T. I, p. 209, note
2. Poésies^ p« 61-63. — Il lui attribue, dans ce recueil, la date de 1797.
166 AU PAYS d'exil de chateaubriand
Ouiy je me plais, Clarisse^ à la saison tardive, Image de cet âge où le temps m'a conduit^ ; Du vent à tes foyers j'aime la voix plaintive Durant la longue nuit...
Viens dans ces champs déserts où la bise murmure
Admirer le soleil qui s'éloigne de nous;
Viens goûter de ces bois qui perdent leur parure
Le charme triste et doux.
Des feuilles, que le vent détache avec ses ailes, Voltige dans les airs le défaillant essaim :
Ah ! puissé-je en mourant me reposer comme elles
Un moment sur ton sein I...
Ce ruisseau, sous tes pas, cache au sein de la terre Son cours silencieux et ses flots oubliés :
Que ma vie inconnue, obscure et solitaire,
Ainsi passe à tes pieds I Aux portes du couchant le ciel se décolore; Le jour n'éclaire plus notre aimable entretien : Mais est-il un sourire aux lèvres de l'Aurore
Plus charmant que le tien?
L'astre des nuits s'avance en chassant les orages : Clarisse, sois pour moi Tastre calme et vainqueur Qui de mon front troublé dissipe les nuages
Et fait rôver mon cœur.
Il est impossible de lire ces vers sans évoquer l'automne de 1795 à Bungay, le bruit du vent sur les collines d'alentour, le courant silencieux de la Waveney, criblé de feuilles mortes, la tiédeur
1. Quoiqu'il n'eût que vingt-sept ans, Chateaubriand arait tout de même, à trois ans près, le double de l'âge de Charlotte.
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hospitalière du foyer àe Bridge Street y et la blanche, la mélancolique image de Charlotte , brillant d'une pure et pâle clarté d'étoile sur les destins orageux de René.
Le quatrain final est particulièrement expressifs : tout ce que le « poète écossais » demande à Clarisse, c^est de bercer son infortune, d'écarter de lui les pensées douloureuses^ de « faire rêver son coeur D. C'était aussi bien tout ce qu'au début de de leur intimité Chateaubriand souhaitait de Charlotte. 11 n'éprouva d'abord à ses côtés que « le charme timide d'un attachement sorti de Fftme »*. Bientôt il ne se contenta plus de « rêver j» d'amour, il aima. Discrètement, pour commencer, et comme à distance, avec un mélange de ferveur et de respect : « J'avais paré les Floridiennes, — nous disait-il tout à Fheure, — je n'aurais pas osé relever le gant de Miss Ives. » Traduisez que, jusqu'alors il n'avait pas connu l'amour véritable ou, simplement, l'amour. Il avait été amoureux, luimême ne savait combien de fois; il était toujours prêt à l'être, et de toutes les femmes, excepté de la sienne : il n'avait pas aimé*.
1. Comparez avec ce quatrain le passage suivaut des Naickez (t. II, p. 71) : tf Victoire d'une femme, qui dira ton orgueil et tes joies? L'astre des nuits qui vient de dissiper dans le ciel les nuages d'une tempête parait moins beau que la pâle Céluta, triomphante au désert ».