LA CHAMBRE DE PLACIDE. J
mins était assis dans la grand'salle, et qu'il vous attendait sans doute sous le manteau de la cheminée. Je ne l'ai pas plutôt su, que je me suis empresse de vous apporter cette bonne nouvelle.
— Et tu n'as pas oublie sans doute de raconter mes affaires et de dire mon nom à cette âme charitable, dit le vieux gentilhomme.
— A Dieu ne plaise! répondit Jacques. Elle voulait en savoir quelque chose, mais on n'a pas voyagé sans apprendre à se conduire.
— C'est bien, dit le vieillard, va te coucher, lourdaud. Je te fais compliment sur ta discrétion.
Lorsque Jacques fut sorti, le comte reprit sa place dans le fauteuil de Placide; mais il ne put rester longtemps dans cette position tranquille, et ne tarda pas à recommencer sa promenade silencieuse. C'était un homme de soixante ans environ. Sa taille était haute et droite, malgré les ans qui pesaient sur ses épaules. Ses yeux gris avaient conservé toute leur vivacité. Ses traits, durs et même farouches, avaient cette expression chagrine particulière aux gens qui ont mené une vie agilée, mais ils annonçaient en même temps une force de volonté peu comamne. Après avoir
marche ainsi pendant quelques minutes, il sembla avoir pris une résolution grave, car l'agitation secrète qu'il éprouvait se calma tout à coup. Il s'avança vers une valise qui était posée sur le pied du lit , en tira une assez forte somme d'argent et quelques papiers; puis il entra d'un air délibéré dans la salle froide et obscure où Avraé Verd était encore endormi.