EPILOGUE
dëjàdiles et redites; il se plaint du temps présent et même un peu de son seigneur Aymé de Montmaur, quoiqu'il aille dîner régulièrement au château tous les dimanches et plus d'une fois durant la semaine.
Enfin, au 16 janvier 1612, le manuscrit s'arrête brusquement, et nous devons penser que, peu de temps après, le digne curé de Montmaur alla rejoindre au ciel son vénérable prédécesseur. Mais à cette époque Dieu n'avait pas encore enlevé à leur nombreuse famille Aymé de Montmaur et sa compagne.
(') User ma traille, page 25.
On appelle traille un grand bateau plat qui n'a ni poupe ni proue, et qui sert à passer les rivières un peu considérables. Les chevaux, les voitures et les troupeaux y entrent aisément. La (raille est retenue au bout d'un câble dont l'autre extrémité est attachée elle-même au moyen d'une double poulie à une grosse corde, placée en travers du fleuve, et le long de laquelle elle peut rouler en suivant les mouvements de la barque, ce qui empêche le lourd esquif d'être emporté par le courant.
(*) Les parpaillots, page 25.
Le nom de parpaillot est une des appellations injurieuses que les catholiques donnaient le plus, volontiers aux partisans de la réforme. On diffère sur la véritable étymologie de ce mot. Les uns prétendent qu'il a servi à désigner les calvinistes qui, pour aller au prêche, couraient à travers champs, comme les papillons qu'on aupeWe. parpaillots, dans le patois Je certaines provinces méridionales. Les autres tout en gardant la même étymologie, supposent que ce nom a été donné aux huguenots, à cause de l'imprudence avec laquelle ils s'exposaient au bûcher, comme les phalènes qui viennent se brûler étourdiment à la chandelle. D'autres, enfin, affirment que le mot de parpaillot vient du nom de Jean Perreis, seigneur de Parpaille, qui fut décapité à Avignon, en -1552, après avoir été l'un des chef» les plus ardent* du parti calviniste. Le lecteur est libre d'adopter la version qui lui paraîtra la plus vraisemblable.
C) PÉCULE CASTRANT, pagC 55.
Les cadets dauphinois, au seizième siècle, étaient assez mal partagés du côté de la fortune. Leur avoir se composait le plus souvent des économies qu'ils pouvaient faire à la guerre sur leur paye ou sur leur part de butin.
Celait là ce*qu'on appelait pécule castrant d'après l'expression peculium castrense, pécule des camps, expression empruntée au droit romain, qui régissait la province. Nous avouons que jamais fortune ne fut établie sur des bases moins solides.
(*) Le curé de Saim-Paol-Trqis-Chateaux , page 88.
La réforme avait fait en France de grands progrès pendant la régence de Catherine de Médicis. Lin grand nombre d'ecclésiastiques en avaient embrassé les doctrines. Ils n'étaient pas toujours guidés, il faut le dire, par un amour bien sincère de la vérité. L'intérêt et les passions entraient souvent pour une grande part dans ces changements de croyance. Quoi qu'il en soit, plusieurs membres du clergé s'empressèrent d'Imiter l'exemple de Luther et de Calvin, en renonçant au vœu de célibat qu'ils avaient formé en entrant dans les ordres. Le P. Boyer, dans son Histoire de l'église de Saint-Paul-Troit-Chdleaux, rapporte que la plupart des chanoines de cette cathédrale avaient été- des premiers à adopter la foi nouvelle, et qu'ils avaient prouvé la sincérité de leur conversion, en poussant jusqu'aux dernières limites le mépris des lois canoniques. On ^ait d'ailleurs que plusieurs nobles prélats ne s'étaient pas fait scrupule de s'engager dans les liens du mariage, et montraient, sur leur doigt, l'anneau conjugal à côté de l'anneau du pasteur. L'archevêque d'Aix, entre autres. Gui ou Artaud de Saint-Chamond, se maria publiquement avec une de ses plus jolies ouailles la dame de Saint-Romain, dont il prit le nom, et n'en continua pas moins à officier pontificalement dans la cathédrale. Sa femme se faisait appeler madame d'Àix.
(") Allez en Amérique, page -132.
L'Amérique était encore, au seizième siècle, le pays des songes, un autre jardin des Hespérides. Elle était le refuge de tous ceux qui désespéraient de leur fortune dans le vieux monde. Les relations des voyageurs en avaient tellement exagéré les richesses, qu'on s'imaginait aisément qu'il
suffisait de traverser la mer pour se trouver tout à coup au sein de l'opulence. La terro, disait-on, produisait d'elle-même d'abondantes moissons, sans qu'on eût besoin de la cultiver. Les forêts étaient pleines d'oiseaux merveilleux et de gibier de toute sorte, les fleuves, de poissons exquis. Un printemps éternel régnait sous un ciel toujours pur. Les rivières charriaient de l'or^ comme celles de l'ancien monde charrient du sable et de la bourbe. Enfin, les diamants étaient aussi communs que les pierres et les rochers dans nos montagnes. Telles étaient du moins les croyances du peuple, croyances fondées sur les récits des témoins oculaires. Les personnes plus instruites ou plus sensées partageaient sur plus d'un point ces préiupés. On n'ignore pas, en effet, que, même en Angleterre et sous le règne d'Élifabeth, le sage Rawleigh passa la plus grande partie de sa vie à rêver la conquête de l'Eldorado, et quitta trois fois les ports de la Grande-Bretagne, avec de nombreux vaisseaux, pour courir après cette lointaine chimère! Il est vrai qu'il revint aussi trois fois sans avoir pu découvrir seulement et apercevoir de loin, au milieu des déserts de l'Amérique, la terre promise dont il voulait s'emparer. Mais il a fallu plusieurs siècles pour que cette leçon profitât aux aventuriers de tous les états et de toutes les nations.
(6) De son BATON A FEU ^ page 454. '
Tel était l'un des noms que portaient les armes à poudre et à balle. Les gentilshommes français n'eurent longtemps que du mépris pour cette invention diabolique. On peut voir à ce sujet les Mémoires de Montluc, dans lesquels le vieux maréchal proteste encore de toute sa f rce contre ces armes déloyales qui dispensent de la vigueur et du courage, et qui mettent le plus brave chevalier à la merci du dernier soldat d'une armée.
(/) RÉMÉAGES, page 254.
Les réméages ne sont autre chose que des pèlerinages semblables à ceux qui se font encore de nos jours dans toutes les parties de la France. 11 y a bien peu de villes ou de bourgs en Dauphiné ou Ton ne trouve quelque fontaine miraculeuse, quelques reliques célèbres, quc'quc statue de la sainte Vierge en possession d'attirer les pèlerins des environs. Louis XI, pendant son séjour dans la province, a fait plus d'une fois le réméage de Notre-Dame d'Embrun, et a gardé toute sa vie une dévotion vraie ou affectée pour cette image de la mère du Sauveur.
(•) Sm LE MONT Aiguille, page 537.
Le mont Aiguille ou mont Inaccessible est une des nombreuses mer» veilles du Daupliiné. Il se compose d'un seul bloc de rocbers taillés à vif, et qui s'élèvent à une hauteur considérable. Il est plus étroit à la base qu'au sommet, et présente à peu prés la figore d'une pyramide renversée. Cette montagne, dit un auteur dauphinois, a été l'objet de bien des contes. Gervasius de Tilisberi, qui en a t'ait sur toutes les choses dont il a parlé^ aftirmc que de son temps on voyait souvent, des hauteurs voisines, des linges blancs étendus sur l'herbe, sans qu'il fût possible de deviner par quel art magique ils y avaient été portés, puisque jamais personne n'avait pu gravir jusqu'au haut de la montagne. C'est une tradition à Laschenu, à Glandage et dans tous les environs, qu'un mouton est tombé du mont Aiguille, il y a quelques siècles, sans qu'on ait pu savoir comment il avait pu y arriver. On jugfea à la longueur de sa laine, et au nombre de tours de ses cornes, qu'il était âgé de sept ans. Il donna lieu à bien des conjectures de la part des habitants. Ils pensent aujourd'hui que ce mouton aura été porté sur la montagne par un aigle, cet animal n'étant pas rare dans le Diois. Au reste, Chorier, dans son Histoire du Dauphinè, rapporte qu'Antoine Deville, sieur de Domjulieu, capitaine de Montélimar, escalada le premier cette montagne inaccessible, le 26 juin 4 492 , pour satisfaire la curiosité du roi Charles VIII. Deux ou trois gentilshommes des plus hardis de sa compagnie le suivirent dans cette ascension périlleuse. Ils trouvèrent au sommet du rocher une vaste prairie, baignée par un courant d'eau vive, et sur laquelle errait en liberté un nombreux troupeau de chamois. Les aventureux explorateurs passèrent six jours sur celte cime solitaire, firent monter un prêtre pour y célébrer la messe et n'en descendirent qu'après y avoir élevé trois croix, en mémoire de leur expédition. Depuis cette époque jusqu'à nos jours personne n'a osé tenter cette entreprise et vérifier le témoignage du seigneur de Domjulieu. Dans ces derniers temps seulement, quelques habitants du village de Tréchenu et de Chichilldané se sont enfin déterminés à hasarder leur vie dans ce dangereux voyafe. Mais, ce qui nous semble donner une assez juste idée des changements que le temps a apportés dans les mœurs françaises, ces nouveaux pèlerins, à peine arrivés au sommet de la montagne, entonnèrent la Marseillaise, et se mirent à danser des rigaudons. Ils s'occupèrent ensuite de la triangulation de la plate-forme, et toutes leurs opérations géométriques étant terminées, ils descendirent en chantant la Colonne. Leur récit diffère un peu de celui du capitaine de Montélimar. Ils ne trouvèrent en effet sur le rocher^ ni fontaine, ni troupeau de chamois.
(<?) AsïLES BRS Enchanteurs et des Fées, pape 35!j.
11 y a en Bauphiné beaucoup de grottes taillées parla nature au milieu des mon tagncs, et qui surprennent ceux qui les visitent par la régularité de leur architecture aussi bien que par la variété et la richesse des ornements dont elles sont revêtues. Quelques-unes ont des dimensions considérables. « La balme ou la baume de Saint-Pérondat, dit un voyageur, a une entrée « basse et étroite; mais lorsqu'on a franchi cette ouverture, assez semblable « aux petites portes des temples chrétiens, on découvre une salle immense a qui a près de cent mètres de profondeur sur quinze ou vingt mètres d'élé- <r vation ; car la hauteur des voûtes n'est pas la même partout. Du haut de « ces voûtes arrondies en cintres, il tombe une eau cristalline dont le sé- « diment a formé à la longue une foule de pendentifs ou culs-de-lampe de a diverses dimensions. Les uns descendent en ai'juille presque jusqu^à a terre; les autres s'étendent de tous côtés et imitent, dans leurs mouve- « ments, les plus capricieuses fantaisies de l'art. Ils sont transparents comme « le cristal de roche, quoiqu'ils n'en aient pas toujours la blancheur, et qu'ils « soient tantôt d'un vert pâle, tantôt d'un bleu foncé, tantôt d'une couleur « jaune tirant sur le safran. Au milieu de ces merveilles, on remarque huit « ou dix piliers creux en dedans, et qui sont ranges à peu près comme les «r tuyaux d'un jeu d'orgues. Quand on frappe ces piliers avec un bâton, ils « rendent des sons différents et fort agréables, o
On pourrait se croire à moins dans la demeure d'une fée. Du reste, toutes ces balmes n'offrent pas des beautés du même genre. « Il existe dans « le bourg de Saint-Nazaire, dit un autre auteur, une grotte très-remar- « quable, au fond de laquelle est un lac d'une grande profondeur, d'où sort « la belle fontaine de Tai. C'est une sorte de labyrinthe immense, rempli a d'affreux rochers, et qui donne une idée du chaos et de ses horreurs. « Tout porte à croire que ce désordre et ces déchirements ont été le résultat « de quelque tremblement de terre. »
(■") Votre double, page 574.
Cette croyance est une des plus poétiques et des plus ingénieuses que nous ayons reçues de nos ancêtres. Qu'il y ait, quelque part dans le monde, un être qui vous ressemble pour les traits, pour l'esprit et pour le cœur, qui éprouve les mêmes émotions, se sente les mêmes penchants et suive l'impulsion secrète d'une même volonté, c'est là assurément une pensée qui sourit tout d'abord à l'imagination. L'homme le plus grave ne peut