‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 167 sur 235 · Philomena · texte numérisé non relu

Philomena

Nous devons maintenant dire quelques mots de cet ouvrage qui a joui autrefois d'une autorité très grande, mais, il faut en convenir, bien peu méritée. Ce n'est qu'un roman fort médiocre et dénué de presque toute valeur traditionnelle, qui a dû être composé vers le milieu du xm^ siècle par un moine de Tabbaye

I. Hist. poétique de Charlemagntf p. 279. Cf. Romania, t. II, p. 975, t. m, p. 3 10; L. Gautier, Ép. françaises, 2* éd., t. III,

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de la Grasse ^ en vue de donner à son monastère une origine illustre. Les détails minutieux que Ton y rencontre à chaque instant sur cette abbaye, ses pri«vilèges et ses reliques, ne laissent aucun doute à l'égard de cette attribution. L'objet principal du roman est la fondation du monastère de la Grasse par Charlemagne; à ce thème s^ajoutent d'interminables luttes contre les Sarrasins qui finissent par être vaincus et forcés de livrer Narbonne. L^auteur a emprunté seulement quelques données à la tradition des poèmes français, puis il a brodé sur le tout des aventures purement imaginaires, mêlées de longs et fastidieux récits de combats. Nous allons essayer de discerner au milieu de cet amas confus d'inventions insipides les éléments qui semblent présenter le plus de relations avec notre chanson d^Aymeri.

Nous nous plaçons au moment où Charlemagne,

I. Cet auteur a attribué aon rédt à un prétendu Philomena qui aurait été secrétaire de Charlemagne. De là vient le titre tout lequel ce roman eat habituellement désigné. — Sur la date du P/U» iomena, cf. P. Meycr, Recherches sur Tépopée française^ Bibl, de rÉc. des Chorus, 6* série, t. 1I1| p. 48, 56; L. Gautier, Èp, fi-m^ çaiut, 2* éd., t. I, p. i38. Nous pensons que cet ou?ragii a été écrit vers le milieu du xm* siècle plutôt qu*au commencament. En effet, ainsi que nons allons le voir, la geste d'Aymeri y est constituée comme dans les poèmes français les plus récents. Suivant M. G. Paris, la traduction latine du Philometuif qui a été pu* bliée par Ciampi sous le titre de : De gestis Caroli Magni ad Carcassonam et Narbonam (Florence, i8a3), ne saurait être postérieure à Tannée 1 335 {Hist. poétique de Charlemague, p. 89). Rien n*empéche de supposer qu'elle a été enécutéa peu de temps aprèf la composition de Toriginal.

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pour réprimer les désordres qui s^étaient introduits à la Grasse, a tué Tabbé de sa propre main (éd. Qampi, p. 63 ^). Après eet éfènemeot, il se rend à Narbomie, et propose au roi païen Matran de lui céder Girone et Barcelone avec deux £(ms autant de terres qu^il en possède, s'il consent à lai lirrer sa ville et i recevoir le baptême. Sur le refus du prince sarrasin, Tempereur donne l'ordre de se préparer i une attaque. Pendant la nuit, deux frères de Matran arrivent par mer avec des forces considérables et entrent dandesdnement dans la cité (ihid., p. 63-4). Le lende^ main une lutte s'engage sous ses murs; les Sarrasins sont repousses, et l'un des frères de Matran est tué par EngeHer k Gascon (p. 65). Aymeri apparaît alors pour la {Mremière fois : a N'Aymeric, que era neboc de GuirMit de Viana e Raynier, payre d'Olivier, loqualh Aymeric fo pueys duc de Narbona K » Il passe la rivière et vient attaquer Narbonne du côté de la Porte Aiguière avec trois cents chevaliers et soixante arbalétriers. Les chrétiens obtiennent d'abord le succès dans cette rencontre, égoi^ent cinquante Sarrasins et leur i^ennent cent chevaux. Mais Matran dirige une sortie contre les assiégeants, et se met à leur poursuite; Ogier le Danois arrive alors à leur secours avec quinze mille Allemands, tandis que Chariemagne et Roland, à la tête du reste de l'armée, se dispo-

I. Uiie«oftlyte tommaîre de tout le roman a été do» née ptr M. Mejer (l, eiL^ p. 64). et par M. L. Gautier (Ép. françaises^ !*• éd., t. I, p. 486-7).

a. Ma. de la Bibl. nat. fr. 3a3^. fol. 48 r«.

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sent à donner l^assaut aux remparts. Roland tue le second frère de Matran dans un combat singulier (p. 66-7). Peu de temps après, Marsiie, roi d'Eq>agne, qui était en Roussillon, envoie Borel de Combe Obscure avec sept mille chevaliers pour secourir Matran. Une grande bataille s'engage, où les Sarrasins sont encore vaincus (p. 74 et suiv.). Le lendemain, nouvelle défaite des païens (p. 77 et suiv.). Après une suite de combats heureux, les barons de Charlemagne se présentent devant lui pour lui demander Narbonne; Tempereur Taccorde à « Aymeric, filh d*En Amaut de Berlanda, e nebot de Guiraut de Viana e Raynier de Lausana e Mili de Pola, e eran sey oncle, e foro filhs de Gamier de Monglan » (p. 83} ^ Dès lors Aymeri ne s'appellera plus Aymeri de Beaulande, mais Aymeri de Narbonne. Du reste, il se rend tout à fait digne de cet honneur. Bientôt il se signale en tuant Corbealh de Tortose en combat singulier, et déploie en toute occasion un courage héroïque (p. 84 et suiv.)* La lutte se poursuit sans merci les jours suivants; le roi de Valence, oncle de Matran, est pris et décapité, Borel périt de la main de Roland (p. 88 et suiv.). Enfin les Jui£s qui occupaient une partie de Narbonne proposent de la rendre à Charlemagne, et la propre femme de Matran, Orionde, vient lui demander le baptême. Matran luimême ne tarde pas à être mis à mort par Tempereur, et les Juifs, à cette nouvelle, livrent une porte de la

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