‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 199 sur 235 · CCLXXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CCLXXXVI INTRODUCTION

&Uait l'accommoder au goût de ses lecteurs et en arranger les divers incidents à la mode du jour. Aussi ne s*est-il pas fait faute de donner dans une assez large mesure carrière â son imagination. De là les divergences qui existent entre ses récits et ceux de Toriginal. La narration de la prise de Narbonne, entre autres, est chargée de détails nouveaux qui sont tout à fait de la façon de notre romancier du xv^ siècle. Le poème ne connaît pas Tépisode de la résistance prolongée de Balaam, pris ensuite et mis à mort par ordre de Charlemagne. Il en est de même du rôle que joue Hermengarde auprès des messagers d'Ajrmeri, des hanaps qu^elle leur envoie ^ et des péripéties du second siège de Narbonne entrepris par les Sarrasins. Remarquons de plus que les noms des personnages secondaires sont fréquemment changés; ainsi ce n'est pas Hugues de Barcelone, comme dans la chanson, mais Girart de Roussillon qui porte à Âymeri la nouvelle de la détresse de ses chevaliers assiégés dans une tour parles Allemands. Le nom de Savari enfin, par un phénomène qui n^est pas sans exemple dans les ouvrages analogues de ce temps, a été remplacé par le nom de Clisson, bien plus célèbre alors.

Nous ne dirons rien du style qui est prétentieux et raffiné comme dans tous les romans de la même époque. Les héros y sont dépeints sous des traits moder-

X. H n'est pas question, ainsi que dans la chanson, de noix employées comme combustible. Ce trait a paru sans doute trop invraisemblable au remanîeur, qui a remplacé les noix par des tables et des coffres.

LES VERSIONS EN PROSE CCLXXXVll

nés; ils parlent et agissent en parfaits gentilshommes du xv« siècle, et leur aimable courtoisie, leur politesse délicate, contrastent avec la rudesse des types qui leur ont servi de modèles ^ Charlemagne fait mention de son parlement et de sa chambre des comptes (f> 3 r^) ; enfin, on rencontre dans tout Pouvrage des détails puérils et d'un caractère très récent. C'est ainsi que l'auteur nous apprend que les messagers d'Aymeri étaient logés à Pavie « à l'Escu de France » (f<> i5 v«»), et que leur départ avait été retardé par cette circonstance qu'ils s'étaient commandé une livrée uniforme, et qu'ils avaient été forcés d'attendre « que leur habis fussent fais. « Nous pourrions aussi relever des négligences et des contradictions. Au fol. 1 1 r*, Hugues fait savoir à Aymeri qu'Hermengarde est sœur du roi Boniface, ce qui est conforme aux données du poème; mais il ajoute plus loin : c Sy vous donnons en conseil que vous envoies par devers le roi Boniface, son père, pour savoir se saille vous vouldra envoyer. » Cette dernière parenté a été adoptée ensuite dans tout le cours du roman. De même, au fol. 6 v®, on voit Esclamart dire à ses hommes : « Ne vous esbahissiés, car mes frères sont allés au secours devers l'amiral de

I. Charlemagne, par exemple, fait le bel eaprit en déplorant la mort de Roland et la lâcheté de tes chevalien : « Certainement je puis dire que du milleur grain qui fust en ma granche ne m*est demouré que la paille » (fol. 3 r®). De même, Aymeri répond en souriant à Tempereur qui lui o£fre Narbonne : c Vous me donnés poisson qui n*est mie encore peschié, sire, mais je le repfols non pourtant et tous en mertie assés de fols » (fol. 4 ro).

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