‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 158 sur 235 · I. P. Meyer, Romama^ t. XI, p. 25o · texte numérisé non relu

I. P. Meyer, Romama^ t. XI, p. 25o

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Quant U pucde Pot, s'est mult recoafbitëc.

c Sire, » dise ele au roi, « si com il tos agrée, c Ja par moi ne sera parole refusée, t

(Éd. Michelant, p. 113-4.)

Boniface, dans notre chanson, tient à peu près le même langage â Hermengarde, lorsqu^il vient lui annoncer qu^Aymeri de Narbonne i^a demandée en mariage :

« Ma bêle suer, vers moi en entendez.

« Mariée estes, se il vos vient a grez,

« Au plus haut prince qui soit de mère nez... »

Dist Hermenjart au gent cors seignori :

« Biaus sire frère, par foi le vos afi,

« Que je n'avrai en ma vie mari,

t Se ge n'en ai le preu conte Aymeri •... •

Dist Boniface : a Jesu Crist en merci!

« Je ne vos veîl doner fors Aymeri... •

Dist la pucele : « Deu en aor et pri!.... •

I . Hermengarde a refuté tous ceux qui Font demandée en mariage, et elle ne veut épouser qu'Aymeri, dont eUe est devenue éprise sans Tavoir jamais vu, et au seul récit de ses exploits. Cest là une situation assez fréquente dans la littérature du moyen flge. L'exemple le plus connu est celui de Jaufre Rudel et de la comtesse de Tripoli (Raynouard, Choix des pois, des Wouhadours, t. V, p. i65; de Rochegude, Pam, occit, p. 19). Rosaflorida, Théroïne d'une ancienne romance espagnole, est aussi dans le même cas :

Siete Condes la demandan, Ires Duques de Lombardia.

A todos los desdenaba, Tanta es sa lozanfa :

Enamorôse de Montesinos De oUa$, que no de vista.

iWoIf, Primavera^ t. Il, p. 3o5.)

ALLUSIONS A DIVERSES CHkHSKMS DE GESTE GGXU

Ces deux morceaux, eoimne on vdt, mt entre eux un grand rapport, dans le fond aussi bien que dans la forme \ Les situations sont les mêmes^ et eUes sont présentées de part et d'autre dans des termes analogues. Il nous paraît donc très vraisemblable que l'auteur d^Aymeri s'est inspiré ici de Renaud de Montauban *.

Notre poème, dans un autre passage, n'est pas sans ressemblance avec Ogier le Danois; nous voulons parler des vers où Charlemagne, abandonné de %es chevaliers, déplore la perte de Roland :

c Biaus niés, • dist Charles, « com mar vos vi iiner!... t Se fussiez vis, très bien le sai de fi,

I. La description des noces de Renaud et de la sœur du roi Yon« dans Renaud de Montauban, présente aussi quelque analogie avec le récit des fétet données pour le mariage d'Aymeri de Narbonne :

Li rois Yus de Gascoigoe Ta au mostier menée,

Renaus, li fix Aymon, l'a prise et esposée ;

Li veskes de Bordlaos a la ineasc cantéa...

Molt forent grana les noces en la sale pavée...

.VIII. jors lor a doré caste festa honorée.

(Éd. Michelant, p. 1 14 ; cf. Aymeri, v. 4433 cl suiv., 4488, etc. )

a. Bertrand semble avoir fait aussi, dans Girart de Vienne, un autre emprunt à un fort beau passage de Renaud de Montauban {(j.^tU, Histoire poétique de Charlemagne, p. 328). Ces imitationSi du reste, ne sont pas très rares dans les chansons de geste ; ainsi la belle scène entre Charles et Galienne que la Cronica ge^ neral de Espaka nous a conservée, et qui se trouvait sans doute dans une version aujourd'hui perdue de la chanson de Mainet, a été visiblement imitée dans d^autres poèmes, par exemple dans Jourdain deBlaives{y, 1682 et suiv.). Voy. Hist. poétique de Charlemagne, p. 239; cf. Milà y Fontanals, De la pots'ia heroico-popular castellana, p. 33i-3.

CCKX INTRODUCTION ^

a Ne remeinsist mie Nerbone ainsi. »

Dans Ogier, Charlemagne exprime les mêmes regrets :

« E Rollant niés! com grant descovenue !

<r Se fussiés chi, chou est chose seue, « A cest paien qui li cors Diu destruie • Eussiés tost l'arme del cors tolue! »

(Éd. Barrois, v. io342-5.)

On pourrait citer, encore dans Aymeri, certaines expressions, et jusqu'à des vers entiers, qui se retrouvent dans d'autres poèmes, mais ce sont en général des formules stéréotypées, des clichés du langage épique, qui sont reproduits un peu partout, et n^offrent, par conséquent, aucune importance. Tel est le vers 969:

L'eve demendent, au mengier sont assis,

qui existe aussi dans Garin le Lorrain \ De même, les vers 4120-4122 :

Lors veissiez fier estor esbaudi, Tant hante frète et tant escu croissi, Et tant hauberc desrout et desarti,

se rencontrent, avec de légères variantes, dans Raoul de Cambrai (v. 347 1 -3), et plusieurs fois dans les Lorrains (Mort de Garin, p. 186, 217, 237; Girbert, dans les Roman. Sttid.^ 1. 1, p. 377 *). Rien de

1. Ciié par M. Godefroy dans son DicL de V ancienne langue française, v» aiguë,

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