‹ Ay pays d'exil de ChateaubriandChapitre 107 sur 138 · T. II, p · texte numérisé non relu

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AU PAYS d'exil de CHATEAUBRIAND 189

reconnaissance, d'éprouver une sorte de refus de rhomme inconnu qu'elle avait accueilli, auquel elle avait offert de nouveaux foyers avec une simplicité, une absence de soupçon^ de précaution qui tenaient des mœurs patriarcales ! Je me représentais le chagrin de Charlotte, les justes reproches que Ton pouvait et qu'on devait m'adresser : car enfin j'avais mis de la complaisance à m'abandonner à une inclination dont je connaissais l'insurmontable illégitimité ^

Mais le regret d'avoir perdu Miss Ives lui était peut-être encore plus intolérable que le remords de l'avoir offensée. Depuis qu'elle n'était plus à ses côtés, il la retrouvait partout; et, deux fois exilé désormais dans Londres, il promenait à travers la ville, « vaste désert d'hommes* », une hallucinante nostalgie du paradisiaque désert de Bungay :

Les lieux que j'avais parcourus, les heures et les paroles que j'avais échangées avec Charlotte, étaient gravés dans ma mémoire : je voyais le sourire de l'épouse qui m'avait été destinée ; jo touchais respectueusement ses cheveux noirs; je pressais ses beaux bras contre ma poitrine, ainsi qu'une chaîne de lis que j'aurais portée à mon cou. Je n'étais pas plus tôt dans un lieu écarté, que Charlotte, aux blanches mains, se venait placer à mes côtés. Je devinais sa présence, comme la nuit on respire le parfum des fleurs qu'on ne voit pas'.

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