Beccles Collection, Division III, Biographical, Vol, II
3. Ce portrait avait paru en tête d'une édition de Château «briand, publiée par F. Jonet, rue des Grand s-Augustins, Paris.
Monsieur,
Presque étranger à la lecture dos journaux, j'ai le malheur de n'avoir point vu les morceaux de votre poème de Joseph dans le Mercure et dans le Moniteur^, Je ne doute point que vos vers ne soient dignes du beau sujet que vous avez choisi, et vous m'honorez beaucoup en prenant dans mes ouvrages tout ce qui peut convenir aux notes de votre poème. Je vous remercie infiniment des éloges que vous voulez bien me donner et que je dois sans doute à vôtre indulgence. Je vous prie d'agréer l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Db Chateaubriand.
J'ignore comment cette lettre est venue s'égarer à Recelés. Si elle n'a rien à nous apprendre sur le sujet qui nous occupe, en voici une, par contre, dont on ne pourra pas en dire autant. Elle n'est pas autographe, mais la transcription en fut faite, pour Wilton Rix, par la personne même à qui elle était adressée,
Greville Street. Holhorn^n^ 4ô, London^ 16 jarU^^ 4797^
Dear Sir^
You could not fancy how many times I reproched
myself mth not writing to you^ but if you knèw
how much burried in papers I am no^ busy in
1. Les « morceaux » du poème de Joseph donnés dans le Mercure du 16 avril 1808 et dans le Moniteur du 13 juin 1808 sont seulement signés des initiales G, A.
AU PAYS d'exil de chateaubriand 33
printing^ runing from booksellers to booksellersj cursing a thousand people that catl upon me, y ou no dubt would excuse and pity me. The gentleman who shall delwer y ou this letter is a cousin of mine called Mr, Feron ; he is goné to Beccles to occupy my place. Should y ou be so kind to help him in many Utile things he may be a stranger to, y ou mil oblige me very much. I my self shall soon return among y ou again. I am now very ill, but as I giue up ail sort of teaching, I shall be able, when at Beccles^ to folloçv a regular course ofphysics, and lam not without hope that, by next summer, you vïll make of me one of the strongest man in England.
Excuse my french scribbling and receive the assurance ofall the gratitude with which I remain, dearsir^ your very and humble and obt serK
Chateaubriand,
My cousin is lodged in my appartment at Butcher s.
D'Davey, beccles*.
1. a Grenlle Street. Holbom, n^ 15, Londres, 16 janvier 1797.
Cher Monsieur,
Vous ne sauriez vous imaginer combien de fois je me suis fait reproche de ne tous point écrire, mais si vous saviez à quel point je suis enfoui dans Tonvrage que je fais imprimer en ce moment, courant de libraires en libraires, maudissant mille gens qui me Tiennent voir, tous m'excuseriez certainement et me plaindriez. Le gentleman qui tous remettra cette lettre est un cousin à moi qui s'appelle M. Feron. Il est allé à Beccles occuper ma place. Si tous étiez assez aimable pour l'aider en bien des petites choses dans lesquelles il peut être
34 AU PATS d'exil de guateaubriand
On remarquera que le transcripteur a respecté jusqu'aux fautes d'orthographe ^ Par là, ce texte nous fournit un spécimen typique de la manière dont Chateaubriand pratiquait la langue anglaise, vers le temps de la publication de V Essai. « J'écrivais en anglais, — déclaret-il dans une page des Mémoires relative précisément à cette époque, — et mes idées commençaient à se former en anglais dans ma tête* .» Sa lettre au docteur Davey prouve, en effet, si j'en crois l'appréciation de personnes compétentes, qu'en dépit de quelques solécismes il ne s'exprimait pas trop mal, pour un étranger.
Mais ce n'est point en cela que réside Tintérèt capital de ce document. Relisons-le. Nos yeux
étranger, vous m^obligerez fort. Je dois bientôt rentrer moimême parmi vous. Je suis présentement très malade, mais, comme je cesse toute espèce d'enseignement, je serai, une fois de retour à Beccles, à même de suivre un traitement régulier et je n'abandonne pas l'espoir que, l'été prochain, vous ne fassiez de moi un des hommes les plus fprts d'Angleterre.
Excusez mon jargon français et recevez l'assurance de toute la gratitude avec laquelle je demeure, cher monsieur, votre véritable et humble et obéissant serviteur.
CHATSAUBBIA.ND.
Mon cousin loge dans mon appartement, maison Butcher. » L'adresse donnée en tête de la lettre était celle de l'imprimerie Baylis (cf. F. Baldensperger, article cité, p. 588).
1. Par exemple, reprochedy au lieu de reproached; hurried^ au lieu de huried\ runing au lien de running-, dubt au lieu de doubt; etc...