign.* — Concessio episcopi pro capella de Loiselliere. — Excambium Pétri de Champeaux et Thom. de S. Pancratio apud Belfouger*. — Littera Rob. de AumesnU de 7 buss, fr, in parochia S. Pancracii, — Littera donationis de ecclesia de Lingreville s quant nobis dédit dominus Joh. de S, Pancracio*, »

A la limite d'Anctoville , Anschetilvilla , et de Saint-Planchers, mais en celte dernière commune, sont le village et la terre de Beaufougeray 7. Elle fut l'objet d'une contestation en

i D. Le Roy. — a Ibid, — 3 Ibld, — 411 parait que ce cétèbre fief de Gastigny, tant cité dans les chartes, qui appartient à Saint-Pair, était dans Saint-Planchers. — 5 77i. de S. Pancratio souscrivit au xn« siècle avec Rie. de Leises à la charte de Champeaux insérée au Cartulaire. C'est sans doute le même Th. de S. Planchers qui est aussi souscrit avec son fils Hugues à la grande charte de Th. de S. Jean en faveur de la Luzerne en 1162. Cart. de la Luzerne, p. 8 et t5. — 6 Inventaire des titres in armarioh, Mss. n* 34. — 7 Marqué sous le nom de Beaugeray sur It carte de M. Bitouzé.

1159 , sous l'administration de Robert de Thorigny, qui enrichit tellement son monastère qu'one dizaine de pages du Cartulaire sont consacrées à l'énuraération de ses acquisitions ou de ses transactions : « Eodem anno Ansgotus decanus in sacrario ecclesie Constanciensis , présente Rie. episcopo et Rotberto abbate.... W. de S. Pancratio, JV. de Verdun, Th. de Leisax et aliis muttis renundavit calumnie quant /actebat supra decimam de Belfegerei et fuit recognitum quod terra de Belfegerei erat S. Pancratii, non de parrochia Anschititmtle »

C'est ainsi que cette commune de Saint- Planchers est toute pleine des souvenirs du Mont Saint-Michel : l'église , le prieuré, le sol appartenaient à l'Archange; aujourd'hui l'église est modernisée, le prieuré est une ferme, les bois sont abattus, les terres sont divisées , les noms seuls sont restés.

77i. de S. Johanneoccupavit ttrram Scojlandi de Ichîtum t terram Mauroardi similiter Je Ichitum,

(Cartulaire du Mont Saint-Michel.)

^pQUELON est une petite commune quadrangulairc, limitée au nord par le Bosc , où se trouve le Val- d'Yquelon , et des autres côtés par des lignes conventionnelles. La Tour et le

t Cartulaire du Mont Saiot- Michel , fui. us.

Manoir sont les seuls noms locaux quî rappellent quelque chose d'antique et de monumental «; la nature de quelques quartiers est représentée dans les expressions de la Lande , le Taillais , la Haute-Lande , la Gave , les Bassins , qui annoncent un sol accidenté. Toutefois il n'est sensiblement accidenté qu'au nord, le long duBosc, rivière flanquée de coteaux dénudés, d'un aspect triste et désolé3. La commune 6e compose d'un large plateau et d'une vallée. Un village , le village aux Pimorl , porte un nom que nous retrouvons dans l'Inventaire des chartes du Mont Saint-Michel pour la baronnie de Saint-Pair : • Littera Pétri de Pymort et TV, te Magnen super il quart, frumenti. » Ce litre et les trois suivans sont les seuls de cet Inventaire qui semblent se rapporter à Yquelon : « CartaHugonis de Yquelon. — Carta dimissionis Tliome de Ytjuelon in parrochia de CoudevUle de masura Josce. — Caria Hugonis de Yquelon de feodo Cort espérons \ Dans le chapitre du Cartulairc du Mont intitulé : « De perditis hujus ecclesie*, » on lit : • In honore S. Paterni Th. de S. Johanne occupavit terram Scollandi de Ichilum, terram Mauroardi simiUter de IchUum. » Au xif siècle , il y avait un seigneur d' Yquelon , qui devait avoir de l'importance , car nous trouvons la signature de Rogerius de lkcltm , auprès de celles d'un grand nombre de seigneurs du pays , au bas de deux grandes chartes de la Luzerne, celle des aumônes de W. de Saint-Jean, en 1162, et celle du même seigneur et de Robert, son frère, dans la même année Yquelon est mentionné dans les Rôles de l'Echiquier

i C'est ainsi qu'on appelait quelquefois les châteaux : • Afeam tutrîm de CanUlou... Meam turrim de C aurai. • « Littera quitationU turri* de Gavrey. • Mss. n» 34. — a Au-deU de cette ririère est la commune de LongueTille, et le menhir appelé la Pierre-Aiguë. — 3 Ce dernier root signifie la Cour aux Eptrent, une cort et un nom du pays, qui a reçu un grand lustre de l'amiral Epron de Granvillc.— 4 Fol. toi v% — S Cart. de la Luterne , p. 9 et 1 1. (Voir cette commune.)

pour 11 80 iGeoflroi Duredcnt, bailli d' A vranches, rendit compte « de Catall, W . de Ichclon mortui. usur. xvi lib. » Ailleurs: « Rad. de Awnesnil v so. Garn. de Ikelon xx so. p. vino. 1 » Un Robert d'Ikclun figure comme lémoin dans une charte de 1187, du Mont Saint-Michel3. Au xiv* siècle, G. de Saint-Jean possédait à Yquelon quatre vavassorertes , celle de Malleregard, celle de Marsite et celles de Hugues de Gremville *.

Ce nom d' Yquelon nous semble , comme la plupart des noms topographiques normands, représenter un nom d'homme. Le nom d'Hugolinus 3 diminutif de Hugo , est Scandinave et fréquent daus le Domesday. Hugolinium, habitation d'Hugolin , est devenu naturellement Huguelon , Yquelon. D'ailleurs le village de la Tour s'appelle encore la Tour-Hugon, ou Manoir de Hugues ou Hugolin.

Yquelon possède une jolie église romane bien conservée. Elle se compose d'une nef et d'un chœur , qui semblent être contemporains de la partie ancienne de Saint-Pair , c'est-à-dire appartenir au xii* siècle. Son portail , mutilé dans ses archivoltes , montre encore une arcature extérieure zigzaguée , appuyée sur trois modillons. Au haut du gable est un œilde-bœuf, sans doute contemporain , et au sommet une croisetle dont chaque branche est bifide. Le corps de la nef offre des modillons simples et des pieds-droits posés sur la base débordante des fondations , saillie assez ordinaire dans les

i Edit. de M. Stapleton, t. t, p. 1 1 , et t. n Gn. — a Cart. da Mont. — 3 M. Desrocbcs, Hitt., tom. n , p. 17. Ce Gremville était-il un de Crranville ou un de Grainville ; c'est ce qu'il est difficile d'affirmer, et noua devons dire ici que ce n'est qu'avec une certaine défiance que nous avons cité Rob. de Glanville , comme seigneur de Cran ville a l'époque de la Conquête. C'est le seul guerrier d'un nom analogue tjue cite le Domesday. Toutefois, à cette époque, il y avait un Raioald de Granville, souscrit à la charte de la Perelle en io54» Cartufaire du Mont Saint-Michel.

constru clions romanes. Entre le chœur et la nef , au midi , est une jolie porte romane plus ornée que celle de l'ouest. Ses deux archivoltes sont cordonnées et ciselées de dents de loup ; les colonnes sont assez sveltes, mais leurs chapiteaux mal raccordés annoncent une restauration. En effet , une porte carrée a été pratiquée dans cette baie cintrée. Le chœur présente à PcxIèVieur le style de la nef avec laquelle il s'harmonise heureusement , si l'on excepte la fenêtre orientale , ogive trifoliée géminée, qui porte à l'intérieur le chiffre de 1687 et renferme deux encadremens d'écussons en vitrail jaune et rouge, bien conservés. Du côté du nord est une fenestrelle romane en trémie. La voûte du chœur est remarquable de simplicité et de force. Ses larges nervures trifides forment deux travées où se croisent avec ces plaies- bandes des nervures rondes, simples et vigoureuses , association d'un style qui s'en va et d'un style qui va naître. Quelques statuettes des chapelles sont contemporaines des parties romanes. Cette église est fort intéressante pour son unité et sa conservation ; et ce joli oratoire est jeté dans un village écarté , presque en face de l'insignifiante église de Saint-Nicolas. La tour en bâtière n'a rien de remarquable.

A part quelques statues , il n'y a rien à voir dans l'intérieur. Un mauvais tableau de sainte Catherine porte cette inscription qui n'est rien moins qu'obligeante pour les saints et les saintes de l'église , surtout pour saint Maur le patron :

Yclonii cives , t-irgo Catharina t t itère, Çucb Umpli istorum sufficis omne decus.

Bicbau 1743.

Au xii* siècle , le patronage et les revenus de cette église étaient ainsi qu'il suit : « Ecclcsia de Yquelon patromts rector percipit totum exceptù vij busscllis frumenti quod reddit abbati de MontemorelU et leprosis S. Blasii* ij quarteina fru-

1 La léproserie de Chanopoaux sur la Lande-deBenrais.

menti et luminari ecclesie unum quarterium frumenti et valet. xxxiij /tôt' » Au xrv' siècle, les revenus étaient un peu changés : « Guillermus Cowree 8 est patronus ecclesie de Yquelon, Hector dicte ecclesie percipit omnes fructus et décimas et ecclesia predicta percipit quinque bussellos frumenti, Leprosi J. Blasii et capellanus percipiunt viginti quinque solides pro qjiadam portiqne décime» Ecclesia taxata est ad triginta très, libras. Rector habet sex virgatas terre et dimidiam vel cocircaK •

En 16&8 , cette église avait pour patron le seigneur , et rendait 600 liv.4 En 1698, Yquelon était l'objet de cette note: « La cure vaut 400 liv. Le sieur Dourville La PerneUe en est le seigneur et patron. Les dîmes sont au curé. Il y a une extension du fief de Saint-Sauveur-Landelin. Terroir en labour, plaine et prairies paye 503 liv. de taille , et contient 55 feux5. » En 1765 , Yquelon , de la sergenterie de la Haye-Pesuel , comptait 109 feux °.

Dans le cimetière de cette église est la tombe de M. du Coudray, capitaine de frégate , mort en 1839. C'est ainsi que chaque cimetière des communes de cette côte renferme des sépultures de marins : ainsi à Grauville , à Saint-Nicolas , à Saint-Pair. Ces sépultures ont quelque chose qui étonne, comme s'il était étrauge que les os de l'hqmmc de mer reposassent dans le sein de la terre , et elles font penser à tant d'autres dont la tombe a été l'Océan \

i Livre Noir, f . 4o v*. — s Ce nom est celui de la rue de Granville par où Ton va à Yquelon. — 3 Livre Blanc, fol. 39 — 4 Pouillè du Diocèse de Coutuncos, p. 5.— 5 àJém. sur la Cén. de Caen.— 6 Expilly, DicU des Gaules. Chiffre exagéré. — 7 Voir Les Voix Intérieures :

Que de vaillans marias , que de grands capitaines Qui sont partis un jour pour les terres lointaines Et ne sont pas jeienqa ! etc.

Arrivé an milieu de notre course , après une marche pénible , commencée par plaisir, continuée par devoir, dans des sentiers durs et peu frayés, où il était difficile de ne pas choir, après avoir cheminé sous tous les caprices de l'atmosphère , par un pays plein de beautés et de grandeur, où naissent sous les pas les fleurs de la religion , de l'histoire et de l'art , toutefois parmi les plantes ternes et arides de l'érudition , nous éprouvons le besoin de résumer les impressions du voyage , de concentrer les parfums des vieux récits , et de faire oublier les détails oiseux ou arides de nos tableaux , par des peintures plus suaves ou plus splendides. Toutefois , qu'od n'oublie pas que rien n'est complètement poétique ici-bas v que l'histoire naît du sol pierreux de l'archéologie et de l'érudition , et que si la charte a ses splendeurs d'or, de pourpre et d'azur , elle a sa poussière , sa lachygraphie , et souvent ses formules sèches et uniformes.

Les chartes sont la plus fidèle et la plus vive expression du Moyen-Age : la religion , la législation , la poésie de cette grande époque vivent dans ces vélins mystérieux , comme sà foi , sa grandeur , son énergie vivent dans les cathédrales. Un des plus beaux livres de cette époque est le Cartulaire du Mont Saint-Michel, espèce de grand poème , dont l'unité est la pensée permanente du monastère de l'Archange , où s'unissent les pensées du ciel et les intérêts de la terre , où s'élèvent tour à tour les accens de la prière , de l'anathême , de la légende , de la pénitence , poésie simple parce qu'elle part du cœur , et forte parce qu'elle part de la foi. Qu'il nous

soit donc permis de clore ce livre plein de chartes par des fragniens de celles du grand monastère , qui out ponr nous émouvoir la poésie des idées , l'antiquité des faits , et la gloire des grands qui les ont siguées et jurées. Nous croirions lesdécolorer en les traduisant : c'est déjà bien assez de les dépouiller de leur vélin , de lenr calligraphie et de leurs illustrations. Livrées sans commentaires , elles ouvriront à chacun le champ des aperceptions poétiques ou des inductions morales.

Tantôt» dans un début solennel, elles exposent les lois de Tauniôue , les espérances célestes , les préceptes des livres saints :

« Anteccssorum nostrorum institutiombus sancitum decretumque est quatenus si quis suarwn facultatum quiddam loco sanctorum alicui vite superne accensus amore perenniter possidendum trader e voluerit sollempne exinde idoneantm personarum plurimis astipulationibus fulcitum id inconvulsum permaneat teslamentwn faciat. Referentibus enim quam plurimis sancte Dci ecclesie doctoribus divinum esse preceptum didici ut illic nostri recondantur thesauri ubi omnis aberit furum formido omnisque tinearum demolitio esseque quoddam pcccatonmi pwrgalorium etemosmam et quod Deus in largiendo mttnificos expose it qui se in retribuendo préparât munificeniissimum. Detur igitur Deo non nostrum, sed suum. Quid enim aliud nos habere putamus quam quod ab eo accepimus. Tribuatur frigide aque calix ut cterna recipiatur merces. Tanti valere regnum audimus Dei quantum habemus. Su/fccit vidue quadrans. Profuit et Zaclieo bonorwn dimidiorum distnbutio. Que denique ad id quod finitur ad id quod 7wn finitur comparatio ? Scilicet pro terrenis celestia pro perituris mereri perpétua. His et aliis divine auctoritatis incitatus hortamentis , ego Richardus Dux et princeps Normannie penas inférai cupiens e/fugere et paradysi gaudia desiderans habere post mortem corporis ' »

i Charte illu*lr*c de ma 2. (art. Fol. 16. Celte introduction c«t ausû

« Jnter cetera bene agende vite opéra non minima laude predicatur elemosina sicut ait Satvator noster : date elemosinam et omnia mundabuntur vobis. Et alio loco : sicut aqua extingtût ignem, ita elemosina extinguit peccatum. Redemptioautem anime viri divitie ejus.... vénale siquidein regnum celorum dicitur, ad quod emendum unicuique sufficit proprius census cum bona voluntate. Ego Richardus Dux et princeps Normannie « »

Tantôt c'est le mélancolique souvenir des lamentations bibliques , et un pape prie ainsi en pleurant un abbé du Mont :

« Fons misericordiae9 famulo tuoRadidfo abbatîindulgere dignerù cujus nos obitu absentiaque tristes heu in salicibus in medio Babilonis nostra suspendere organa dedisti*. »

Ici c'est la charte brève et nette de l'homme de commanr dément et d'action : « Hec donatio inconvulsa in posterum successionibus maneat. Subter manu propria signwn vivifiée crucis imprimer e curavi 5. »

Là ce sont les détails intimes des infirmités morales et physiques des hommes, des confessions, des aumônes, des prises d'habit :

« 'Si per gucrram mansero apud Montera quandiu ibifuero habebo cotûlie de pane et potu quantum unus monachus et si forte voluero effici monachus facient me monachum mo~ nachi et keredem meum similiter. Si quis autem heredum meorum hanc donationem calumpniarivoUterit sitdampnatus et géhenne igni tradilus \ »

celle de la charte de Villarenton , dans laquelle nous trouvons les noms d'une charte que, d'après M* Le Provost, nous avions appelée suspecte (Voir Saint-Pair) ; • Octo villas nuncupatas Villarenton, Cantapta, Valandreûi, Lacerins, Montgulfon, Cardan, Larcellosa, Genei, sitôt in territorio cenomanico in conftnio Abrincatensis regionis. » Fol. 46.

i Carte de Verson illustrée. ioa5. — - a Sacrum Pape Johannis super privilegium eenobil Montls S. Michaelis. Fol. i3. — 3 Signum gtoriosissiml Normannorum ducis Guillelmi. Fol. a4- — 4 Car ta S, Broetadroiï.fa.

« EgoAnsgenu et Herveus frater meus^ommendavimus facere istam car tant. Aperta causa est salis quod pater noster Gradelocus dédit unam ecclesiam de villa que Pollei • dicitur. . : Sed et mater nostra unum vestimentum valde bonum habuit de pallio. . . ea videlicet ratione ut quoticnscumgue eveniret pat rem nostrum vel nos ire in prelium a monachis S. Michaclis duos eguos prestitos haberemus, deinde sonos redderemus... omnis locus S, Michaelis nobis esset ad refugium... déficiente ab cis conventionc de caballis , quia gravis erat, eamdem ecclesiam recepimus \ »

« Ego Vauterus de Monte S. Johannis qui et dives vocitor superni conditoris respecta compunctus ob innumerabiles cri" minum meorum actus limina apostolorum Pétri et Pauli JXoma adiré volui quod et Dco juvante implevi. Sed quum regrcderer, apud Cheremalem incidi in egritudine valida et cum valde ajjligerer et jamjamque ad extrema propinquari viderem, ab amicis moneor ut de meojure Deo et S, Michacli in monte qui Ttanba vocatur aliquid largirer. Denique nil tamjustum repperi quàm quasdam vineas quas apud Sillei propria manu edificaveram. lias igitur trado et hic heu miser lecto decubans per Martinum feneratorem meum fidelem hanc donationem super altare A r change U ponendam trado \ a

« Ego Ascelinus de Calgeio * necessitate nimia constrictus religionfs habitu cupiens indui et hanelans meliorare vitam meam jugo Christi et ejus honeri me subjiciens ut divine contemplationi uberius deservire valeremK »

* Accipite, parvum est ; sed valuit vidue quadrans et Petro rete et navis «. »

i II est probable que ce t le villa de Pollei c*t Poilley de Bretagne *»ntr«" Saint- James «t Fougère*. — a (aria de Polio. Fol. 43. — ïCarla de vineis de S il/y, — 4 Caria df Calgeio. Caogé village «Je Boucey. Voir Bnucer. - f> Fol. 7a. — 6 Caria de Ttssiaca. Fol. So.

Tantôt c'est l'anathême , l'anathême biblique , la Toix de la colère et de la vengeance éternelle.

Quod si quis diabolice pravitatis telo jactdatus qualicunque modo his calumpm'ationis vim in ferre presumpserit , ipse consentientesque sibi tocius excommunicationis atque ma~ ledictioms cum Juda traditore et Dathan et Abiron perennibus perenm'ter irretiatur vinculis «.

•Si quis instinct* diaboli commotus hoc decretum violare vel aliorswn vertere presumpserit in diem magnijudiciiDeo et tS. Michaeli rationem reddere cogatur 2.

Si quis... Sit Me ex auctoritate Patris et Filiiet Spiritûs S. ab omni Christianorum consortio vel communione aliénants et separatus atque anathemalizatus omniumque sanctoritm aeterna maledictione dampnatus et de hoc cum S. Michaeli archangelo injudicioante Deitm contendere habeat. Sit quoque illi porno dampnationis in igne eterno cum Pilato et Caipha atque Juda traditore Domini*... et cum Architophel perjuro et cum omnibus inimicis Dei \

Et l'excommunication n'était pas vaine : « Herveus qui et ad patrimonium suum hères surrexit, pro quo sacrilegio diu excommunicatus fuit. Tandem Dei respectu misericorditer

i Charte illustrée du duc Richard. îoaa. — a Charte du duc Robert, père du Conquérant. L'illustration de cette charte représente te duc jurant devant l'image de S. Michel par un bras qui est celui de S. Aubcrt, per brachium Sancti Auberii. C'était un des symboles de l'investiture au Mont Saint -Michel : il y avait encore l'investiture per eultettum. — 3 Caria de Monroalt ( Ros-sur -Coesnon t ) de Caneavena (Cancale). Dans cette charte se trouve un passage confirmatif de notre détermination de Poelet : « Est autem in régi ont Britannie que vocatur Poofteleth una villa que vocatur Caneavena eum uno porta qui illi adjatet,tedet quedam eeeletia que dicitur S emmêler. Item alia villa in atio loeo que vocatur landeguedhoi , etc. Charte de io3o. — 4 Car ta de Poilei. Fol. 44- Cart. Fol. 36.

flagellâtes est et ad mortem usque infirmâtes est. Vvcavifad se Baldricum Dolensem archiepiscopum etdccimam iUain red* aïdit*. »

« Eos anathematis jacuto confodientes omnimodis prohibemus*. •

• Si (juis... hic eterna dampnatus tnalcdictïone tormentis apud inferos subjaceat imù 3... sit maledictus, amen, amen, fuit , fiât , sit a bonis anathema , cum mâlis Maranatha, per omnia seculorum secula. Amen \ »

x Caria de dee. S. Broetadri. Fol. 3 9. — a Carte de Llvare. Fol. 5;. — 3 Caria de S. Victurio. Fol. 4;. — 4 Caria de Gober*. 54.

FIN PC TOME PftEMIBI.

Rectifications et Additions.

Préface , page ix , au lieu de cercle d'attraction , lisez centre d'attraction.

Page 7 et 8, lisez M. Fulgence Girard.

Page 11. La vue orientale du château a été dessinée et lithographie* par M. de Vauquclin.

Page 45, lisez laudatiora.

Page 45. Toutefois il ne faudrait pas croire que Ton ne connaisse que le manuscrit de Tours et celui d'Avranches. Il y a un Mss. du Sic et Non à Einsiedlen en Suisse ; il y en a deux à Cambridge, bibl. publ. n» 168, et collège Saint-Benoit, n° 590. La bibliothèque d'Avranchcs, pour son trésor de manuscrits, n'est pas moins connue à l'étranger qu'en France. Quand M. Ravaisson eut publié nos variantes de Gicéron, un professeur de Genève nous les demanda pour une édition complète de cet auteur. Deux professeurs très-savans de Gottingue, MM. Lculsch et Schncidwin , éditeurs de l'œuvre érudite du Corpus parœmiographorum grœcorum , sont venus dépouiller les Mss. de Cicéron pour une édition nouvelle. Le travail le plus étendu qui ait encore été publié sur lesMss.de cette bibliothèque est celui qui a été inséré par M. Desroches , dans le xi« v. des Antiquaires de Normandie.

Page 47 , lisez a mis Almenèchcs au lieu $ Avranches.

Page 49. Mettez : 52. Mn,e de Vassy. 55. Mm« de Vargemont. 54. Mm« Faouc de Jucoville , religieuse de l'abbaye de Cordillon , au diocèse de Bayeux. Elle n'accepta pas, et le roi nomma M»" de Pierrepont, religieuse de la Trinité-dc-€aen. 55. Marie Fournler. 56. M">« de Coetlogon.

Page 70, lisez Palorette.

tbid. Où se tuèrent deux homme* qui aimaient la même femme* Page 97 , arcbe de Vergon.

Page 220. Au nom de Le Berrlays et à celui du Val-Saint-Père se rattache une espèce de poire, originaire de cette commune, découverte par l'habile horticulteur dans le jardin de M. Le Court* imprimeur, au hameau de Vindré , et décrite dans le Petit de La Quintinye sous le nom de Pyrum Vindrœum, ou Bezy de Vindré. Tom. 4". 1807. Ici peut se placer une note que nous a communiquée M. Boyssou , et qui prouve que la célébrité d'Avranches , pour les fruits , est ancienne : c L'Inventaire de l'Histoire de Normandie, imprimé à Rouen en 1616 , nous apprend qu'à cette époque , Gaillon à une des extrémités de la province et Avranches à l'autre pouvaient rivaliser avec laTouraine et l'Anjou pour la bonté de> leurs fruits. •

Page 221 , à ces mots : cette nomination n'eut pas lieu , ajoutes, parce qu'on ne détacha pas cette conservation des attributions du professeur d'histoire naturelle.

Page 281 . Dans cette direction , sur l'ancienne roule , au Bols-Léger, a été trouvée récemment une hache en silex.

Page 346. Le nom de celte paroisse est écrit Eschariz, dans le Cartulaire de la Luzerne.

Page 411 , lises dédié au lieu de dédiée ; et 445 lises Boailly.

Page 4G7. Bien que nous pensions que les fautes sont personnelles, comme les mérites , nous n'eussions pas cité ce fait , si nous n'avions considéré la famille du Bois comme éteinte.

Page 470. La Morinièrc , peut-être La Moricière, selon l'hypothèse . de M. Laisné , et l'orthographe de dom Huynes.

Page 523 , 6« ligne , ajoutez : Et Thomas de Granville , dont la fille Je ha d ne épousa en 1252 Raoul d'Argougcs.

Même page. Jchanne au lieu de Marie.

Page 556. Ce cimetière a inspiré des vers remarquables à M. Caillaux, qui parurent dans le premier numéro du Journal d' Avranches , et depuis dans le recueil de cet auteur intitulé : Les Plaines et la Mer, avec une épigraphe de celui dont nous avons montré la tombe de l'autre côté des Dots. Voici une strophe de cette poésie :

Si je pouvais choisir ma demeure dernière , Je voudrais dans les flancs de ce roc solitaire • Sommeiller eufoul , jusqu'au jour du Seigneur ,

Ici cachant mon nom , Ignoré par la foule ,

Près des vagues sans fond de cette mer qui roule....

Page 571. RectiÛer l'assertion de la 15« ligne par la note de la page 646 où sont rectifiés ces noms topographiques d'après le texte du Cartulaire du Mont Saint-Michel.

Page 634. M. de Cbâleaubriand a fait allusion à Guillaume de Saint- Pair dans un passage de son Essai sur la Littérature Anglaise , page 80 : c Nous apprenons d'après une description des fêtes du monastère par un poète, moine du Mont Saint- Michel , que, sous Avranches vers la Bretagne , était la forêt de Quokelunde, avec abondance de cerfs, mais où il n'y a maintenant que des poissons , » et il mentionne « l'existence d'un monjimcnt, en ce temps, dans cette forêt. »

Page G57. Cette scène de violence on rappelle une autre mentionnée dans un Mss. du ih« siècle du Mont Saint-Michel (N° extérieur 2410); mais elle fut suivie d'une punition sévère. L'abbé Robert de Thorigny en écrivit à révêque dcTusculum, qui répondit en ces termes: « Sicut accepimus tenore litterarum, Radulphus monasterii tui monachus in quemdam.acolitum ejusdem monasterii fratrem violentas manus injecit.... volumus ab exercitione sui ordinis secundum tuum arbitrium suspetidas. >

Page 6i7. Charte du Conquérant, à la note. La popularité, attestée par les- chants , les proverbes et les dictons , est un cachet de grandeur Infaillible. Le peuple a gardé le souvenir du roi Guillaume, témoin le chant des Nu-Pieds à la Normandie, et la locution k du temps du roi (aUilrqeau, »

Page 1