Aya Sofia, Constantinople
L'Aureur de cet Album, chargé en 1847 par le Sultan Abdul-Medjid de restaurer la Mosquée impériale de Sainte Sophie, qui menaçait de s’écrouler, s’est trouvé dans une position toute exceptionelle pour dessiner sous ses faces diverses cette intéressante Basilique. Pour l’art byzantin, pour l’archéologie, aussi bien que pour les artistes, cette publication était du plus haut intérêt.
Les Architectes y trouveront de vastes sujets d'observation, et assûrément un des plus beaux models à étudier. Ils admireront ces ornemens si légers contrastant avec la jettée gigantesque des arcs qui supportent la coupole, puis, la forme ovoïdale de la nef, qui offre à l’œil des lignes pleines d’harmonies que la richesse des matériaux et la variété de leur couleur viennent compléter encore.
Les Artistes qui voudraient reproduire quelques-uns des événemens dramatiques, dont ce monument a été souvent le théâtre pendant le Bas-Empire et la conquête, auront aussi dans ces vues intérieures, des motifs nouveaux, des matériaux qui donneront un caractère plus vrai aux scènes que se crée vaguement l’imagination.
Mais donnons ici, en abrégé, la description et l’histoire exacte de ce monument célèbre.
Constantin le Grand, l’an 20 de son règne, fonda dans sa capitale nouvelle une Basilique, qu’il dédia à l’immortelle Sagesse, Aya-Sofia, ou Ste. Sophie, nom que les Turcs eux-mêmes ont respecté.
Constance, son fils et son successeur, l’acheva, ou pour mieux dire, la réédifia sur un plan beaucoup plus vaste. Incendiée un siècle après, dans une sédition causée par l’injuste exil de Jean Chrisostôme, Arcadius la fit réparer de nouveau. Enfin, pour la quatrième fois, sous le règne de Justinien, elle fut complètement détruite, lors de la fameuse émeute occasionée par les querelles futiles de l’'Hippodrome, entre les factions des Bleus et des Verds. Trente-cinq mille personnes, à ce que dit l’histoire, périrent dans cette mêlée. Ce fut alors que l'Empereur Justinien, en 532, fit réédifier sur le même emplacement la basilique actuelle. Antémius de Trolles et Isidore de Millet, célèbres architectes du tems, furent chargés de cette importante construction. Les dépouilles des plus beaux temples d’Asie-Mineure et de Grèce servirent à l’embellissement de ce temple, qui, après huit années de travaux, fut achevé et célébré comme le plus riche et le plus vaste monument du monde.
Depuis lors, bien des vicissitudes le frappèrent; les tremblemens de terre firent écrouler la coupole quelques années après son édification, et ce fut Isidore le Jeune, neveu de celui qui l'avait construite, qui eut mission de la relever. Bazile le Macédonien, Romain IT, Andronic le Vieux, l’Impératrice Anne Cantacuzène, et Jean Paléologue, y firent successivement des réparations. Enfin en 1453, Mahomet l'ayant convertie en mosquée, fit disparaître sous une couche légère de peinture les emblèmes chrétiens. Plus tard, sous le règne de Sélim IL. et d'Amurat III on ajouta les contreforts extérieurs: constructions lourdes et grossières, qui défigurent entièrement sa forme primitive. Un nouveau tremblement de terre avait rendu ces appuis indispensables à la conservation du précieux édifice. Depuis lors, on ne fit aucuns travaux importans.
Le Sultan actuel, l’illustre fils de Mahmoud, comprit qu'il était tems d’arrêter la destruction de ce chefd'œuvre de l’art byzantin. Déjà les voûtes et les coupoles crevassées donnaient accès à la pluie, au vent, et à la neige. A cela venait se joindre l’incurie des Softas chargés de la conservation de lédifice, et qui
négligeaient même de faire réparer la couverture en plomb, laissant envahir le monument tout entier, au
dedans aussi bien qu’en déhors, par des nuées de pigeons et d'oiseaux de proie destructeurs ; tout en un mot
concourait à la ruine prochaine de Ste. Sophie. Autant la perte de cette basilique célèbre eut été déplorable pour les arts et la civilisation, autant sa restauration est un évènement heureux qui honore au plus haut dégré le règne d’Abdul-Medjid.
Les travaux de restauration ont duré deux années; et si grâce aux difficultés de tout genre, ils n’ont A
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pas été aussi complets que les architectes l’auraient desiré, ils ont été néanmoins d’une utilité incontestable. Les sommes allouées, les nécessités religieuses, et bien d’autres motifs encore, ne permettaient pas de faire mieux. Pour arriver à un résultat déjà si considérable, il a fallu toute la volonté du premier ministre Reschid Pacha, dont le goût éclairé pour les beaux-arts est connu de l'Europe entière.
Les parties de l'édifice les plus compromises ont été reconstruites; la couverture en plomb réparée, la coupole dégagée de quatre lourds arcs-boutans, qu'une double ceinture en fer autour de sa base, remplace avantageusement. Treize colonnes des galeries du Gynécée, sorties de leur cintre par la poussée des grands arcs latéraux qui soutiennent la coupole, ont été redressées. L'ancienne mosaïque a été partout découverte et nétoyée des enduits qui la cachaïent; le Mhirab ou autel, le Mimber ou Chaire, les Mafils ou tribunes des Imams, ont été restaurés, et la Tribune impériale entièrement rebâtie dans le style byzantin ; enfin, le mobilier de la Mosquée renouvellé avec grand luxe.
À nous, qui ne sommes dans tout ceci, que le simple rédacteur des notes de M. Fossati, mais qui avons étudié avec amour cette Mosquée superbe, on permettera de dire que l’art lui doit de vifs remercîmens
pour toutes les peines, la patience, et le talent qu’il a consacrés à ce travail important et difficile.