‹ Aye d'Avignon, chanson de geste. Publ. pour la première fois d'après le manuscrit unique de ParisChapitre 17 sur 23 · V. ci après, p · texte numérisé non relu

V. ci après, p

La karole commence dcsous^Jes pins rames.

2. V. la préface de Huon de Bordeaux, éd r ^.<:ard et Grandmaison, p. xxviu.

Gui de Nanteuil. b

xviij Préface.

que nous trouvons dans un immense poëme dont Punique manuscrit connu date du XV^ siècle (•). Au commencement de ce manuscrit, sinon du poëme , on voit Gui , Eglantine et leur jeune fils Tristan de Nanteuil sur un navire battu par la tempête. Le vent les pousse vers une côte où Gui descend à terre, laissant à bord sa femme et son fils. Pendant son absence, survient un pirate sarrasin qui enlève la dame pour la vendre au Soudan de Babylone. Resté seul sur le navire, dont le Sarrasin a coupé l'amarre, le petit Tristan est emporté en pleine mer, où une sirène le nourrit de son lait. Le navire finit par aborder en Herménie, où Tristan et sa nourrice sont recueillis par des pêcheurs. Mais une cerve vient, durant la nuit, s'abreuver du lait de la sirène, et par la vertu divine de ce lait elle emporte l'enfant dans les bois, où elle fait une guerre acharnée aux païens des environs, n'épargnant que les chrétiens et apportant la chair de ses victimes au jeune Tristan, qui voulenîiers en mengeoit.

Dès lors s'ouvre une série d'aventures étranges dont le sommaire même le plus bref ne pourrait trouver place ici. A peine y peut on indiquer

I. Bibl.Imp.,fr. 1478 {olim Colb.yjn-O- Le poëme, tel qu'il nous est parvenu, contient 24,000 vers environ, et en core est-il incomplet, c'est-à-dire transcrit sur un original qui l'était, comme l'indiquent plusieurs notes marginales du copiste. {Cyfault trois feuilles doubles, fol. 26 vo, j8 v . — Ilfûulî .1. feullet. fol. 175 ro.)— M. Fauriel (Hist. de la poés. prov., III. 512) indique à tort le manuscrit 7553-5 comme renfermant le poëme de Gui de Nanteuil. Il existe de ce poëme deux manuscrits seulement, que M. Fauriel ne connaissait pas. (V. ci-après ce que nous disons de ces deux manuscrits.)

Préface. xix

les luttes de la cerve contre ceux qui tentent vainement de délivrer le pays de ses ravages; — l'enlèvement de la fille deGalafre, roi du pays, par Tristan de Nanteuil, qui en fait son bon, et par suite devient père de Raymond de Saint- Gille, le héros de Parise la Duchesse {^)\ — la rencontre de Tristan avec un chevalier vers le quel il se sent attiré par un secret penchant et qui se trouve être son frère, Doon le bâtard, né d'Honorée, fille du roi Margaffier, par qui Gui de Nanteuil s'était laissé séduire après Penlèvement de sa femme ; — les souffrances que Gui endure dans la prison où Pafait jeter le courroux de Margaffier ; — le jeûne auquel il se condamne pour expier la faute qu'il a commise en manquant à la foi conjugale ; — enfin sa délivrance , procurée par sa mère Aye d'Avignon, qui dans ce poëme singulier combat longtemps sous le nom de Gaudion , armée en chevalier, dans les rangs des païens, comme la princesse Camaralzaman des Mille et une Nuits ou la Monja alfereZj Dona Cathalina de Eranjo.

Un ouvrage si confus, où se croisent tant d'intrigues, où tant d'intérêts sont en jeu à la fois, ne peut avoir de dénoûment, ou, ce qui revient au même, il en a un pour chaque épisode, presque pour chaque personnage. Gui de Nanteuil y meurt assassiné par Persant, qui est, comme Hervieu de Lyon, un fils du traître Macaire. Eglantine et Aye meurent de douleur. Blanchandine, femme de Tristan de Nanteuil, ayant été

I. V. quelques vers de cet épisode cités dans la préface de Parise la Duchesse^ p. vui.

XX Préface.

contrainte de se déguiser en homme, se voit aussi forcée d'épouser une Sarrasine ; mais Dieu la tire d'embarras en lui donnant ce qui lui manque, et, de Blanchandine devenue Blanchandin, elle engendre saint Gille, dont la légende déjà assez merveilleuse (■) vient, avec ce début d'un genre tout nouveau , s'mtercaler dans le poème de Tristan de Nanteuil, dont le héros meurt de la main de son propre fils.

De tout ce poëme, qui sera plus tard Tobjet d'un travail particulier, nous n'extrairons ici qu'un seul passage, le récit de la mort de Gui de Nanteuil, soit parce que ce récit se rapporte intimement à la chanson de geste que nous publions^ soit parce qu'il rappelle une tradition locale qui n'est pas sans intérêt. Après des malheurs sans nombre. Gui et Eglantine sont rentrés en France ; Charlemagne leur a rendu Nanteuil, qu'il avait saisi u par mal entendement» pour le donner à Macaire et à Persant. Sommés de rendre ce fief, les deux traîtres, peu disposés à obéir, forment le projet de se défaire de Gui de Nanteuil, et lui dressent des embûches.

Parmi une forest qui en Renault dessent y La forest de Morney Vaperon vraiement, Là se vont embucher H traïstre pulant , Là font de trahison ensemble parlement.

Mais on dit, et c'est voir, il appert cleremenl Que dedens la forest, en ce lieu proprement Ou la mort Guyonfut pourparlée ensement, A une grande place, car puis n'y creut néant.

1. V. la légende de saint Gillc dans les Acta Sanctorum^ ïcr septembre.

Préface. xx]

Icil de ce pats rappellent enciennement C'est la place Guyon, encore est ensement^ Encore la peut on vêir tout cleremcnt, Ou Guyon fut occis et trahy faucement.

Gui chevauchait par la forêt, accompagné d'Eglantine, et sans avoir soupçon de rien ;

Mais Pcrsantluisailly, sur le destrier gascon ;

Là fut le duc enclos entour et environ.

Et Persant lui escrie à moult haute raison :

c( Parfy, Guy dcNantculj cenevaultungbouton;

a Aujourd'huy comparrcs la maloite façon

« Que vo fils fist à moi, n a pas longue saison {^)j

a Si comparrcs la mort de Harvy de Lyon (2).»

Et quant Aiglentc voit c'om assailloit Guyon,

Entie SCS bras le print en criant à hault son :

a Seigneur s, pour Dieu,mercy! laissés moy mon baron,

ce Mectcs mon corps à mal et à secucion,

a Mais que ne lui faciès cy endroit se bien non. »

Ce que la dame dist n'y valut ung bouton;

Car Persant trait l'espèe qui lui pent au giron.

Entre les bras la dame fery tel horion

Qui pourfendi le duc decy jusqu'au menton.

Entre les bras la dame qui clere ot la façon

Mourut Guide Nanteuly Dieu lui face pardon!

Or, ce nous dist l'istoire, en escript le trouvons Que pour celler le murdrett leur malle façon Enerberent la dame parmi boire poison, Sy cou corps lui creva le foye et le poumon. Ensevelir la firent ly traïstre larron.

! . Allusion à une aventure précédemment racontée dans le poème de Tristan. (Fol. 14J-M0.)

2. Allusion au poëme que nous publions. Voyez ci-après, p. 91.

xxi) Préface.

Or sont mort à destresse et à tribulation; Jliesus sy ait leurs armes par sa rédemption /(i)

A la nouvelle de la mort de son fils, Aye d'Avignon.

— en print tel douleur et tel merancolie Qu[e\ en mourut de deul, pourvoir le vous affie{2),

Ganor, l'époux d'Aye, et ses deux fils, Antoine et Richier, assiégeaient en ce moment leur cité d'Aufalerne qui était tombée au pouvoir d'un roi sarrasin. Ils jurent de venger la mort de Gui , mais , dans une sortie, le Sarrasin, leur ennemi, les tue de sa main tous les trois (5).

Telle est, d'après le poëme de Tristan de Nanteuil, la fin malheureuse des personnages qui figurent dans la chanson que nous publions, et avec Tristan lui-même meurt le dernier représentant de cette grande geste de Doon de Mayence, qui en ligne directe, et sans compter son chef, ne fournit pas moins de quatre générations de héros épiques.

Il est presque toujours impossible non-seulement de rien affirmer, mais même de rien conjecturer sur les auteurs de nos chansons de geste, et ceux qui ont prétendu les nommer n'ont fait connaître le plus souvent que des noms de réviseurs et peut-être de copistes. Mais certains détails d'une exactitude particulière, certaine prédilection manifeste pour tel ou tel pays, peu-

Page 1