CHAPITRE III
Comment Chateaubriand fut introdnit chez les Ives, et à quel titre. — Diaprés la tradition locale, il aurait tenu une classe à Bungay, dans la maison de Bridge Street, — Hypothèse à ce sujet. — Chateaubriand mêlé à la vie des Ives. — Personnes qui composaient la famille. — M. Ives, helléniste, mathématicien et voyageur. — Charlotte Ives. — Des « plans d'études » au roman d'amour.
Il est à présumer que, dès les débuts de son séjour à Beccles, Chateaubriand avait eu des élèves à Bungay. Nous avons vu que, par l'intermédiaire des Sparrow, il avait été mis en rapports avec Mrs. Scott, une jeune femme de cette ville. Nous savons, d'un autre côté, par une note de VExemplaire confidentiel^ qu'il fréquentait chez les Be-
1. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. I, p. 172, note. — Voici le passage essentiel de cette note :
« Je pourrois encore être heureux et à peu de frais : il ne 8*agiroit que de trouver quelqu'un qui voulût me prendre à la campagne... Ce qu'il y a de singulier, c\st que ce bonheur, qui a Tair si facile à obtenir, est cependant impossible, et je ne sais pas après tout si je voudrois moi-même demeurer chez des étrangers... M. Beding... m*avoit proposé de me donner un petit temple dans son parc, mais on voit trop de monde dans cette maison : j'aurois été assiégé sans cesse d'importuns et de visiteurs. D'ailleurs, ces femmes n^ont pas le sens commun : elles sont ignorantes et mal élevées; en un motj tout cela ne pouvoit me convenir. Je voudrois une retraite plus petite et plus tranquille, des gens honnêtes et aimables^ et non des Grands, 9
AU PAYS d'exil de CHATEAUBRIAND 1^
dingfield, lesquels habitaient, aux mois d'été, leur belle résidence de Ditchingham Hall, sur la berge norfolkienne, à deux milles au plus de Bungay. Enfin, le recteur de Beccles n'avait pu manquer de le recommander tout spécialement aux ministres de la région, partant à John Ives. Et ce fut là, je pense, l'origine de ses relations avec le peu ascétique vicaire de S* Margaret.
Lui-même nous laisse entendre, en ses Jf^moires\ qu'il était amicalement reçu dans la maison, bien avant cet hiver historique de 1795-96 où, par une suite de circonstances que nous examinerons, il fut de la part des Ives l'objet d*une sollicitude dont le souvenir devait le hanter longtemps après, à la fois comme un délice et comme un remords. Il nous dit pareillement, quoique en termes voilés, ce qu'il y venait faire :
La young lady me questionnait sur la France, sur la littérature; elle me demandait des plans d'études; elle désirait particulièrement connaître les auteurs italiens, et me pria de lui donner quelques notes sur la Dwina Commedia et la Gerusalemme^ ,
Dépouillez ce langage de tout artifice : n'est-ce pas comme si Chateaubriand nous disait qu'il venait donner des leçons de français, voire d'italien, à la jeune fille de la maison ?
Ce qu'il ne nous dit pas, en revanche, c'est qu'in-