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en devint rauque et il ne lui en resta que ce qu’il lui en fallait pour appeler les ministres de ses cruautés à qui il ordonna de donner au trop fidèle Hassan une bastonnade sur la plante des pieds sans spécifier le nombre des coups. Ce ne fut pas sans un effort sur lui-même qu’il s’abstint d’ordonner qu’on le mît à mort sur le champ ; mais il savait qu’il avait besoin de ses services, et l’intérêt personnel l’emporta sur la colère. Hassan ne poussa pas un cri, ne fit pas entendre une plainte; mais le monstre ne mit fin à son supplice que lorsqu’il le vit sans connaissance, et on l’emporta dans son appartement.
Le démon, qui avait traité si cruellement son plus fidèle serviteur, aurait probablement fait aussi tomber sa vengeance sur la tête d’Osmond ; mais il réfléchit heureusement qu’il venait de se priver des services d’Hassan pour utie expédition qu’il avait fort à cœur d’entreprendre sans aucun délai; cette expéditon avait pour but d’enlever Ayesha et de la conduire dans son harem pour en être la reine. Il avait si souvent entendu parler de sa beauté extraordinaire, et cequ’il avaitappris de ce qui s’était passé entre Osmond et elle avait tellement excité sa curiosité, qu’il ne songeait plus qu’aux moyens de se mettre en possession de ce trésor. 11 combina plusieurs plans pour y réussir; mais tous présentaient de grandes difficultés. Avec l’activité, la bravoure et la sagacité
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d’Hassaii, il se serait cru sûr du succès, et, en; songeant qu’il venait de se priver de ce secours pour quelque temps, il fut sur le point, dans un nouvel accès de fureur, de se frapper la tête contre la muraille pour avoir souffert que son courroux l’emportât sur sa raison.
Pour tirer son esprit des doutes qui l’embarrassaient, il fit venir son kotchek, le prêtre dont nous avons déjà parlé ; il lui demanda de lui faire savoir, d’une manière certaine, si le projet qu’il méditait réussirait ou non, et il lui en communiqua tous les détails. Gara Bey, qui s’était en quelque sorte arrogé la dignité de chef des Yézidis, s’était attribué aussi le droit d’avoir un kotchek près de lui, quoique ce privilège n’appartint qu’au véritable chef de cette secte. Il s’endurcissait ainsi sur l’iniquité de ses entreprises, en rejetant IsT responsabilité sur le prêtre qui les sanctionnait.
Le kotchek, prévoyant les obstacles que rencontrerait l’exécution de ce projet, secoua la tête comme poür dire qu’il était bien difficile à accomplir; mais, dès qu’il vit le regard d’impatience de son chef, il commença à craindre, s’il refusait sa sanction, de .s’en trouver mai. Il se mit donc en besogne sur le cliamp. S’étant couvert d’un grand manteau noir et ayant roulé sur sa tête qn châle de même couleur, il s’étendit sur le plancher d’une chambre située dans
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’la partie la plus silencieuse du château ; il fut défendu à qui que ce fût d’y entrer sotis peine de punition corporelle. Cependant il resta si long-temps dans cette situation, en attendant que le diable lui révélât l’avenir, que Gara Bey, impatient, y entrait de temps en temps et lui poussait le corps avec le pied pour accélérer ses opér^itions. Enfin le prêtre se releva et annonça à son maître qu’if réussirait dans son entreprise pourvu qu’il partit de son château du pied gau> che et qu’il lui donnât un certain nombre de mesures de riz et de beurre et un agneau gras. Il lui recommanda en outre de mettre la vieille chemise que le grand slieikh de leur tribu luiavait envoyée peu de temps auparavant, et surtout de la mettre à l’envers, sa sûreté dépendant de cette précaution.
Satisfait de la prédiction de son kotchek, Gara Bey lui promit de lui donner tout ce qu’il demandait et même de régaler de pilau toute la garnison et tous les habitans du château à son retour de son expédition , si elle réussissait.
Il ne songea plus ensuite qu’à tracer le plan définitif de son entreprise. D’abord il crut indispensable d’obtenir d’Hassan, qui connaissait mieux les localités de la ville de Kars qu’aucun de ses gens, des renseignemens sur le genre d’attaque qu’il convenàitd’adopteret surle temps qu’il fallait choisir pour en assurer le succès. Il ne
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cessait de se reprocher, non sa cruauté injuste et barbare envers son kiaya, mais son manque de prévoyance en se privant des services d’JHassan à l’instant où il en avait le plus grand besoin. Cependant il se flatta qu’en employant les remèdes convenables, sa guérison ne tarderait pas et qu’il serait en état de prendre part à l’expédition projetée. II se rendit donc dans une chambre obscure que le kiaya occupait dans la partie du château destinée au logement des principaux officiers; il le trouva dans son lit, souffrant des douleurs inouies et dévoré d’une fièvre ardente. En s’approchant de lui, il lui parla avec un ton d’affection hypocrite; l’assura que son amitié pour lui n’avait souffert aucune diminution , alla jusqu’à regretter d’avoir cédé à un moment d’irritation, et lui dit qu’il espérait le voir bientôt complètement guéri. Il donna ordre qu’on le transportât dans son harem pour que ses femmes pussent lui donner tous les soins et tous les secours nécessaires, et il voulut présider lui-même à ce transport qui s’effectua sur le champ. On le porta donc à l’instant même dans un appartement situé à l’entrée du harem; on le plaça sur un bon lit garni de belles courtes-pointes et de coussins de soie, et l’on eut pour lui les mêmes égards et les mêmes attentions qu’on aurait pu avoir pour le bey luimême.
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Hassan resta comme passif entre les mains de ceux qui exécutaient les ordres de Gara Bey en sa présence ; il chercha pourtant à paraître reconnaissant des attentions de son chef, mais cette reconnaissance ne partait pas du cœur et n’était qu’un masque qui cachait ses véritables sentimens. Gara Bey avait oublié en un instant les nombreux services qu’il lui avait rendus et sa fidélité constante; il l’avait puni injustement et avec la cruauté la plus barbare; il l’avait traité comme le dernier des hommes qui étaient sous ses ordres, et Hassan avait juré de ne jamais lui pardonner. Quoique voleur et brigand de profession, il était naturellement reconnaissant et jamais il n’oubliait un bienfait; mais il n’était pas moins vindicatif ; il ne pardonnait pas une injure et, comme il était plein d’intelligence et de ressources, sa haine était dangereuse, Ge sentiment était alors celui qui dominait dans son cœur, et Gara Bey en était l’objet ; le seul soulagement qu’il éprouvât sur son lit de souffrances était l’idée qu’il pourrait se venger un jour. 11 était universellement aimé de toute la troupe, et il avait obtenu la confiance, et le respect de ses compagnons par la présence d’esprit et la sagacité qu’il montrait dans les circonstances les plus difficiles, G’était à lui qu’on attribuait principalement les succès et l’élévation de Gara Bey ; on exécutait avec zèle et sans
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hésiter tout ce qu’il proposait, et plusieurs de ses compagooos d’armes pensaient que, s’il en avait eu l’ambition, il lui aurait été facile de déposer son chef et de prendre sa place.
GaraBey, se faisant un mérite des soins qu’il prodiguait à Hassan, poussa alors la bassesse et la duplicité jusqu’à l’appeler son plus cher ami et le seul conseiller en qui il eût confiance ; il lui parla ensuite du projet qu’il avait conçu et de la résolution qu’il avait prise de l’exécuter sans délai. — Mais, mon cher ami, ajouta-t-il, vous seul parmi nous pouvez me servir de guide dans cette expédition, et j’espère encore que vous serezen état de m’accompagner. Le butin ne nous manquera pas. Vous avez une dette à payer à ces vaches de Turcs, et ce sera une occasion favorable pour vous acquitter.
Hassan savait que la seule chance qu’il eût de pouvoir se venger dépendait de la dissimulation ; il feignit donc d’entrer dans les vues du bey et lui dit que, s’il était seulement en état de se soutenir en selle, il le suivrait certainement, et qu’il était certain de pouvoir lui indiquer la maison dans laquelle Ayesha demeurait avec son père et sa mère : — Mais regardez mes pieds, ajouta-t-il, vous verrez que je ne puis m’en servir. I>’ailleurs je suis brûlé par une fièvre si ardente, que je serais mcM*t avant d’arriver à Kars.
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Gara fiey parut vivement touché de ses souffrances ; il fit retirer les bandages dont on lui avait entouré les pieds, et en les voyant il fut convaincu qu’il £aiudrait presque un miracle pour qu’il pût s’en servir d’ici à quelque temps. — -Que ^re à cela ? s’écria-t-il ; et, après on moment de réflexion, il ajouta : Qu’on fasae venir Mariam!
Mariam était une femme qui avait obtenu sa confiance et qui remplissait les fonctibns de cuisinière ; elle était née dans le même village du Kourdistan qu’Hassan; ils s’étaient connus dès leur enfance, et, s’il faut l’avouer, il existait entre eux un tendre penchant qu’ils ne s’étaient pourtant jamais avoué, attendu la sévérité du maître qu’ils servaient.
Dès qu’elle arriva dans la chambre du malade, un voile négligemment jeté sur sa tête. Gara Bey lui ordonna d’approcher du lit. — Examinez ces pièds, lui dit-il, vous êtes en quelque sorte un hakim, un docteur; vous savez guérir les plaies et les meurtrissures ; il faut que vous fassiez tous vos efforts pour rendre promptement à Hassan bey l’usage de ses pieds. Tenez, ajouta-t-il en lui jetant une pièce d’or, prenez ceci ; vous en aurez encore autant dès qu’il pourra marcher.
Quand Mariam eut jeté un coup d’œil sur les pieds du malheureux, meurtris et enflés au
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point qu’ils ne formaient plus qu’une masse informe, elle poussa un grand cri et,se mit à se lamenter; mais son maître, malgré la sensibilité qu’il avait affectée, lui ordonna d’un ton brusque de mettre fin à ses lamentations et de préparer ses baumes et ses cataplasmes. Il se retira alors, en promettant à Hassan de venir le revoir dans la soirée, etMariam commença ses opérations.
Nous ne dirons pas ce qui se passa entre eux; mais la suite fera voir quels résultats importans leur entrevue eut pour Osmond. .