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AU PATS d'exil de CHATEAUBRIAND 85
très près les chères, les nostalgiques images de son pays de Gombourg. Ici, comme là-bas, c'était, il est vrai, « partout la même chose et le même aspect^ ». Mais, ici, comme là-bas, cette monotonie même, d'ailleurs infiniment nuancée, ne laissait pas d'être apaisante et douce. « L'Angleterre, avoue-t-il, était triste, mais charmante* », — triste sans doute, parce qu'il la regardait à travers ses dispositions intimes qui ne se prêtaient guère àTallégresse. Car la physionomie du Suftolk n'est rien moins que mélancolique, et si le « merry England* » a jamais été de mise quelque part, c'est assurément en cette molle contrée verte, peuplée d'arbres, veinée de rivières, fraîche et riante à souhait.
Triste ou gaie, d^ailleurs, il n'importe. Chateaubriand lui fut, tout compte fait, redevable des jouissances qui pouvaient le mieux endormir ses regrets de banni, exalter son cœur de Breton et de poète : n'y était-il point comme enveloppé par la grâce toujours neuve, la beauté toujours émouvante des ciels, des eaux et des bois? Nous avons là-dessus son témoignage direct, car il n'y a pas à nier qu'elle fut écrite à Beccles, — le soir de quelque chevauchée scolaire, sous la dictée immédiate des paysages semi-terrestres, semi-marins du Suffolk, — cette page si fervente de VEssai^ dans le célèbre chapitre : « Aux infortunés* ».