‹ Ay pays d'exil de ChateaubriandChapitre 105 sur 138 · Mém. d'O.'T., l. II, p · texte numérisé non relu

Mém. d'O.'T., l. II, p

▼rir, mais dont jamais je n'avais parlé. Elle me regardait, baissait les yeux, rougissait; elle-même séduisante dans ce trouble, il n'y a point de sentiment qu'elle n'eût pu revendiquer pour elle. Enfin, brisant avec effort Tobstacle qui lui ôtait la parole : « Monsieur, me dit-elle en anglais, vous avez vu ma confusion : je ne sais si Charlotte vous plait, mais il est impossible de tromper une mère ; ma fille a certainement conçu de l'attachement pour vous. M. Ives et moi nous nous sommes consultés; vous nous convenez sous tous les rapports; nous croyons que vous rendrez notre fille heureuse. Vous n'avez plus de patrie; vous venez de perdre vos parents^; vos biens sont vendus*; qui pourrait donc vous rappeler en France? En attendant notre héritage, vous vivrez avec nous. » De toutes les peines que j'avais endurées, celle-là me fut la plus sensible et la plus grande. Je me jetai aux genoux de madame Ives; je couvris ses mains de mes baisers et de mes larmes. Elle croyait que je pleu-

i. On sait que les senls parents que Chateaubriand eût perdus à cette date étaient son frère et sa belle-sœar.

2, Si les biens de Chateaubriand étaient déjà vendus à ce moment, la scène serait donc postérieure au 1«' août 1796, car ce fut seulement à cette date que fut déclaré valable par TAdministration du département d'Ille-et-Yilaine le procès-verbal d*e8timation de la terre de Combourg, fait à la requête de la <c Veuve Chateaubriand n, représentée par sa fille, « Julie- Marie- Agathe de Chateaubriand, femme Farcy Montavallon,... et ce, notamment, pour parvenir à distraire le cinquième du tiers, faisant le quinzième du tout de ladite terre, revenant suivant lesdites loix (V « ancienne loy et coutume de Bretagne ») à la République française comme exerçant les droits de François-René Chateaubriand » son « autre fils, soupçonné d'émigration. » (Archives d'IJ^e^et^ Vilaine, Série Q.)

rais de bonheur, et elle se mita sangloter de joie. Elle étendit le bras pour tirer le cordon de la sonnette; elle appela son mari et sa fille : « Arrêtez] m'écriai-je; je suis marié! )> Elle tomba évanouie \

Lui, sans même « rentrer dans sa chambre », il fila sur Beccles, à pied, dans les ténèbres, et, le lendemain ou les jours suivants, écrivit à Mrs. Ives une lettre dont il « regrette », dans les Mémoires*^ « de n'avoir pas gardé de copie ». Après quoi, il prit la poste pour Londres.

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