‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 127 sur 235 · Guillaume IX, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, né en · texte numérisé non relu

Guillaume IX, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, né en

ÉPISODE DBS NOIX BT DIS HANAPS BRÛLÉS CLXIT

incidents du récit d'Aymeri, celui des noix brûlées à défiiut du bois dont la vente a été interdite. En roici le texte :

Ademarus ille, qui postmodo Quniaco montchus extidt % yenientem Lemovicas OuUlelmum, Tolosani gt nerum Ouil« Iclmi, pro consuetudine procuraTit. Patiit ergo dapifcr piper a Constantino de la Sana, qui ducens illom in domum quamdam ubi piper absque aettimatione erat expositum solo, ve* luti glans porcis senrimra : « En, ait, accipe piper ad comitis salsas. » Et abrepta nutica pala non tam pr«bebat quam projiciebat piper. Divulgata res est favorabiliur in aula, dux vero rem tacitus considerabat. Contigit aliquando Ademarum vicecomitem Picuvis adesse. Prohibuit igitur cornes no quîs Ticecomiti venderet ligna. Tune cliente» Ademari comparavere nucum aggeres immensos ex quibus rogum accendunt. Hoc cognito dux favore congruo extulit Lcmovicenses, qui illos multifarie reprehendere tentoyerat rusticitatis causa seu nota '.

Le même épisode existe aussi sous une forme plus développée dans la Geste des Norman^ ' de Wace. Ce chroniqueur attribue i Robert I, duc de Normandie, des aventures tout à fait semblables à celles qui sont racontées dans notre poème au sujet des ambassadeurs d'Aymeri. Le duc a recours au même expédient que ceux-ci pour remplacer le bois qui lui a

,071, mort en ii»7. gendre de GuiUaume IV, comte de Tou-

loutc.

I. Adémar III, vicomte de Limoges, qui se ht moine en iiJg^ a. Rec. des historiens de la France, t. XII, p. 444-3. Cf. Hist. littéraire de la France, t. XIV, p. 341.

3. Tel est le yéritaWe titre du poème historique de Wace, désigné habitueUement sous le titre de Roman de Rou.

CLXXVl INTRODUCTION

été refusé; comme eux, il abandomie le manteau sur lequel il s*est assis. La scène se passe à Constantinopie où Robert s'est arrêté en se rendant en Terre- Sainte, pour y accomplir un pèlerinage ^ :

Par la terre l'empereur

Se iist conduire a grant honur.

A la mule qu'il chevalchout,

A la plus chiere qu'il meaout,

Pur reparlance e pur noblei,

Pur faire gent parler de sei,

Fist d'or les quatre piez ferrer

(Ne vueil mie dire dorer,

Car ce n'est mie us de parler) ;

Puis fist a ses homes veer

Que quant li ors des piez charreit,

Que mar nuls d'els le reprendreit.

Par Costantinoble passa

Et a l'empereur torna.

Endementres qu'a lui parla,

A la costume qui iert la

Sun mantel jus a terre mist,

Tôt desfublez desus s'asist.

Al partir, quant il s'en turna,

Le mantel prendre ne deigna :

Uns des Grieus le vit desfublé,

Sun mantel li a relevé,

Dist lui que sun mantel preîst

Et a sun col le rependist;

Et il respundi par noblei :

f Jo ne port pas mun banc od met. »

I. Ce pèlerinage eut lieu de io34 à io35. En cette dernière année, le duc Robert mourut à Nicée, empoisonné pv l*un de ses gens.

ÉPISODE DBS NOIX ET DES HANAPS BftÛLÉS CLXXVII

Chascuns des Nonntnx autresi Sun mantel a terre guerpî ; Si cmn li dus out fait si firent :

Lur manteals el palais guerpirent ; E li dus lur duna manteals Asez plus riches e plus beals.

A noblece li fu turné.

E Temperere a cumandé, Tant cum il iert en la cité, Qu'il ait del suen a grant plenté, Quar il le volt bien cunreer; Mais li dus nel volt graanter; Ne volt mie sun cunrei prendre :

Asez a, ço dist, a despendre ; Tant cum il pèlerins sereit, Del suen propre vivre voleit ; Mais al retur, s'il reveneit, Cunrei et el de lui prendreit.

E Temperere fist crier E par tut as marchiez veer Qu'il ne truvast busche ne fust Dunt Sun mangier cuire peust.

Et li dus a fait achater Tûtes les nuiz qu'il pout truver :

Tut en fist cuire sun mangier, E le fist faire plus plenier E plus riche qu'il ne soleit, Pur la busche qui lui faleit Li emperere asez s'en rist.

Et a ses genz en riant dist, Si cum il parlout en gregeis, Que mult esteit li dus curteis ; Or feist ço que il voldreit, Ja mais rien ne li veereit.

Pur la noblece des Normanz

CLXxTiii imrRQMJcnoii

Qui de \uT inttttMli fknai btMy Fist Temp^rere tl ptltié £Mr« Ban2 e sièges eAvinia l'aite ^ Aine cel tent t ttvH sâeient Qui el palais seeir yoleieilt*

(Éd. AndrtsM, t« 3o67-ii32 •.)

Ce récit offre, comme on voit, jusque dans les expressions, une grande analogie avec Aymeri de Nar^ bonne. Il a été composé antre 1 163 et 1 175, une cinquantaine d'années^ par conséquent, avant ceue chanson. L'un et Tautre texte sé rattachent sans nul doute à une source Commune dont nous aurons plus loin à rechercher le caractère. Remarquons aussi que Wace ajoute un incident particulier qui manque dans Aymeri, et que nous retrouverons bientôt ailleurs : nous voulons parler des fers d'or que le duc de Normandie fait mettre aux quatre pieds de sa mule. Ce trait est fort ancien, et devait former avec Thistoire des manteaux et des noix brûlées l'un des éléments constitutifs de la légende primitive» Nous aurons occasion de revenir sur ce point; mais avant de remonter aux sources, nous devons dire quelques mots des chroniques qui ont rapporté d'après Wace les aventures de Robert I à Constantinople^

Nous rencontrons d'abord cet épisode dans Tune des rédactions de la Ckroniquw dt Normandie qui a été publiée au t. XI du Recneil des historiens de la

I. Nous empruntons ce texte à M. G. Paris qui Ta donné d*après réd. de M. AndreseA, en y introdufSAAt quelques légères modifications {Romania, t. tX, p. S44-6).

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