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principes, au moins la cause de la réforme ; et comme la noblesse française, au xvi® siècle, n’avait rien perdu de ses mœurs belliqueuses et de sa bravoure traditionnelle , il était difficile que les gardes bourgeoises et les garnisons des couvents lui résistassent d’une manière sérieuse. Le baron des Adrets , en se mettant à la tête des réformés , avait entrainé avec lui une grande partie des légions, dont il était le colonel général , et avait privé ainsi les catholiques des seuls défenseurs qu’ils eussent pu opposer avec succès aux protestants. Il avait été, en outre, rejoint par une foule d’aventuriers, d'anciens soldats, et par toute cette classe de gens que Cicéron appelle gens desperata , et qui ne voit dans les discordes civiles | qu’un moyen de refaire une fortune compromise par l’inconduite et de folles dissipations. Ses forces, au commencement de la campagne, étaient donc bien supérieures à celles de ses adversaires ; il avait d’ailleurs l'avantage de l'offensive et pouvait diriger ses attaques sur les endroïts mal défendus ou surprendre son ennemi par la promptitude de ses mouvements.
Le duc de Guise, qui expliquait de la sorte les premières victoires des calvinistes , se flatta d’abord d'arrêter le torrent. Il crut qu’il pourrait aisément réparer la perte qu'avait fait éprouver au parti ca- } tholique la défection de des Adrets, et que la présence d’une armée royale suflirait pour amener à résipiscence les insurgés dauphinois ; mais il éprouva sur ces deux points une complète déception. François de Beaumont, baron des Adrets, s’était élevé,
par sa bravoure et sa belle conduite dans les guerres d'Italie, jusqu’au poste supérieur qu’il occupait en Van 1562. Il avait acquis une grande réputation de fermeté par la manière dont il avait discipliné des troupes jusque-là indociles et remuantes. Ses ennemis eux-mêmes , et son caractère farouche lui en avait fait de nombreux, ses ennemis eux-mêmes s’accordaient à le regarder comme un des meilleurs capitaines du roi de France; mais, dans la campagne qui venait de s'ouvrir, il devait surpasser leur attente et celle de ses partisans. Dans l’espace de quelques semaines il battit successivement tous les corps de troupes que le duc de Guise dirigea à marches forcées sur la province, emporta de vive force trente villes fortifiées et bien défendues qui avaient refusé de lui ouvrir leurs portes, et, sans remettre son épée dans le fourreau, s’empara du haut et du bas Dauphiné, du Lyonnais, du Forez, du Velay, du Languedoc et de la Provence. Tels furent l’éclat et la rapidité de ses expéditions que le pape lui-même craignit un moment de le voir envahir lItalie et menacer la religion romaine jusque dans la ville de saint Pierre. Cette crainte était sans doute exagérée, mais on pouvait tout attendre d’un homme qui, après avoir pris une ville d'assaut et gagné une bataille dans la même journée, marchait toute la nuit pour aller, à dix lieues de là, renouveler le même prodige.
Cependant le baron , tout en battant les armées royales, s’intitulait encore gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et ne rendait ses ordonnances
qu’au nom de Charles IX, pour la délivrance duquel les réformés prétendaient avoir pris les armes. Il n’était donc pas rare de voir la même ville rançonnée le matin par les catholiques pour les besoins de Sa Majesté Très-Chrétienne, et le soir, pour le même motif, par les compagnies de la réforme. Les catholiques, en effet, malgré les succès rapides de des Adrets et les nombreux échecs qu'ils avaient éprouvés, n'avaient pas perdu courage. Ils obtenaient souvent des avantages partiels, et, sontenus par l’enthousiasme qu’excilent à un si haut degré, dans les temps de crises religieuses, la persécution et la violence, se retrouvaient pour ainsi dire aussi forts et aussi ent après la défaite qu ‘ils eussent pu l'être après la victoire.
La lutte se prolongea ainsi pendant plusieurs mois, sans qu’il füt possible d’en prévoir l'issue. Les places, prises et reprises, saccagées tour à tour par les deux partis, voyaient tomber leurs remparts et décimer leur population. Les prisonniers, que le droit des gens fait respecter dans les guerres les plus acharnées entre des nations rivales, étaient massacrés sans miséricorde. Les campagnes étaient dévastées, les moissons coupées en herbe et données en pâture aux bêtes de somme. Il semblait qu’on voulût exterminer par la famine les habitants que le fer avait épargnés. Le baron des Adrets avait, il faut le dire, donné le premier l'exemple de semblables barbaries. Il se montrait inexorable envers les catholiques qui tombaient entre ses mains, et laissait partout où il passait des traces plus terribles cent
fois que celles que pourrait laisser le plus affreux ouragan. Aujourd’hui encore, après troissiècles écoulés, ces traces sont marquées sur les monuments ou dans la mémoire des hommes; et quand les paysans de la province veulent effrayer leurs enfants indociles, ils ont coutume de leur crier dans leur patois : Prends garde, malheureux, voilà le baron !
Mais il est temps de retourner aux personnages qui ont occupé jusqu’à présent la première place dans notre narration, et de voir quel rôle ils jouèrent dans cette longue et douloureuse tragédie. Nous ne les avons pas plus oubliés pendant cette digression que le machiniste du théâtre de Drury-Lane n'oublie ses acteurs favoris, tandis qu’il déroule au fond de la scène les toiles qui représentent le ciel orageux de la Tempête ou les sombres voûtes du monastère de Roméo et Juliette.