LE FEU SOUS LA CENDRE
Aussi qu’importe-t-il de mal ou de bien faire,
Si de nos actions un juge volontaire,
Selon ses appétits, les décide et les rend
Dignes de récompense, ou d’un supplice grand ;
Si toujours nos amis, en bon sens les expliquent,
Et si, tout au rebours, nos haineux nous en piquent.
Chacun selon son goût, s’obstine en son party;
Qui fait qu’il n’est plus rien qui ne soit perverty. MATHURIN REGNIER.
Les premiers jours qui suivirent la réconciliation des deux frères furent pour madame de Montmaur des jours de bonheur. La vieille châtelaine semblait avoir rajeuni de vingt ans, et élait si heureuse, qu’elle s’apercevait à peine des nombreuses lracasseries que lui suscitait sans cesse le zèle emporté du ministre; elle n’y pensait guère que pour en dérober la connaissance à Gaspard. Le caractère naturellement insouciant du jeune archer lui rendait cette tâche facile. Cependant elle avait été plus d’une fois sur le point de voir échouer ses efforts et déjouer ses pieux artifices. Un matin, entre autres, c'était un dimanche et le second coup de la messe venait de sonner, la baronne, qui souffrait beaucoup d’un rhumatisme et des autres infirmités de l’âge, descendit
dans la cour où, selon la coutume, deux serviteurs devaient l’attendre avec une litière. Lorsqu’elle arriva sur le perron, les valets se trouvaient en effet auprès de la chaise et semblaient disposés à remplir leur devoir; mais au moment où elle montait sur le marchepied, maitre Landry, qui se tenait à quelque distance, lui demanda, avec une politesse affectée, où elle désirait qu’on la conduisit.
— Vous devez le savoir, maître Landry, réponditelle; je m’en vais à la messe. — En ce cas, dit Landry aux serviteurs, vous pouvez emporter la litière; les saints ne doivent pas servir les papistes dans la pratique de leurs superstitions. — Insolent ! dit Paschale. Est-ce vous qui commandez ici? voulez-vous obéir sur-le-champ? Les valets regardèrent maitre Landry d’un air de doute, mais celui-ci répondit sèchement qu’il ne faisait qu’exécuter les ordres du ministre. La dispute s’échauffait, lorsque l’on vit paraître Gaspard. Aussitôt la baronne imposa silence à Paschale, et ordonna aux porteurs de s’eloigner.
— Par saint Hugon! dit l’archer, vous renvoyez votre litière? Et comment voulez-vous descendre jusqu’à l’église? les chemins sont couverts de neige. — Vous me donnerez votre bras, mon ami, répondit la châtelaine en souriant ; j'ai envie de marcher, je crois que cela me fera du bien.
Eu parlant ainsi, madame de Montmaur prit la route du village, et se traina, malgré les souffrances qu’elle éprouvait à chaque pas, jusqu’au milieu de la montagne. Mais arrivée là, ses forces trahirent son courage, el ses douleurs devinrent si aiguës, qu’elle
chancela, et fût tombée sur la neige sans l’assistance de Gaspard.
— Là! dit Paschale qui, depuis le château, avait peine à retenir sa colère et surtout sa langue, j'en étais sûr. Si je tenais ce coquin de Landry... — Sainte Vierge! interrompit la baronne en lançant un regard expressif sur la chambrière, que pouvait maitre Landry à tout cela? Patience, Gaspard, ajoutat-elle, quelques moments de repos me suffiront.
Mais déjà l’archer avait pris sa mère dans ses bras, et, la soulevant comme un léger fardeau, l’'emportait jusqu’à l’église où il la déposa sur le banc seigneurial.
Cependant les deux frères s'étaient unis plus étroitement que jamais. [ls passaient ensemble une grande partie de la journée et aimaient à se rappeler l’un à l’autre les souvenirs déjà bien éloignés de leur enfance. Madame de Montmaur, dans le regret qu’elle éprouvait d’avoir cédé à de folles craintes et d’avoir séparé si longtemps les deux frères, encourageait ces retours vers le passé, aidait la mémoire de ses fils et | cherchait à les unir ainsi davantage, car elle savait que les affections de famille empruntent leur princi- | pale force aux souvenirs. Les nouveaux amis faisaient en outre, pour l'avenir, de nombreux projets. Renaud voulait lever une compagnie de cinquante lances pour son frère et détacher de la baronnie quelque bonne terre qu’il lui donnerait en fief. Il | lui conseillait de choisir quelque noble et vertueuse fille de la contrée et de l’épouser, afin de se soustraire aux dangers qu'offre à un jeune homme la vie de
EE - = ans
garnison ; il ajoutait, en souriant, qu'il ne ferait que suivre en cela l'exemple de son ami Verd de Chambéon, lequel avait obtenu la main de Sigolène de Jarniost et était à la veille de ses fiançailles, à en croire du moins le sire de Beauséjour qui était venu apporter cette grande nouvelle au château de Montmaur. Gaspard se prêtait de bonne grâce à tous ces plans auxquels il trouvait surtout avantage de le rapprocher du manoir paternel et du chef de la famille. La mère devait aller passer l’automne ici, le printemps là; moissonner chez l’un, vendanger chez l’autre, et se faisait une fête de se multiplier ainsi. Tels étaient les sujets d'entretien qui, pendant une semaine, défrayèrent les longues veillées d'hiver, autour du foyer de Montmaur. Renaud, malgré l’austérité de ses principes et la tournure sombre de son caractère, voyait d’un œil indulgent tout ce que faisait le jeune archer, et repoussait avec chaleur les soupçons malveillants que maitre Landry, dame Bethsabé et d'autres dévots personnages cherchaient à insinuer dans son esprit. Gaspard, de son côté, ne sentant plus le joug qu’on avait voulu naguère lui imposer, se modérait lui-même et évitait avec soin ce qu'il croyait de nature à blesser un frère qui lui donnait à chaque instant de nouvelles preuves d'amitie.
Par malheur, il y avait entre les fils de Jean de Montmaur trop de sujets de division, trop de gens intéressés à en faire naître, dans le cas où il en aurait moins existé, pour qu’une si touchante harmonie durât longtemps. Renaud n'avait pas cessé d’être un
AYMÉ VERD, 51 calviniste rigoureux, plus enclin à faire respecter sa foi qu'à respecter celle des autres, et Gaspard était encore ce jeune homme bouillant et inconsidéré que la passion du moment emportait toujours au delà des bornes de la prudence. S'il ne pratiquait pas trèsexactement les commandements de son Eglise, du moins avait-il pour elle un attachement profond, comme ces enfants indociles qui ne craignent pas de faire pleurer leur mère, et qui pourtant se feraient tuer pour elle. De plus, il n'avait pu, malgré ses efforts, mettre de côté les préventions qu’on lui avait inspirées de bonne heure contre les huguenots. Madame de Montniaur s'était done fait une dangereuse illusion, en croyant que la paix allait désormais régner entre les frères. Comme elle aurait dû le prévoir, quelques nuages ne tardèrent pas à troubler la sérénité de leur union. De légères dissensions se manifestèrent : 1l est vrai qu’elles furent de courte durée, el qu'après la dispute, si l’on peut donner ce nom aux dissentiments dont nous parlons, Renaud et Gaspard se serraient la main et se juraient de tout oublier. Mais, comme le dit admirablement l’Ecriture, le commencement d’une querelle, c’est l’eau qui passe par une imperceplible ouverture. Le fleuve entier a bientôt passé. Peu à peu, de rares qu’elles élaient, les contestations devinrent plus fréquentes et se prolongèrent davantage. Même après un rapprochement sincère, elles laissaient au fond des cœurs celte amertume secrèle qui est le levain de la colère et de la haine. Les frères, en effet, avaient à chaque instant du jour mille occasions de. froisse-
ment et d’antagonisme. Depuis l’Angelus du matin jusqu’à la prière du soir, ils ne pouvaient faire un pas, dire une parole, accomplir un devoir, sans soulever quelque discussion et se porter mutuellement de nouvelles blessures. Tantôt c'était un propos de table, touchant de près ou de loin aux croyances de l’un ou de l’autre, tantôt une altercation survenue entre les serviteurs du château, qui ne s’entendaient guère mieux entre eux que les maîtres, et dans laquelle chacun des frères prenait parti, moins selon la justice que suivant ses sympathies religieuses. D’autres fois, après être sortis du manoir dans les termes les plus affectueux, ils rentraient le soir chacun de son côté et le front morne, au grand effroi de leur mère. Une croix, debout ou renversée, les plaintes de quelques paysans, une procession qui passait, la cloche lointaine du couvent qui appelait les moines à l'église, moins que cela encore avait servi à raviver en eux le feu qui couvait sourdement. Les bruits qui arrivaient du dehors, la nouvelle de l'arrestation et de l'exécution de quelques pasteurs réformés, ou de l'incendie et du pillage de quelque temple catholique ; les rumeurs qui couraient déjà dans la province sur la prochaine levée d'armes des calvinistes, devenaient, par l'impression différente qu'elles produisaient sur l'esprit des deux frères, une autre source de débats. En un mot, sans le chercher, sans le vouloir, ils ne pouvaient avoir ensemble un seul entretien qui n’aboutit, par une pente rapide, à une controverse désolante. Les choses en apparence les plus indifferentes, les plus étrangères au sujet qui les
partageait, revêtaient promptement une couleur religieuse; tous les chemins les conduisaient au même but; et quand l’un disait oui, on pouvait être sûr d'avance que l’autre allait dire non.
Une circonstance qui contribua encore davantage à les aigrir fut l’arrivée à Montmaur de notre ami le bachelier. L'honnête Placide ayant, comme on le peuse bien, renoué connaissance avec l'archer , celui-ci jugea dès l'abord qu'il n'avait rien de mieux à faire pour égayer sa cousine et passer lui-même le temps d’une manière agréable, que de mettre le redoutable théologien de Montpellier aux prises avec le savant docteur de Genève. Il l’amena donc à diner au château, un beau dimanche, sans avoir prévenu les deux antagonistes de la rencontre qu’il leur ménageait. Cependant ils avaient sans doute tous les deux dans leur personne quelque chose qui les trahissait, car ils ne furent pas plutôt en présence l’un de Vautre, qu’ils se mesurèrent de l’œil el se jetèrent un regard de défi, comme Achille et Hector dans les champs de la Troade, avant la lutte celèbre qui termina la vieet les exploits des fils de Priam. Placide s’approcha ensuite de la table, fit le signe de la croix, et débita, d’une voix de stentor, le bénédicité en latin, tandis que Barbantane fatiguait ses poumons pour atteindre à ce diapason redoutable et faire entendre la prière qu'il avait coutume de réciter avant le repas. Mais ce n’était là qu’une escarmouche, en attendant la bataille dont l'heure n’était pas encore venue; car maitre Placide pensait qu’un bon diner pris sur l’ennemi ne peut rien ôter à la vigueur de l'attaque et
à la fermeté de la défense. Il promena donc ses regards sur la table, afin de jouir de l’agréable coup d’œil que présente à tout homme de goût un festin bien ordonné. Mais, après cet examen, il ne put retenir une grimace qui annonçait un vif désappointement. On était à la fin de l’avent, temps pendant lequel l'Eglise catholique imposait aux fidèles une abstinence rigoureuse. Cependant la plupart des mets dont se composait le menu étaient des viandes froides, des pièces de vénerie, des pâtés de jambon et d’autres aliments gras. Il ne restait au pauvre clerc, pour toute ressource, qu’un plat de lentilles et du lait caillé. Il fit donc assez triste figure pendant tout le diner; car, ainsi qu’il le disait lui-même, ileût mieux aimé avaler du poison que de manger de la viande un jour d'abstinence. Gaspard, tout occupé à boire, à causer et à faire fête au gibier, ne s’aperçut que vers la fin du repas de la pitoyable contenance de son ami, et lui en demanda vivement la cause. Sur la réponse claire et précise que lui fit ce dernier, il rougit jusqu’au blanc des yeux d’avoir été trahi de Ja sorte par son frère, prit son assiette encore pleine, appela un chien et la lui donna.
— Tiens! lui dit-il, cela est bon pour toi. Par saint Hugon! ajouta-t-il en se retournant vers Renaud, ne pourriez-vous, messire, mieux recevoir vos hôtes, et ne pas forcer d’honnêtes gens à mourir de faim ou à manquer à leurs devoirs de chrétiens? — Ceux qui se touvent mal à ma table, répliqua le baron, peuvent aller diner à l'hôtellerie. Le pontlevis est baissé et la porte ouverte.
Rondes
— C'est ce que je ferai une autre fois, dit Gaspard d’un ton rude. À votre santé, sire clerc! ajouta-t-il en se versant à boire.
Maitre Placide, voyant avec regret qu’il allait occasionner une fâcheuse contention entre deux frères, se hâta de vider son verre à la santé de son hôte, et entama ensuite une dissertation philosophique sur la concorde, s'appuyant tour à tour sur l'autorité des Pères, de Cicéron, d’Aristote et même des poëtes latins, dont il avait fait, disait-il, une étude approfondie, et dont il cita plusieurs vers, entre autres le distique suivant d’une églogue de Calpurnius :
Este pares et ob hoc concordes vivite, nam vos Et decor, et cantus, et amor sociavit et ælas,
qu’il traduisit ainsi pour l'instruction de ses auditeurs : Qu'il ne soit plus question de rien, mes chers seigneurs, rapprochez vos verres et trinquez ensemble.
Madame de Montmaur et Blanche ayant joint leurs prières aux exhortations du bachelier, les deux gentilshommes, après un moment d'hésitation, se serrèrent la main, mais cette étreinte fut moins chaude qu’elle ne l'était ordinairement dans de semblables occasions. Placide, néanmoins, charmé de ce résultat, éleva la voix de plus belle, et, tout en trempant de larges tranches de pain dans son gobelet, se disposa à entrer en propos avét le docteur Barbantane. Dans l’intention de lui faire honneur, il lui adressa d’abord la parole en latin, suivant la coutume des savants; mais le ministre, n’entendant
pas un mot de cette langue, qu'il appelait une langue païenne et papiste, pria aigrement le bachelier de s'exprimer dans un idiome plus chrétien. Ce fut le premier triomphe du bachelier, triomphe dont Gaspard se chargea de faire les frais en partant d’un éclat de rire qui, par contagion, gagna bientôt toute la salle. Cependant Placide n’était pas homme à s'arrêter en si beau chemin. Semblabie à un chevalier qui, ayant brisé le casque de son adversaire, jette courtoisement le sien dans la lice, afin de combattre à armes égales, il laissa de côté tout le latin dont il pouvait faire un si bel usage, et aborda la discussion en pur français. Il demanda au ministre, afin de sonder ses connaissances théologiques, quelle était son opinion sur l’Etre et le Non-Etre, sur l’Effet sans Cause et la Cause sans Effet, enfin sur le rapport des nombres avec les vérités de la religion. Cette nouvelle attaque eut le même succès que la première. Elle déconcerta entièrement le ministre qui, voyant l'air d'assurance du théologien et étant peu familier avec la métaphysique des écoles, s’imagina qu'il avait affaire à l’un des flambeaux de l'Eglise gallicane. Il toussa et cracha à plusieurs reprises, se moucha fortement, mais il serait sans doute resté coi, si Bethsabé, honteuse du rôle que jouait son mari, ne lui eût demandé d’un ton aigre ce qu'il avait fait de sa langue. A ces mots, Enoch, retrouvant son courage, partit comme un coursier qui a senti l’éperon. Mais abandonnant le sol marécageux sur lequel le bachelier avait voulu le placer, et où il craignait de s’'embourber au premier pas, il se jeta
uw +
sur un terrain plus solide et qui lui était mieux connu. Après avoir cité à propos un texte de lEcriture, il commença à déployer toute son éloquence contre le relâchement des mœurs parmi le clergé régulier et séculier, contre les frivoles questions qui occupaient les loisirs des gradués de tous les étages, et enfin contre les abus de l'Eglise romaine. Le sujet était admirablement choisi pour allumer la bile du bachelier. Aussi le digne Placide, ne pouvant y tenir, interrompit brusquement le ministre, et commença à son tour une philippique dans laquelle, malgré son amour pour la paix, amour dont il protestait à chaque instant, il compara tour à tour les huguenots à des vipères, à des esprits malins, à des loups ravisseurs et à des brigands avides de sang et de pillage. On juge aisément de l'effet que dut produire cette harangue sur l'esprit du baron de Montmaur. Renaud, cependant, réussit à se contenir, et quitta la table en priant le ministre de le suivre. Placide resta donc maitre du champ de bataille, et acheva, avec Gaspard émerveillé, la cruche de vin qui restait sur la table. Un autre que lui sans doute aurail compris que sa présence était pour le moins inutile au château de Monimaur, et n’y fût pas revenu; mais Placide n’y entendait pas malice, Ne pouvant discuter avec son vieil oncle et avec Monique, lesquels étaient toujours du même avis que lui, il trouva fort agréable de venir de temps à autre rompre quelque lance avec le ministre. Il servait ainsi, sans s’en douter, la passion qui fermentait dans le cœur de Gaspard, et occasionnait sans cesse de nouvelles luttes entre les deux frères.
Cet état de choses eut pour premier effet derattacher plus fortement que jamais Renaud à ses croyances, et de lui inspirer un surcroit de ferveur. Il reprit ses habitudes sombres et rêveuses, cessa d'accompagner son frère à la chasse, lut avec ardeur les saints livres, et passa tous les jours de longues heures en conférence avec le ministre ou dans la chambre solitaire où il avait suspendu le portrait de son père recouvert d’un crêpe de deuil, comme pour s’exciter à le venger.
Attribuant à sa tiédeur et à son relâchement l’endurcissement de sa famille dans les erreurs du papisme, il résolut enfin de remplir dans toute leur étendue les devoirs que lui imposait sa foi, et il plaçait au premier rang de ces devoirs la conversion de sa mère, celle de sa fiancée, celle de Gaspard; en un mot, celle de tous les gens sur qui Dieu Jui avait donné droit de protection et de sauvegarde.
Gaspard, de son côté, changeait de jour en jour. Il devenait plus assidu aux offices de la paroisse et écoutait avec une sorte d'attention les sermons de son curé. En agissant ainsi, il n’avait eu d’abord d'autre dessein que de faire acte de liberté et de narguer maître Barbantane. Mais bientôt le même esprit de contradiction réveilla en lui le souvenir longtemps effacé de toutes les pratiques de dévotion qu’on lui avait enseignées dans son enfance, et qu'il avait entièrement négligées depuis plusieurs années. Désormais il porta un long chapelet pendu à sa ceinture, observa rigoureusement les jeûnes et les abstinences, et ne passa pas un jour sans dire ses
prières du matin et du soir. Le bon Placide, qui, par ses conseils et ses exemples, s'était efforcé de l’attirer dans cette voie, s’attribua tout l'honneur de la métamorphose. Il ne manqua pas de s’en vanter au château et au village, et, enflé par ce prétendu succès, déclara un jour devant Monique et les autres commères de Ladvieu qu’il ne désespérait pas de ramener aussi au bercail le baron de Montmaur et le ministre lui-même, quoique ces derniers, comme il l’observait judicieusement, fussent descendus au plus profond de l’abime, ix profundum abysst.