Atala, p
2. Ibid,, p. 74. — Dans les Natchez, les choses sont mises k leur vraie place. C'est René qui est bien « le noble et incompréhensible René » (t. II, p. 42)^ et Chateaubriand définit ainsi ses rapports avec Céluta : « René étoit pour elle inexplicable; elle avoit cependant aperçu quelque chose de mystérieux au fond du cœur de Fbomme auquel elle étoit unie. Mais cet homme ne lui avoit point révélé ses secrets : il ne les avoit racontés à personne. Après son retour à sa cabane, René
AU PAYS d'exil de CHATEAUBRIAND 183
Cette pensée cachée au fond de Tâme du gentilhomme français et qu'elle entrevoyait parfois dans ses yeux, Miss Ives était naturellement à mille lieues d'en soupçonner l'interprétation véritable. Pourquoi, chez lui, cette attitude équivoque, ces alternativesd'effusionet d'impénétrabilité, ce« bonheur qui ressemblait à du repentir »*? Qu'avait- il donc à tergiverser de la sorte, et qu'était-il besoin de tant de façons pour confier au Révérend John Ives qu^il aimait sa fille et qu*il en était aimé? Dans la droiture de son cœur, l'innocente Charlotte se figura que les hésitations de l'exilé venaient de sa délicatesse, qu'il n'osait demander la main d'une riche héritière anglaise, parce qu'il était étranger, parce qu'il était malheureux, parce qu'il était pauvre. D'esprit déterminé, comme la plupart de ses compatriotes, habituée, d'ailleurs, à faire ses quatre volontés, elle se résolut à prendre les devants et à brusquer les choses. Car ce fut elle, au dire de Rider Haggard, qui exigea de ses parents qu'ils provoquassent l'explication décisive.
 quelle occasion? C'est sur quoi Chateaubriand
sembla devenir plus sombre et moins affectueux : la timide Céluta n*osoit Tioterroger; elle ne tarda pas à prendre pour de la lassitude ou de Tinconstance ce qui n'étoit que Tefifet du malheur et d'un caractère impénétrable » (t. II, p. 306).
1. Les Natchez^ t. I, p. 303. — « Son bonheur ressembloît à du repentir. René avoit désiré un désert, une femme et la liberté : il possédoit tout cela, et quelque chose gâtoit cette possession. Il auroit béni la main qui, du même coup, l'eût débarrassé de son malheur passé, et de sa félicité présente, si toutefois c*étoit une félicité ».
ne nous renseigne qu'en termes assez vagues : « Je voyais venir avec consternation le moment où je serais obligé de me retirer »^ Qu'entend-il par (( se retirer »? Ce ne peut être, il me semble, le fait de rentrer à Beccles, qui n'eût presque rien changé aux choses, puique sa classe l'eût ramené chaque semaine auprès des Ives, comme avant Taccident qui l'avait immobilisé chez eux. Il n'aurait plus vécu, il est vrai, dans leur intimité quotidienne, mais de là à parler de consternation!... Non. J'ai idée qu'il s'agissait bien d'une « retraite », sous la forme d'une absence, par exemple, susceptible de le retenir loin de Bridge Street pendant des mois.
Et voici ce qu'il est permis, je crois, de conjecturer.
On n'a pas oublié que, tout absorbé qu'il fût dans sa passion pour Charlotte, Chateaubriand avait continué de travailler à V Essai. Vers le temps où cette passion, trop visiblement partagée par la jeune fille, allait le mettre en demeure de se prononcer, la première partie de l'ouvrage — la seule qui fût destinée à paraître*, — touchait sans doute à son achèvement. Peut-être était-elle déjà en cours d'impression. Un « prospectus » lancé en 1796, « annonçoit le premier volume de rEssAi pour la fin de cette même année 1796 »% pour lea mois de