‹ Aymé Verd, roman inédit De Sir Walter ScottChapitre 51 sur 93 · RS RS · texte numérisé non relu

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avaient affaire à un gentilhomme catholique, s’ap-

|prochèrent de Gaspard, leurs bonnets à la main, et le

prièrent de se mettre à la tête de la troupe.

— Et où voulez-vous aller, demanda l’archer qui, en entendant cette proposition, avait tressailli comme le coursier de l’Ecriture au bruit des clairons et des fanfares de guerre.

— Où vous nous mènerez, messire, répliqua l’un des paysans. Seulement on dit parfois chez nous qu'il vaut mieux aller chercher le loup dans le bois que d'attendre qu'il soit dans l'écurie. — Ainsi, reprit Varcher, vous jurez de me suivre, et de ne faire ni grâce ni merci aux huguenots tant que vous serez avec moi? — Oui, messire, dit l’orateur de la troupe, et nous ne vous quitterons que pour venir faire nos foins. — Vous le jurez par vos saints patrons? — Oui! oui! s’écrièrent les paysans. Mort aux huguenots! Vive M. de Montmaur!

Il ne s'agissait plus que de déterminer l'endroit vers lequel on se dirigerait. Les cloches, qu’on entendait résonner au loin dans la campagne, annoncaient que les paroisses voisines commencçaient à s’agiter. Gaspard hésita un instant.

— Si vous voulez forcer la bête dans sa tanière, dit Madeleine, je sais bien où il faut que vous alliez, mes enfants. — Et où cela? où cela? s’écria-t-on de tous côtés.—Au château de Montmaur, sur le Riousset, dit la pèlerine. Le baron est bien le plus enragé parpaillot de la province; d’ailleurs c’est une maison que Dieu et la sainte Vierge n’aiment pas, j’en suis sûre. — Taisez-vous, vieille folle! s’écria Gaspard en

frémissant. Partout, ajouta-l-il en lui-même, partout, excepté là!

Quelques instants après, la troupe, composée de

trente hommes vigoureux et bien armés, s’éloigna en gardant un certain ordre, tandis que maître Gaschet, ayant tiré de la pèlerine les détails les plus minutieux sur ce qui s'était passé à Valence, s’empressait de porter à ses amis les grandes nouvelles qu’il avait reçues, nouvelles dont sa manière agréable de narrer doublait pour ainsi dire l'intérêt

La nuit qui suivit la scène que nous venons de |

rapporter fut une nuit de trouble et de désolation Sur toute la surface de la province. On avait eu le temps d'apprendre, même dans les vallées les plus

reculées, la mort du gouverneur général et les excès | qui avaient suivi cette sanglante exécution, C'était |

pour les protestants un signal longtemps attendu; |

aussi des feux allumés sur les montagnes témoignè-

rent-ils bientôt que de toutes parts on se disposait à | répondre à cet appel. Les catholiques, surpris comme | à l’improviste, alarmés de l'attitude menaçante des | religionnaires, se tenaient sur le qui-vive et osaient |

à peine sortir de leurs demeures, dans les lieux où

ils étaient en petit nombre. Sur les points où ils for- |

maient la majorité ils s’assemblaient en toute hâte;

mais, trompés par des rapports mensongers qui leur |!

exagéraient le péril, ils ne savaient quel parti prendre et restaient dans une pénible indécision, Cependant le tocsin ne cessa point de se faire entendre jusqu’au lever du soleil; sonné ici par les réformés, là par les catholiques, il allait glacer d’épouvante

sous les voûtes les plus épaisses des gens accoutumés jusqu'alors à goûter les douceurs de la paix et du sommeil. La guerre civile venait de commencer.

Notre intention n’est pas d’empiéter sur le domaine de l’histoire et de raconter longuement cette lutte terrible qui couvrit de ruines et de deuil une des plus belles provinces de la France. Il nous suffira de dire que le Dauphiné ne fut bientôt qu’un vaste champ de bataille sur lequel les partis se livraient chaque jour des combats acharnés. La foi ou Pambition avait armé tous les habitants, depuis le gentilhomme jusqu’au pâtre des montagnes, et ceux mêmes qui, par leur caractère ou leurs habitudes, semblaient le moins disposés à endosser la cuirasse et à prendre l'épée en main, se voyaient contraints d'arriver à ces extrémités fâcheuses pour défendre les portes de leur cité et le seuil de leur maison sans cesse menacés par des bandes dévastatrices. Les plus paisibles bourgeois se virent ainsi réduits à quitter la houppelande et le bonnet de laine pour la cotte de mailles et le casque de fer. On pense bien que ces braves gens , peu accoutumés aux veilles et aux fatigues, ne devaient pas faire d'excellents soldats. Ils avaient une grande propension à retourner dans leurs logis, pour voir si rien n’y était changé pendant leur absence. Ils n’aimaient guère à s'éloigner des murs de leurs villes ou de leurs bourgs. Aussi, comme ils appartenaient presque tous au parti catholique et en formaient la grande niajorité, les calvinistes obtinrent d’abord les succès les plus éclatants. Les gentilshommes avaient presque tous embrassé, sinon les

as —

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