‹ Ay pays d'exil de ChateaubriandChapitre 67 sur 138 · tf Quelques associations littéraires d'Est Anglie · texte numérisé non relu

tf Quelques associations littéraires d'Est Anglie

pas apprécié seulement les mérites du professeur, mais aussi le commerce de Thomme; d'autre part, il était amplement fixé sur l'état toujours précaire de ses finances : pourquoi ne se serait-il pas employé à lui ouvrir, en quelque sorte, un nouveau débouché dans la ville où il avait transporté ses pénates et dont il était présentement un des citoyens les plus considérables ?

Depuis de longues années déjà, Bungay possédait une grammar school florissante, qui se glorifiait d'avoir compté le poète Crabbe au nombre de ses élèves. Il y avait là les éléments d'une classe pour Chateaubriand.

Il est permis de supposer qu'un beau matin, comme il était de passage à Bungay pour une de ses teaching expéditions , M. Brightley lui tint à peu près ce discours : « J'ai causé de vous avec mon collègue d'hier, le directeur de la grammar school : il se croit en mesure de vous garantir une douzaine de disciples; arrangez-vous pour trouver une pièce où les réunir. » Simple conjecture, sans doute, mais qui n'a rien que de très vraisemblable. Et Chateaubriand louait la chambre en question, — « à laquelle, dit William A. Dutt, son nom reste désormais attaché », — au second étage de la vieille maison de Bridge Street dont les Ives occupaient les autres pièces.

S*il se décida pour ce logement, ce fut^ j'imagine, à rinstigation des Ives qui, peut-être, le lui con« cédèrent à titre gracieux.

En tout caS| le voici comme mêlé à leur vie» Il

est de la maison, presque de la famille. Déjà, du temps qu'il n'y paraissait encore qu'en donneur de leçons, il note avec gratitude qu'il y était « mieux reçu que partout ailleurs »*. Maintenant, les rencontres sont plus fréquentes et moins brèves; on 8e croise dans la cour, dans l'escalier; on se rend mille menus services réciproques ; on échange, à tout propos, de ces riens qui finissent par tisser des fils imperceptibles entre les âmes. Le plus souvent, après sa journée de labeur, le jeune maître, au lieu de rentrer à Beccles, sous la tombée hâtive du crépuscule d'octobre ou de novembre, préfère passer la nuit dans son pied-à-terre de Bungay. Les Ives, qui le savent seul là-haut, se disent : « Si nous Tinvitions à dîner avec nous, sans façon?.,. » 11 ne se fait prier que juste le nécessaire. Au fond, il est ravi d'accepter. Sa sauvagerie ne se hérisse que chez les « grands ». Les Ives sont des gens bien nés, d'aisance large, ayant toute la respectabilité de la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent : ce ne sont pas des grands. Ils mènent une existence copieuse, mais sans faste ; ils ne visent ni à l'étalage ni au fracas. Loin de se sentir dépaysé dans leurs habitudes, l'exilé respire à leur foyer quelque chose de l'atmosphère dont s'égayait le château paternel, aux rares jours où l'on y traitait des gentilshommes de passage, « le marquis de Montlouet, le comte de Goyon- Beaufort », allant plaider au parlement de Bre-

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