‹ Ay pays d'exil de ChateaubriandChapitre 84 sur 138 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, p

2. Atala, p. 22. Confrontez avec cette citation à'Atala ce passage des Mémoires (t. II, p. 149) : « Vingt fois la mère de Charlotte s'était enquise de mes parents et m'avait mis sur la Toie des révélations. Ne prévoyant pas où mon mutisme me mènerait, je me contentai, comme d'usage, de répondre quelques mots vagues et brefs. Si je n'eusse été atteint de cet odieux travers d'esprit (une invincible circonspection), toute méprise devenant impossible, je n'aurais pas eu l'air d'avoir voulu tromper la plus généreuse hospitalité ».

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gements qui le liaient, dans sa patrie, à la lointaine Céleste Buisson :

a Vous êtes les grâces du jour et la nuit vous aîme comme la rosée. L'homme sort de votre sein pour se suspendre à votre mamelle et à votre bouche; vous savez des paroles magiques qui endorment toutes les douleurs. Voilà ce que m'a dit celle qui m'a mis au monde, et qui ne me reverra plus! Elle m'a dit encore que les vierges étoient des fleurs mystérieuses, qu'on trouve dans les lieux solitaires ^.. »

La virginale Charlotte rougissait délicatement, sans bien savoir encore pourquoi. Mrs. Ives augurait de ces harmonieuses réticences du jeune Français qu'il avait le cœur libre, et n'insistait pas. Chez Tune et chez l'autre le grave malentendu commençait.

Le repas terminé, les femmes se retiraient, à l'anglaise, laissant John Ives seul avec son. hôte, devant une ou plusieurs bouteilles de porto. Deux heures durant, les deux hommes buvaient et devisaient. Ils devisaient « de Newton et d'Homère »; ils devisaient surtout d'Amérique. Le Révérend Ives « aimait à conter ses voyages » ; Chateaubriand ne se faisait pas faute de s'étendre complaisamment sur les siens. Sans doute, pour ne demeurer pas en

1. Atala, p. 23. — Dans les JVatchez (t. I, p. 19), aux questions que lui pose Chactas sur son passé, René ne répond que par le silence, après avoir murmuré d'une voix troublée': « Indien, ma vie est sans aventure, et le cœur de René ne se raconte point ».

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reste , cédait-il dès lors à la tentation de les corser, de les dramatiser un peu. Déjà son idéalisme celtique, impuissant à se contenir dans les bornes étroites de la réalité, s'évadait dans la fiction. La fantaisie pénétrait le souvenir, l'amplifiait et l'enrichissait. Ce fut, j'imagine, au cours de ces expansifs têteà-tête avec l'ancien missionnaire du « désert », sous l'influence suggestive et, pour ainsi dire, provocatrice de ses récits, que s'ébauchèrent dans le cerveau de l'écrivain quelques-unes des inventions de poète et de voyageur, auxquelles il devait lui-même ajouter foi par la suite, pour les avoir trop souvent débitées, et dont nous surprenons les premiers germes jusque dans V Essai. L'effet de plus d'une d^entre elles^ fut certainement éprouvé tout d'abord sur le petit cercle de Bridge Streety non sans une secrète ambition, d'ailleurs bien excusable, d'exciter l'admiration frissonnante des dames qui le composaient.

Charlotte « reparaissait au thé », qu'elle préparait elle-même avec le geste de Céluta :

Elle fit bouillir de l'eau dans un vase en forme de corbeille; elle versa cette eau sur la poudre de la racine de smilax^...

Puis elle s'asseyait au piano. Elle « était excel-

1. J'ai surtout dansTespritla note de V Essai (t. II, p. 131 sqq.) où Chateaubriand raconte son excursion aux chutes du Niagara. Je suis persuadé, quant à moi, qu'il y est allé, mais je considère comme impossible qu'il y ait été le héros des arentures qu'il s'y est prêtées.

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