‹ Ay pays d'exil de ChateaubriandChapitre 3 sur 138 · Mém, d'O.-T., t. II, p · texte numérisé non relu

Mém, d'O.-T., t. II, p

2. Marié à Saint-Malo par le prêtre insermenté Louis Baard, le 29 février 1792, il partait en émigration le 15 juillet de la même année.

3. La remarque est de Chateaubriand, Mém, d*0,'T,, t. II, p. 111.

sait, lui : s'occupera-t-il à l'enseigner ? Plutôt que d'y condescendre, les Mémoires nous le montrent se résignant aux pires extrémités de la détresse et de la faim. 11 ne conçoit que deux moyens de subsistance : son épée ou sa plume.

La première, depuis les fatigues et les privations subies à l'armée de Gondé, il est de santé trop précaire pour s'en servir. Reste la seconde : il trouve l'occasion de l'employer à des traductions du latin et de l'anglais que lui procure Peltier, Tancien rédacteur des Actes des Apôtres^ — dont on aimerait, entre parenthèses, qu'il parlât, sinon avec plus de mansuétude, du moins avec une impertinence moins hautaine*. — Le même Peltier l'encourage à entreprendre l Essai historique sur fe^iî^(/oiaao/i^, dont il lui a peut-être insufflé ridée ; il le met en relations avec l'imprimeur Baylis et le

1. Rappelons le croquis à l'emporte-pièce qu'il trace dn personnage : « Peltier, auteur du Domine salvum fac regem et principal rédacteur des Actes dès A poires ^ continuait à Londres son entreprise de Paris. Il n'avait pas précisément de ▼ices ; mais il était rongé d'une vermine de petits défauts dont on ne pouvait Tépurer : libertin, mauvais sujet, gagnant beaucoup d'argent et le mangeant de même, à la fois serviteur de la légitimité et ambassadeur du roi nègre Christophe auprès de George III, correspondant diplomatique de M. le comte de Limonade^ et buvant en vin de Champagne les appointements qu'on lui payait en sucre. Cette espèce de M. Violet, jouant les grands airs de la Révolution sur un violon de poche, me vint ▼oir et m'offrir ses services en qualité de Breton ». Mém^ i'0.-T.,i. II, p. 111113.

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libraire Deboffe, qui acceptent, celui-là de publier, celui-ci d'éditer le futur ouvrage.

Nous sommes en 1794^ La gène est un instaat conjurée, mais bientôt elle redouble. Les traductions ne viennent plus. La faute en est, parait- il, à Peltier, que Cliateaubriand déclare incapable d'une obligeance prolongée et à qui il reproche le plus ingénument du monde de n'être point sans cesse à quêter çà et là des travaux ... pour autrui. Or, comme les derniers fonds du gentilhomme s'épuisent, notez que c'est encore ce Peltier à tout faire qui, spontanément, se présente à la rescousse. Mais, ici, laissons parler le texte des Mémoires :

L'homme aux ressources, Peltier, ... avait lu dans un journal de Yarmouth qu'une société d'antiquaires s'allait occuper d'une histoire du comté de Suffolk, et qu'on demandait un Français capable de déchiffrer des manuscrits français du xii® siècle de la collection de Camden. Le parson^ ou ministre, de Beccles, était à la tète de l'entreprise, c'était à lui qu'il se fallait adresser. « Voilà votre affaire, me dit Peltier, partez, vous déchiffrerez ces vieilles paperasses; vous continuerez à envoyer de la copie de V Essai 9i Baylis; je forcerai ce pleutre à reprendre son impression; vous

1. « Je commençai à écrire VEssai en 1794 » (Préface de la réédition de 1826). Est-ce vraiment *à Londres qu'il commença de l'écrire ? Ce ne put être, en ce cas, que dans les tout premiers mois de cette année 1794, ainsi que nous le montrerons ci-après.

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reviendrez à Londres avec deux cents gainées, votre ouvrage fait, et vogue la galère ! »

Je voulus balbutier quelques objections : « Eh I que diable, s'écria mon homme, comptez-vous rester dans ce palais^ où j'ai déjà un froid horrible? Si Rivarol, Champcenetz, Mirabeau -Tonneau et moi avions eu la bouche en cœur, nous aurions fait de belle besogne dans les Actes des Apôtres ! Savez-vous que cette histoire de Hingant fait un boucan d'enfer?* Vous vouliez donc vous laisser mourir de faim tous deux? Ah! Ahl Ahl pouf!... Ahl Ahl... » Peltier, plié en deux, se tenait les genoux à force de rire. Il venait de placer cent exemplaires de son journal aux colonies ; il en avait reçu le payement et faisait sonner ses guinées dans sa poche. Il m^emmena de force, avec La Boûétardais apoplectique', et deux émigrés en guenilles qui se trouvèrent sous sa main, dîner à London-Tas^ern, Il nous fit boire du vin de Porto, manger du roastbeef et duplumpuddingà en crever... A la réflexion, le conseil de mon compatriote, vrai personnage de mon autre compatriote Le Sage, ne me

1. Le galetas où perchait alors Chateaubriand était situé dans New Hoad, près de Marylebone Street (Cf. Mém, d'0,'T»f t. II, p. 122.)

2. Hingant de la Tîemblais, ci-devant conseiller au Parlement de Bretagne, un des compagnons d'exil et le commensal, si Ton peut dire, de Chateaubriand, avait, un jour d'inanition, tenté de se donner la mort en se portant « un coup de couteau profond de deux pouces dans le bout du sein gauche »» (Cf. Mém, d'O.'T., t. II, p. 120-121).

3. Marie-Joseph-Annibal de Bedée de la BouëtardaiSy cousin germain de Chateaubriand.

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parut pas si mauvais. Au bout de trois jours d'enquêtes, après m'ètre fait habiller par le tailleur de Peltier, je partis pour Beccles avec quelque argent que me prêta Deboffe» sur l'assurance de ma reprise de VEssai. Je changeai mon nom, qu'aucun Anglais ne pou* vait prononcer, en celui de Combourg^ qu'avait porté mon frère et qui me rappelait les peines et les plaisirs de ma première jeunesse'.

Telles sont, d'après Chateaubriand, les circonstances où il fut amené à s'éloigner de Londres et à émigrer, comme nous dirions, en province. Nous allons maintenant nous y rendre nous-mème et voir ce qu'il nous sera possible d'y retrouver de ses traces.

1. Ce n*était pas la première fois qu^il adoptait ce nom. La lettre qui lui fut remise par le marquis de la Rouerie, au moment de son départ pour l'Amérique, le recommande en ces termes à Washington ; « Mr le chevalier de Combourg, a nobleman of the State of Brittany and a neighbourg of mine, is going over to North America ». (Cf. Tarticle de miss Emma Kate Armstrong, intitulé « Chateaubriand's America », dans le numéro de juin 1907, des Publications of the Modem Lan^ guage Association of America).

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