‹ Ay pays d'exil de ChateaubriandChapitre 113 sur 138 · Mém, d'O.-T., t. II, p · texte numérisé non relu

Mém, d'O.-T., t. II, p

2. A sa mort, en 1832, il avait soixante-douze ans : il était donc né en 1760.

le sommet ondulé d'un coteau, à l'entrée d'un beau parc où, derrière des pelouses moelleuses et des arbres opulents, se dissimule à demi un élégant castel moderne, habillé d'une véritable fourrure de lierre. Nous sommes à Ditchingham House^ chez Tauteur de Jess,

Haut, trapu, solide, chaussé de bottes encore boueuses de sa chevauchée du matin, Tair d'un batteur de brousses égaré dans les lettres, le maître de céans nous accueille au milieu d'un vaste hall « moyenâgeux », que tapissent, du parquet au plafond, les trophées de ses chasses sud-africaines. Je mets la conversation sur le chapitre de Charlotte Ives. Aussitôt Rider Haggard de donner libre cours à sa verve :

— Charlotte Ives? — s'écrie-t-il avec un léger zézaiement qui adoucit un peu la rudesse de la voix, — ce que j*ai écrit sur elle est l'expression de la vérité. Son histoire était ici de notoriété publique. Je Tai racontée d'après le journal d'une vieille parente à moi, qui avait intimement connu Mrs. Sutton. he flirt si brusquement rompu de la fille du pasteur avec le réfugié français fut, en son temps^ le sujet d'une infinité de commentaires dans toute la région, et vous savez à quel point les commérages de ce genre ont la vie dure en proyince. D'ailleurs, Mrs. Sutton ne se cachait nullement de cette aventure où elle avait, au demeurant, joué le beau rôle... Au physique, Mrs. Sutton était, paraîtil, de taille moyenne, plutôt petite que grande. Ce qui frappait le plus en elle, c'étaient les yeux, qui

décelaient une âme intrépide et passionnée... Ses enfants tenaient d'elle... Vous désirez visiter le Lodge, dites-vous : vous le pouvez, mes locataires sont en voyage. Eh bien! lorsque vous serez dans le petit salon d'en bas, donnez un coup d'œil à la tache noire qui s'aperçoit encore sur le marbre blanc de la cheminée : elle date de Tépoque où les fils de Mrs. Sutton prenaient leurs leçons dans cette pièce. Leur mère leur avait imposé pour précepteur un certain colonel X..., qui les menait à la baguette. Ils ne tardèrent pas à le détester cordialement. Une de ses postures favorites, quand il les faisait travailler, consistait à s'asseoir, le dos à la cheminée et les pieds sur la table. Ses élèves en furent si agacés q u'un jour, l'un d'eux, exaspéré, lui envoya l'encrier à la figure, éclaboussant, du même coup, le marbre, qui en est resté maculé... Ils le poursuivirent de leur haine j usque dans Tautre monde, comme vous le prouvera cette anecdote dont je vous garantis l'authenticité. Le dit colonel étant mort au Lodge^ Mrs. Sutton avait exigé qu'en récompense de ses services il fût enterré dans la sépulture des Ives, au village de Ditchingham. Mais lorsque Mrs. Sutton vint elle-même à mourir, ses fils profitèrent de l'ouverture de la tombe pour ^nlever de nuit la dépouille exécrée de leur ancien mentor et Tenfouir en hâte dans un trou quelconque du cimetière... Âh! ce n'était pas une famille banale, you knoçVj cette famille Sutton!

Et le romancier conclut :

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— Aujourd'hui, tous ses membres ontdisparu et sans doute ne prononcerait-on même plus son nom, si Charlotte n'avait été aimée de votre Chateaubriand.

Nous le quittons là-dessus et nous acheminons vers Ditchingham Lodge. Au sortir de Ditchingham House, une petite route privée contourne la base d'une chaînette de collines assez abruptes, plantées de vieux arbres; la plus élevée de ces collines est couronnée d'un bouquet de pins aux fûts énormes, dont les grands panaches sombres se balancent très haut dans le ciel. Ce sont les Vinet/arcTs Hills. A gauche s'étend le common d'Outneyque prolonge la perspective presque illimitée des prairies. Dans le fond abrité, juste au pied du bois de pins, s'érige le LodgSy une spacieuse maison de brique rouge, à portique blanc, précédée d'un arpent de jardin. La gardienne, en Tabsence des maîtres, nous en fait les honneurs. Partout des tableaux militaires et des portraits d'officiers. Dans le study, au-dessus de la cheminée à la tache d'encre, préside un Kitchener en civil. La chambre à coucher principale a vue sur la « savane », sur l'immense polder entrecoupé de canaux, où blondit de place en place une cime d'orme, et que domine vers le sud, de l'autre côté de la rivière, le promontoire de Bungay. Comme nous regagnons la voiture, M°^® Gostling avise à la pointe d'une tige, dans un massif, une rose d'automne encore fleurie, la seule du jardin, et demande la permission de la cueillir.

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— The smell of Charlotte* 1 — dit-elle en me donnant à respirer son doux et faible parfum.

Quelle fut en ces lieux retirés Texistence de Mrs. Sutton? Plutôt uniforme et terne, j'imagine, et fréquemment repliée sur le beau songe évanoui de sa jeunesse. Il est à conjecturer que, Thiver, elle séjournait le plus possible à Bungay, dans la nouvelle demeure où le ministre et sa femme avaient transporté leurs pénates, peut-être dès le départ de Chateaubriand, et pour fuir une atmosphère trop imprégnée de son souvenir. C'est à dessein, je pense, qu'ils l'avaient choisie, cette demeure, dans le paisible quartier des cimetières, sur le bord de Trinity Street, où elle semble dormir derrière sa grille close, toute voisine de la cure de S* Mary, dont elle a un peu Taspect prèsbytéral. Le Révérend John Ives ne vécut guère plus d'un lustre, après le mariage de sa fille : il s'alla reposer dans le Seigneur le 14 janvier 1812, à Tâge de soixante-huit ans. Mrs. Ives, en revanche, eut le temps de voir grandir ses petits-enfants, dont l'aîné, Samuel, né en 1807, éfait déjà un adolescent quand elle mourut, le 19 septembre 1822. — Notez cette date de 1822 : ce fut l'année même où Charlotte et René se revirent en terre anglaise. Et, comme Fémouvante rencontre se fît certainement au plus tard dans la première semaine de septembre, puisque, le 8 de ce mois^ Chateaubriand s'embarquait à Douvres pour la France,

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