‹ Aymé Verd (volume 2)Chapitre 51 sur 52 · III · texte numérisé non relu

III

s'empêcher tle regarder le fait comme possible. L'instant d'après il courait volontiers à la poursuite de cet autre lui-même. Par malheur les doublet. habitent le monde idéal des Fées, des (àënies et des Enchanteurs.

{**) L'odeur des Pognks, 376.

l^es pognes sont des gâteaux d'une pâte fîne et délicate dans laquelle il entre beaucoup d'œufs. Les habitants du Romanais et des contrées voisines en mangent le lundi de Pâques en signe de réjouissance. C'est une coutume dont l'origine se perd dans la nuit des temps.

{*^) Le brave montagnard, page 434.

Le dévouement de Genest, sa lutte avec la bête fauve, ne sont point une pure fiction. Il y a eu plusieurs exemples d'une lutte semblable dans les Alpes dauphinoises. Louis XI lut ainsi délivré par un paysan de la vallée d'Ambel, dont il anoblit ensuite toute la famille. Dans notre siècle même, un montagnard du Monêtier, dans le Briançonnais, lutta corps à corps avec un ours de la plus haute taille, et, se voyant près de périr dans ce combat inégal, se jeta avec son farouche antagoniste dans un précipice ouvert sous leurs pas. Cette tentative désespérée loi réussit pleinement. Il arriva sain et sauf au bas de la montagne. L'ours avait les reins brisés.

(•') La guerre des barons, page 45.

Les paroles du vieux gentilhomme sont une allusion à la révolte de la noblesse dauphinoise au commencement du règne de Charles VIII. Celte noblesse, riche, puissante, accoutumée a une sorte d'indépendance, n'avait supporté qu'impatiemment la réunion du Dauphiné à la France. Louis XI, d'ailleurs, lui avait enlevé les privilèges dont elle se montrait le plus jalouse, entre autres celui d'armer et de faire la guerre de seigneur à seigneur, privilège singulier, mais qu'on trouve écrit en toutes lettres dans la charte des libertés delphinales. A la mort de ce prince, leur ennemi juré, les barons se bâtèrent de prendre les armes pour recouvrer leur puissance féodale ; mais le peuple qui ne se souciait pas de voir renaître l'anarchie, refusa d'appuyer cette tentative qui échoua complètement et n'eut d'autre résultat que de faire enlever aux seigneurs et aux évêques leurs derniers privilèges et le droit qu'ils avaient de battre monnaie à leurs coins.

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(*4) Celle de Brissac, page 45.

Charles de Cossé, plus connu sous le nom de maréchal de Brissac^ avait rassemblé un certain nombre de jeunes gentilshommes, perdus de dettes et de débauches, et dont quelques-uns même s'étaient fait plus d'une querelle avec la justice. Il en avait formé une compagnie qu'il envoyait toujours AUX avant-postes, et qu'il appelait ses en/an/s /;erclu«, soit par allusion à leurs anciennes habitudes, soit parce qu'ilsmarchaient, dans les batailles, en avant de l'armée comme des tirailleurs. 11 faisait d'ailleurs le plus grand cas de leurs services.

(**) L'ÉvÊQUE DE Valence, page 46.

Nous avons déjà remarqué la tendance de certains membres du clergé à favoriser la réforme. {Voir la note 4.) L'évêque de Valence, qui, disait-on, s'était marié comme son confrère Tarchevéque d'Aix, mais secrètement, prêchait, lorsqu'il montait en chaire, un mélange de huguenolitme et de papisme, pour nous servir des expressions d'un auteur contemporain. Cet évéque de Valence n'était autre pourtant que le frère de Biaise de Montluc, l'auteur des Mémoires, qui, pendant les guerres du seizième siècle, se distingua par son zèle farouche et par sa cruauté envers les protestants. Tandis que le vieux maréchal s'efforçait d'anéantir la réforme, en massacrant les réformés, son frère l'évêque était, dans les conseils de la reine mère et dans son diocèse, un des plus fermes soutiens de leur cause. Cette division était plus marquée encore entre l'archevêque d'Aix et son frère, le marquis de Saint-Chamond. Le prélat provençal ne craignit pas d'endosser la cuirasse et de monter à cheval, pour combattre son aîné, dans les montagnes du Vivarais.

(*^) Les quartiers déserts des grandes villes, page 58.

La mauvaise administration de la justice, l'insuffisance des moyens de répression, la misère publique, avaient couvert de bandits et de malfaiteurs tous les chemins du royaume. Il y en avait de toutes sortes, en'on en rencontrait jusque sous les murs du Louvre. Personne n'ignore qu'à neuf heures du soir les ponts et les quais de Paris étaient moins sûrs que ne le sont de nos jours les bois les plus déserts.

(^7) Le bon larron, page 65.

On représentait encore des mystères en France au seizième siècle, et

ÛU NOTES.

certains acteurs se faisaient une grande r(^putation par la manière dont ils remplissaient leurs rôles. On cite un Angevin qui s'attirait des applaudissements universels on jouant le personnage muet de Barrabas. Il ne prononçait pas une parole ; mais sa figure était si terrible, contrastait si bien avec celle du Sauveur^ que les assistants ne comprenaient pas comment le peuple juif avait pu préférer un tel scélérat à l'homme le plus doux qui eût jamais paru sur la terre. Cet acteur s'appelait Jean Jubin ; mais on lui donnait habituellement le nom du voleur qu'il représentait, ce qui lui causait la plus vive peine et le poussa même à se noyer de désespoir.

(") La conduite de l'Italienke, page 4 4 5.

Tous les historiens sont d'accord sur le rôle que joua dans cette affaire Catherine de Médicis. 11 est certain qu'elle encouragea d'une manière formelle les protestants qu'elle devait plus tard sacrifier à sa politique. Elle écrivit positivement au baron des Adrets « qu'il lui ferait plaisir de s'atta- « cher à détruire en Dauphiné l'autorité du duc de Guise; que tous les « moyens étaient bons pourvu que la chose réussît; qu'il pouvait prendre c parmi les protestants des forces pour les opposer au Lorrain; que ce « n'était point ici une affaire de religion, mais de politique; que l'Église ff y était moins intéressée que le roi; qu'enfin elle prenait tout sur elle, et

<r le soutiendrait partout »

C®) L'ÉVÊQUE, LE ROI ET LE PARLEMENT, page 4 88.

Charles Dupuy de Montbrun avait osé exécuter le même projet et braver les mêmes dangers quelques années auparavant. Il avait chassé le curé de sa paroisse, et appelé un ministre de Genève, qu'il fit prêcher publiquement. Cité à la barre du parlement, pour répondre de sa conduite, il fit jeter en prison le prévôt des maréchaux, chargé d'exécuter la sentence et de le conduire à Grenoble. Il fut, d'ailleurs, obligé de quitter la France, après avoir soutenu un siège dans son château, et il courut diverses aventures, qui appartiennent plutôt au roman qu'à l'histoire.

('") Ni de Lamothe Gondrin, page 304.-

Ce lieutenant du roi s'était montré l'ennemi de la réforme et des réformés. Il avait fait pendre plusieurs ministres surpris à tenir des prêches nociuines, et non content de cette exécution sévère, il avait fait suspendre leurs cadavres devant la porte de Iturs demeures. Il se défendit, du reste,

vaillamment, lors de l'insurrection de Valence, et tint bon pendant longtemps dans le logis de Gaspard de Saillans, {ïentilliomme catholique dévoué aux Guise. On pénétra dans la maison en brûlant les portes. Lamotlie Gondrin recula de chambre en chambre, disputant le terrain à ses nombreux adversaires. Enfin, il se retira sur les toits et allait se précipiter dans la rue plutôt que de se rendre, lorsqu'on lui barra le passage. Les personnes qui l'arrêtèrent lui promirent la vie sauve; mais des calvinistes plus acharnés, voulant venger la mort de Louis Gay et des autres ministres que Gondrin avait traités si cruellement, se jetèrent sur lui et le tuèrent à coups de poignard ; ils le pendirent ensuite à une fenêtre dans la fjrand'rue de Valence, vis-à-vis d'un puiis.

C^') Cadet des baromes, page -405.

Durant l'anarchie féodale, quelques petits seigneurs du Dauphiné avaient érigé leurs domaines en souverainetés indépendantes. Ils refusaient riiommage aux dauphins de Viennois, et ne reconnaissaient d'autre suzerain que l'empereur. Ils exerçaient dans leurs terres tous les droits des grands vassaux, battaient monnaie à leur coin, et créaient des nobles à leur fantaisie. Parmi ces turbulents roitelets, on distinguait au premier rang les barons de Montauban et ceux de Mévouillon, dont le territoire était voisin. Dans la suite, lorsque ces fiefs firent retour au dauphin, ils conservèrent le nom de baronnics, sous lequel ils étaient connus depuis longtemps. Mais il avait été stipulé dans l'acte de ce don que les dauphins respecteraient les droits et privilèges des habitants, et reconnaîtraient tous les titres de noblesse qu'il avait plu aux barons de concéder à leurs vassaux. Or, comme lesdits barons tenaient à avoir une cour, ils n'avaient pas été chichcâ de pareils titres. Il résulte d'un dénombrement de ^529, dont parle Chorier, que l'on comptait dans les baronnies plus de cent maisons nobles, c'est-à-dire presque autant qu'il y en avait dans le comté de Gap , dans les principautés d'Embrun et de Briançon réunis. Des villages entiers étaient composés de gentilshommes, et, à ce titre, exempts de taille. On ne voit guère de pareilles choses que dans la basse Bretagne et en Ecosse.

(") L'hiver en Dévolut, page 405.

C'est un proverbe dauphinois. On dit d'un homme lent en affaire : Ils est long comme l'hiver en Dévoluy.

Le Dévoluy est situé dans la partie la plus escarpée et la plus sauvage du département des Hautes- Alpes. L'hiver y dure sept ou huit mois. « En

83« TSOTES.

« 18<G,(lii i\l. Lailoiuellc (jui administra longtemps ce départemerrt en « qtialilé (le pii fct, il a neigé ou gel*'; rcgulicicincnt en etc. La plupart c des récoltes n'ont été amassées, sous la neige même, qu'en dcccnihrc « et en janvier. »

(*') U^ COLLIER nOM" CHAQUE DENT ÉrAIT UWE DEM" HUMAl>E^ page 4()9.

Les chroniqueurs du temps attribuent ce fait à Cru^sol. Mais Crussol n'était pas le seul qui osât se parer de semblables trophées. Plusieurs autres chefs jiortaieiu à leur cou ou a leur ceinture des chapelets de nez, de mains ou d'oreilles.

(•■•) Au MILIEU DES DEUX ARMEES, page 489.

De semblables éboulcments sont assez fréquents dans les Alpes, et la tradition leur attribue quelquefois des causes surnaturelles. On raconte en Suisse, dans le canton de Glaris, une lëgende assez singulière. Les simples habitants de ces vallées se figurent que le pays qu'ils habitent ëtait jadis un véritable, paradis terrestre, et qu'il fut changé en un lieu de désolation par suite du manque de respect d'un fils envers sa mère ; la nature se révolta contre l'impie; la terre s'ouvrit; les montagnes se renversèrent les unes sur les autres, et le coupable fut écrasé sous leurs débris. Ailleurs, c'est une lutte fratricide qui provoqua la colère du Seigneur ; cette dernière tradition existe dans une vallée du Briançonnais.

['^ bis) Les bailes de Provence, page 66<.

Pendant les chaleurs de l'été, quand les troupeaux de la Crau d'Arles ne trouvent, sou» le soleil de Provence, ni abri contre le soleil, ni herbe qui ne soit desséchée, on les envoie dans les montagnes du Dauphiné. Ces troupeaux, qu'on nomme transhumants, sont conduits par des bailes, espèce d'hommes de confiance des propriétaires. C'est ordinairement au mois de mai, et après la tonte, que partent ces sortes de caravanes. « Les bailes, « dit M. Delacroix dans son excellente statistique du département de I9 a Drôme, se mettent en marche avec des ânes chargés de provisions et un ff nombre de pâtres proportionné à l'importance des troupeaux. En arri- « vant dans les communes, ils achètent des municipalités la permission c de faire paître leurs bestiaux, et demandent qu'on cnypie jusijq'?^ l'extré- « mité du territoire des experts qui les suivent pouf estimer les dégâts. « Cette évaluation se fait toujours à l'amiable et sans contestation. Ils arec rivent de cette manière sur les montagnes, et là ces honiines simples ej;

« grossiers, dont la principale nourriture est le lait de leur» brcl»is, lo;^ent « sous des tentes et ignorent tous les événements dont on se repaît avec « tant de curiosité dans les villes. On dirait des Arabes transplantés au a midi de l'Europe. Ils regagnent la Provence au retour des friinas, et « payent aux propriétaires 20 ou 25 centimes par bête pour la saison. »

(") Le berger sourit, page 663.

Ce trait est rapporte dans l'histoire manuscrite des guerres du Dauphiné, qu'on trouve à la bibliothèque royale sous le n" 4 995, autant du moins que notre mémoire soit fidèle ; seulement il eut lieu en 4 5C9, et est attribué à un enfant de Montélimart.

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