‹ Aymé Verd (volume 3)Chapitre 30 sur 39 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

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Je croyais Jeanneton Aussi douce que belle.

Je croyais Jeanneton Plus douce qu'un mouton.

Vieille chanson.

Le lendemain, avant le jour, Gaspard réveilla son frère d'armes, en lui annonçant que déjà Renaud élait sur pied et la chasse prèle à partir. Aymé s'habilla à la hâte et dans les ténèbres ; car, soit à dessein, soit dans la précipitation qui lui était familière, le jeune Montniaur avait éteint le flambeau de cire qu'un valet avait apporté dans la chambre. Des chevaux attendaient les amis dans la cour, et maître Landry, accompagné de nombreux serviteurs, tenait les chiens en laisse, tandis que Jolyot s'essoufflait à sonner de la trompe.

— En route, dit Renaud; le temps est sec, la chasse sera bonne.

Les gentilshommes, après avoir vidé un hanap de vin blanc, s'élancèrent sur les pas de Renaud,

Ui AYMÉ VERD.

qui avait pris les devants, sans vouloir rompre le jeûne. L'aube commençait à blanchir la crête des collines, lorsqu'ils arrivèrent sur les hauteurs. Ce fut alors seulement qu'Aymé Verd s'aperçut que la toilette de Gaspard avait subi, depuis la veille, une complète métamorphose. Le joyeux archer avait quitté son uniforme pour endosser un pourpoint de velours garni de dentelle, et un justaucorps de soie. Le reste de son costume était à l'avenant.

— Est-ce là votre habit de chasse ? lui demanda Renaud en fronçant le sourcil.

— Oui, mon frère, répondit Gaspard. Le trouvez-vous à votre goût? J'en suis bien aise. Si vous voulez, je vous en ferai venir un semblable de Romans, où Jolyot est allé me le chercher cette nuit. Je suppose qu'il vous irait mieux que ces habits qui vous donnent l'air d'un huissier.

Renaud, au lieu de répondre, tourna le dos à son frère, sous le prétexte de donner quelques ordres à Landry, et s'éloigna brusquement.

— Votre frère n'est pas content, dit Aymé.

:; — Bahl vous trouvez? repartit Gaspard 5 cela m'étonne.

— Je ne vous connaissais pas des goûts si prononcés pour la toilette.

HUIT JOURS S'ECOULENT. ^15

— Comment donc ! reprit Gaspard, j'ai toujours aimé à suivre la mode^ et je trouve qu'un bel habit fait la moitié d'un gentilhomme.

— Allons! ça va bien, ça va bien ! dit Jolyot, qui marchait à quelque distance des deux amis; je vois que notre cadet a profité des leçons du docteur Barbantane.

La chasse dura tout le jour, et les équipages ne rentrèrent qu'à la cloche du souper, lequel avaitlieu en ce temps-là à la sixième heure du soir. On rapporta au château un sanglier et plusieurs autres pièces de gros gibier qui étaieijt tombées sous les coups des chasseurs. Ce succès ayant mis chacun en haleine, il fut décidé qu'on retournerait le lendemain battre les bois dans une autre direction, en attendant que les chamois fussent descendus des hautes vallées et qu'on pût se donner le plai» sir de la chasse la plus attrayante que connussent alors les seigneurs dauphinois.

Une semaine s'écoula de la sorte , pendant laquelle il ne se passa rien qui mérite d'être longuement rapporté. Aymé put à peine entrevoir deux ou trois fois mademoiselle de Sassenage, et chercha en vain l'occasion de lui parler sans té-

moin. Il ne put avoir avec elle que des entre tiens agréables sans doute, mais qui, loin de satisfaire la juste curiosité de notre héros, ne fE^isaient que la rendre plus vive. Gaspard continua de porter ses beaux habits, et rompit à ce sujet deux ou trois lances avec le ministre, dont l'aigreur croissait chaque jour grâce aux nombreux mécomptes qu'éprouvait, sous le tdit de Montmaur, son zèle évangélique. Du reste, la bonne harmonie qui régnait entre l'archer et son frère ne fut pas autrement troublée. Divisés, comme nous l'avons vu, d'opinions, de mœurs et de caractère, ils s'efforçaient de se faire l'un à l'autre de mutuelles concessions, pour éviter de pénibles froissements. Si Gaspard ne s'emportait pas jusqu'à la colère à chaque discussion qu'il avait avec Barbantane, il n'en fallait savoir gré qu'à son amitié pour Renaud; et si ce dernier, de son côté, souffrait sans mot dire les chansons, les propos joyeux de son cadet, ce n'était point à coup sûr qu'il prit à les entendre le même plaisir que Jolyot et quelques autres habitants du manoir. Cette contrainte de leur part avait quelque chose de touchant; mais, par malheur, il était difficile qu'elle pût longtemps se prolonger. Quoi qu'il en soit, depuis l'arrivée de son

jeune fils, madame de Montmaur paraissait plus triste qu'elle ne l'avait été jusqu'alors; maison pouvait attribuer ce surcroit de mélancolie à la présence d'Enoch Barbantane, dont l'arrivée avait pré* cisément coïncidé avec celle de Gaspard. Quant à Blanche, elle menait une vie assez retirée, soit pour éviter le tête-à-téte qu'Aymé Verd semblait rechercher, soit pour se soustraire aux exhortations du pieux ministre, qui avait résolu de la convertir. Ce dernier, en effet, ne laissait pas échapper une occasion de montrer ses talents oratoires. Mais les deux personnes qu'il avait à cœur de persuader demeuraient aussi sourdes à ses discours qu'un débiteur insolvable aux instances de son créancier. Mlle, de Sassenage surtout le fuyait avec une adresse et un bonheur désespérants ; il avait beau la guetter au passage, l'arrêter par le pan de sa robe, elle lui glissait entre les mains, comme autrefois les chalands qui passaient devant sa boutique. La tante, moins ingambe, et souvent clouée sur son fauteuil par les souffrances et les infirmités de l'âge, était obligée de soutenir à elle seule les attaques de l'intrépide missionnaire. La pauvre dame n'avait d'autres armes pour se défendre que la résignation et la pa-

tience; car elle craignait qu'une résistance trop ouverte n'aigrît le docteur et ne le rendît plus dangereux. Un jour cependant, poussée à bout par les invectives qu'il n'épargnait jamais à l'Eglise romaine, elle le pria gravement de changer de sujet de conversation. Enoch continua de plus belle.

— Maître Barbantane, lui dit alors la baronne, je dois vous déclarer que vous perdez votre temps. J'ai eu jadis auprès de moi un prédicateur dont la voix était mieux faite encore que la vôtre pour me convaincre; je veux parler de mon mari. Pendant dix ans, j'ai résisté à ses prières et je l'ai vu mourir pour sa cause sur un échafaud, sans être ébranlée dans ma foi. Epargnez-moi donc, je vous prie, de nouveaux discours, ou tâchez du moins de mettre dans votre langage, à l'égard des personnes que je vénère, un peu de cette charité que vous prêchez tant aux autres.

Le ton ferme et légèrement hautain de la baronne déconcerta un moment le ministre. Il se leva, ramassa son chapeau , et prit congé de la châtelaine. Mais il n'était pas encore au bas de l'escalier, qu'il avait déjà retrouvé toute sa confiance et préparait un assaut plus vif pour le lendemain. Heu-

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reusement pour ces dames, Bethsabé arriva sur ces entrefaites avec sa nombreuse famille. Cet inci- ^

dentdonna au bonhommeassez d'occupations pour ^

le distraire de tout autre soin. Bethsabé, en effet, malgré ses excellentes qualités, n'était pas d'une humeur très-accommodante. Bien qu'elle fût accou- 4

tumée aux privations et les supportât avec courage, X

elle n'avait pas abdiqué pour cela les prérogatives ]

de son sexe, dont la plus douce, sans contredit, f

est de conduire l'autre par le bout du nez. Elle -f

savait même, comme toutes les filles d'Eve, se faire de ses vertus un thème large et commode, pour gourmander son époux. En arrivant à Montmaur, elle trouva d'abord que son cher mari, selon sa louable habitude, s'était beaucoup trop occupé des affaires spirituelles de ses hôtes, et avait complètement oublié les intérêts qu'un père de famille devrait toujours avoir devant les yeux. Il n'avait pas songé à avoir dans son logis autant ^

de lits qu'il avait d'enfants ; il s'était laissé relé- '^

guer dans une aile délabrée du château, au lieu d'avoir exigé un bel appartement dans les bâtiments neufs, ce qui eût permis de surveiller, à tra- i| vers la fenêtre et sans quitter l'aiguille, les jeux des enfants sur l'esplanade. Bref, l'honnête ma-

Irone ne trouva rien dans son nouveau domicile qui ne fût à c; itiquer.

— Mais, Bethsabë, lui dit enfin Enoch, vous n'avez pas toujours logé dans un palais, soit dit entre nous; je vous ai vue coucher à la belle étoile ou dans des chambres si bien closes, que le vent éteignait la chandelle sur la table et que la pluie mouillait les draps.

— A votre grande honte, Enoch! répondit Bethsabé. Vous devriez rougir de rappeler ces choses-là. A. quoi est bonne votre science, si elle ne vous sert pas à nourrir vos enfants et à ies loger d'une manière convenable ? J'aimerais mieux avoir épousé un âne bâté qu'un savant comme vous.

— Mais, ma chère Bethsabé, nous sommes bien ici; regardez ce fauteuil rembourré où vous pourrez vous asseoir pendant les veillées d'hiver. Regardez.....

— Ta! ta! ta! chansons que tout cela! Ce qu'il nous faut, ce n'est pas le bien des autres. Vous êtes ici comme un mendiant à qui on donne asile pour la nuit et qu'on peut chasser le lendemain. Vous n'êtes pas chez vous; rien ne vous appartient; vous ne pouvez dire ni « ma chaise, » ni

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« mon lit, i) ni « ma table, » ni « ma maison. » Si vous aviez à marier une de vos filles, lui pourriez-vous donner en dot ce buffet ou cette armoire? Non, à coup sur. Ah ! continua Bethsabé, en voyant son époux tout interdit ; je sais bien ce qu'il nous faudrait. En traversant le village qui est au bas de ce château, j'ai passé devant une maison qui ferait juste notre affaire. Elle a deux étages, trois marches pour arriver à la porte, un jardin et un verger sur le derrière. C'est la cure, à ce que l'on m'a dit , et, comme vous êtes appelé à être le pasteur de cette seigneurie, c'est votre propre bien, votre patrimoine. H est à vous comme la France est au roi.

— Mais, ma chère, le curé y est encore.

— La belle raison! répliqua Bethsabé. Qu'il en sorte. Si vous aviez du cœur, cela serait déjà fait.

Ces querelles domestiques entre Enoch et sa prévoyante moitié se renouvelaient sous toutes les formes et à tous les instants du jour. Elles eurent cela d'avantageux qu'elles tinrent le ministre occupé de ses propres affaires, et laissèrent par contre-coup un peu de répit à madame de Montmauret à sa nièce.

Ce fut dans un de ces moments de trêve que les

deux dames reçurent la visite d'un vieux gentilhomme du Voisinage, nommé Josserand de Jarniost, lequel mérite d'être distingué au milieu des rares amis qui venaient de temps à autre sonner à la porte du manoir. Messire Josserand habitait à deux lieues de Montmaur un château assez mal bâti, qui, malgré les injures du temps et l'aridité de ses environs, portait le nom décevant de Beauséjour. C'était un petit vieillard sec et maigre, à l'allure encore vive et dont la figure ne manquait ni de malice ni de bonne humeur. 11 était trèsfier de ses ancêtres, très-fier de lui-même, et plus fier encore de deux grandes filles qu'il avait eues de sa défunte moitié, Catherine de la Rochechinard. Lesdites demoiselles méritaient à coup sûr les éloges qu'il leur prodiguait. Cependant, comme elles avaient déjà atteint depuis longtemps l'âge où une fille est bonne à marier, les voisins riaient dans leur barbe, chaque fois qu'ils entendaient parler de leurs] merveilleuses qualités., et prétendaient qu'un marchand ne vantejamais plus sa marchandise que lorsqu'il trouve moins de chalands. Ce qui est certain, c'est que le digne gentilhomme était assez embarrassé pour doter autrement les deux belles personnes dont il avait l'honneur

d'être le père. Aussi demandait-il parfois à un savant clerc de ses amis, « comment s'y était pris le roi Danaûs pour venir à bout de marier ses cinquante filles. «Quant à lui, son unique expédient consistait à se tenir pour ainsi dire à la piste de tous les jeunes gens de bonne famille, dont la main et le cœur étaient encore libres.

Dans cette situation^ on comprend que la nouvelle de l'arrivée de Gaspard avait dû être pour lui une véritable aubaine. De peur que quelque voisin ne le gagnât de vitesse, il s'était hâté de mettre ses plus beaux habits et était accouru à Montraaur, sous le prétexte innocent de faire à- la baronne, son ancienne amie, une visite longtemps retardée. Dans le fait, il n'avait pas remis le pied au château depuis le jour où, sur des ouvertures formelles, Renaud avait nettement refusé de faire un choix entre Cunégonde et Sigolène. Le choix, il est vrai, était difficile, et à en croire messire Josserand, c'était cet embarras fatal qui avait jusqu'à ce jour découragé les nombreux prétendants de la contrée et des contrées voisines, car le vieux seigneur avait poussé assez loin ses recherches matrimoniales. Qu'on juge de sa joie, lorsqu'il apprit que Gaspard n'était pas arrivé seul au château,

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et qu'au lieu d'un prétendant, ilallait d'un seulcoup en prendre deux dans ses filets. Sigolèneétait un parti tout trouvé pour Aymé Verd, dans le cas où Cunégonde feraitl'affaire du jeune Montmaur. Aussi adressa-t-il à la douairière mille questions sur les deux archers, et fit-il tomber adroitement la conversation sur le mariage, et sur l'agrément incontestable que présente cet état à ceux qui l'embrassent de bonne heure. La baronne, loin d'entendre malice à tous ces discours, approuvait fort les sages maximes de son vieil ami; mais Blanche, qui assistait à l'entretien, ne put s'empêcher de rire sous cape. Le gentilhomme s^en aperçut.

— Vous riez, belle fée ? lui dit-il avec courtoisie. Je suis charmé de vous voir si gaie ; car il n'y a rien qui me déplaise comme ces péronnelles qui, à la veille de leurs noces, font semblant de pleurer et de regretter le couvent.

— Que parlez-vous de noces, messire? repartit la jeune fille dont le sourire disparut aussitôt. Il n'en est pas plus question ici qu'à Beauséjour. Je suis comme Cunégonde, ajouta-t-elle avec un peu de malice, je ne suis pas pressée.

— Vous avez en effet toutes deux le temps d'attendre, répliqua Josserand, qui savait pourtant que

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sa fille avait presque deux lustres de plus que sa gracieuse ennemie. Cependant on ne sait ce qui peut arriver; les Montmaur sont gens impatients. On dit d'ailleurs que l'exilé est de retour, et tout le monde sait qu'il mène les choses rondement.

— Mon frère est en effet rentré en France, dit madame de Montmaur, mais je ne l'ai pas encore vu et ne connais pas ses intentions.

— Eh! mon Dieu! reprit le seigneur de Beauséjour, quand on trouve un parti convenable, une parente, une voisine dont on puisse bien connaître la lignée et le caractère (Messire Josserand oubliait toujours de parler de la fortune), lorsque les grands parents sont d'accord, je ne vois pas de raison pour différer sans cesse. M. de Sassenage ne tardera pas à venir vous voir. On dit qu'il veut à tout prix des petits-neveux, puisqu'il n'a pu avoir d'héritier direct. Je m'apprête donc, ma belle Mélusine, à danser bientôt à votre mariage, car je suppose que maître Renaud, quoique un peu sauvage, n'épousera pas une aussi jolie fille que vous sans faire venir les ménétriers.

— Je ne veux pas me marier avant Sigolène, messire, repartit Blanche que les plaisanteries du vieillard semblaient mettre mal à Taise..

— Bah! reprit M. de Jarniost, vous serez dame de Montmaur avant la Noël prochaine, c'est moi qui vous le dis, et alors, ajouta le bon seigneur en souriant, je n'assurerais pas qu'on ne vit les cierges s'allumer bientôt à Beauséjour, car un mariage n'a jamais lieu dans le pays sans qu'un autre le suive de près.

— On dit aussi cela des malheurs, messire, répondit la jeune fille en baissant les yeux sur son ouvrage.

En ce moment, le bruit du cor et de la meute se fît entendre dans la cour. M. de Jarniost présenta aussitôt ses devoirs aux dames et descendit quatre à quatre les escaliers afin d'aller au plus tôt faire connaissance avec ses gendres futurs, qu'il n'avait pas encore vus, mais dont il avait conçu la plus haute opinion. Sur le perron, le premier qui s'offrit à sa vue fut Aymé Verd. Il le considéra avec attention, et croyant le reconnaître à des traits de famille, il lui sauta au cou et l'embrassa avec effusion. L'archer, un peu surpris de cette ac- % colade, se débarrassa avec effort de l'étreinte du

vieillard, et lui demanda poliment ce qui lui valait (Je la part d'un inconnu de si vives marques de tendresse.

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— Eh ! vive Dieu ! mon cher Gaspard, s'écria M. de Jarniost un peu attendri, vous ne vous rappelez pas le sire de Beauséjour qui vous tenait sur ses genoux quand vous n'étiez encore qu'un enfant? Vous ne vous rappelez pas Sigolène, cette jolie petite fille avec qui vous batifoliez dans les prés autrefois?

— Il y a là une erreur, dit Aymé Verd; je ne suis point celui que vous croyez.

— Comment donc! reprit messire Josserand, vous voulez rire. A coup sûr, je ne me trompe pas; je vous aurais reconnu au milieu de toute votre compagnie, car vous êtes, sur mon âme, le portrait vivant de votre feu oncle, Ponce IV de Montmaur, lequel est mort, comme vous le savez, dans les campagnes de Flandre.

Aymé Verd eut beaucoup de peine à persuader au bon gentilhomme qu'il se trompait. Il ne fallut rien moins pour le tirer d'erreur que l^attestation de Gaspard lui-même et celle de son frère Renaud. Mais enfin chacun reprit ses droits, et messire Josserand ne songea plus qu'à disposer favorablement les archers à la grande affaire qu'il espérait d'avoir à traiter bientôt avec eux. Enfin, après les avoir tenus longtemps debout au miheu de la

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Gour malgré le froid assez vif de l'atmosphère et la lassitude qu'ils devaient éprouver à la suite d'une longue excursion dans les montagnes , il allait s'éloigner lorsque Renaud l'invita à une partie de chasse qui devait avoir lieu le surlendemain. Les chamois étaient arrivés, le vent était propice, et tout promettait une belle campagne. On pense bien que le sire de Beauséjour ne se le fit pas dire deux fois; seulement^ il se rappela aussitôt et fit remarquer au baron de Montmaur que c'était la coutume dans le pays que les dames assistassent à cette chasse de la mi-novembre. Il promit en conséquence d'amener ses deux filles dès le lendemain au matin, et partit le cœur léger, le pied leste, croyant déjà entendre à ses oreilles le son des cloches qui annonçaient à la contrée le double mariage de Sigolène et de Cunégonde. Nous devons dire qu'Aymé Verd n'était pas moins joyeux que lui, c£Îr l'impossibilité de parler à Blanche n'avait fait qu'irriter sa curiosité, et il se flattait intérieurement de pouvoir joindre la jeune fille au milieu du désordre inséparable d'une grande chasse.

Tels furent les simples événements qui eurent lieu à Montmaur pendant la première semaine

du séjour qu'y firent nos deux amis. Nous devons ajouter, cependant, que le soir même de la visite de M. de Jarniost fut marqué par l'arrivée d'un personnage plus important, avec lequel nous allons nous trouver dans le chapitre qui suit.

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