T. I, p. 5, note
4. Il s'agit d'un passage de la Chaumière Indienne : « Le malheur ressemble à la montagne noire de Bember, aux extrémités du royaume brûlant de Lahor : tant que vous la montez, TOUS ne voyez devant vous que de stériles rochers; mais, quand vous êtes au sommet, vous apercevez le ciel sur votre tête et, à Tos pieds, le royaume de Cachemire. » Cf. p. 147 des Œuvres choisies^ édition Firmin-Didot. -— Chateaubriand, qui reproduisait la phrase de mémoire, en a, en e£Pet, altéré la chnte, par une simple transposition de mots. Il a écrit :
52 AC PATS d'exil de CHATEAUBRIAND
J*en préviendrai ici une fois pour toutes : n'ayant rien sauvé de la révolution (excepté un petit nombre de notes), sans bibliothèque et sans ressources, je n'ai eu pour m'aider, dans Tobscurité de ma retraite, qu'une mémoire assez heureuse autrefois, mais aujourd'hui presque usée par le chagrin. On verra, à la conclusion de cet Essai, les difficultés innombrables qu'il m'a fallu surmonter. J'ai été souvent sur le point d'abandonner Touvrage, et de livrer le tout aux flammes. Cependant, je puis assurer les lecteurs que les inexactitudes qui ont pu se glisser dans mes citations sont de peu de conséquence, et que, partout où le sujet Ta absolument exigé, j'ai suspendu mon travail jusqu'à ce que je me fusse procuré les livres originaux.
Où? Auprès de qui se les procurait-il ? Écoutons la suite :
En cela, j'ai trouvé de grands secours chez les gentilshommes anglais, qui m'ont ouvert leurs bibliothèques avec une générosité qui fait honneur à leur philosophie.
Ces « gentilshommes anglais », — assez larges d'esprit pour faciliter de la sorte au jeune émigré françai=î, anarchiste* et mécréant, rélaboration
<(,.. Vous apercevez le ciel sur votre tête et le royaume de Cachemire à vos pieds. »
1. £st-il oécessaire de rappeler telle ou telle profession de foi de V Essai, « Indépendance, indépendance individuelle, voilà le cri intérieur qui nous poursuit... Tout gouvernement est ua mal, tout gouvernement est un joug » (t. I, p. 322-323). c On a beau se torturer, faire des phrases et de l*esprit^ le plus grand malheur des hommes, c*est d'avoir des lois et un gouvernement » (t. II, p. 281).
d'une thèse si contraire à tous leurs principes, et dont ils étaient du reste loin, j^imagine, de soupçonner les tendances, — nous connaissons à présent l'un d'eux, le plus directementvisé sans doute, en la personne de Robert Sparrow. Mais, à côté, ou mieux, au-dessus de celui-là, il y en a un autre, un clergymariy dont l'auteur de V Essai tient à se proclamer tout spécialement l'obligé :
J'ai été pareillement redevable au révérend B. S., homme d'autant d^esprit que d'humanité, et auquel j'aime à rendre ici l'hommage public de ma reconnaissance ^
Nous eussions aimé, à notre tour, que cette reconnaissance, si vive en 1797, n'eût point perdu toute chaleur en 1826, au moment où paraissait, en tête des Œuvres complètes^ une réédition de V Essai.
L'occasion était belle pour Chateaubriand de payer la.dette de M.^de Gombourg, en révélant à la postérité le nom désigné par les initiales B. S. et qu'aucune raison de discrétion ne lui faisait plus un devoir de cacher. Or il y a bien une note à la note, mais qui n*est, comme d'habitude, qu'une réplique du Chateaubriand « Père de l'Église )) au Chateaubriand semi-voltairien. « J'ai été sur le point d'abandonner l'ouvrage, et de livrer le tout aux flammes », — disait celui-ci. — « J'aurais bien fait de céder à la tentation », — répond celuilà. Et c'est tout. Pas une demi-ligne pour nous