‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 209 sur 235 · Voy. ci-dessus, p. ccxlii, ccxlvi · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p. ccxlii, ccxlvi

5. HisL poétique de Charlemagne, p. 238. Cf. P. Rajna, Le ori^' gini diir epopeafrancese^ p. 347.

LA UteENDB D'ATMBRI EN ITAUE CCCV

variante ; elle a été accueillie par un poète qui a remanié en France, au xiii* siècle, Tœuvre de Bertrand de Bar-sur- Aube; de là, elle a passé sans doute dans la Vie de saint Honorât; puis, un peu plus tard, elle a reparu dans la compilation italienne, grâce au fragment que Tauteur de cette compilation a emprunté presque textuellement au remaniement français, pour rinsérer dans la chanson de Roland ^

I. Aux arguments que nous venons de développer nous pouvons en ajouter un autre, déjà indiqué par M. Rajna (Propugnatore, t. III, 2* part., p. 405-6). Dans le texte de Venise, Hernaut dit à Charlemagne qu*il a laissé à son départ un enfant de trois ans, qui doit avoir maintenant dépassé sa vingtième année, s'il est encore en vîe. Ce deuil assigne une durée de dix-sept ans à Texpédition d*Espagne. Or, d'après la chanson de Roland, transcrite dans la première partie du même manuscrit,

Çtrle li reit, nostrt impertr de Frtoçe, Set ans tut viens a estez in Spagne.

Il y a là une contradiction flagrante. Donc Tépisode de la prise de Narbonne n'a pu être inventé pour continuer le Roland^ et il a dû être pris textuellement ailleurs. Nous croyons toutefois reconnattre la main du compilateur italien dans l'une des laisses (v. 3954-73), qui semble avoir été faite uniquement dans je but de mieux ratucher l'épisode à la chanson principale. Après que Charlemagne a offert en vain Narbonne à ses barons, Ganelon intervient, on ne sait pourquoi, et propose lui-même à l'empereur le mode de supplice qui doit lui être infligé :

« Dont cayas brayi vus fareç atrover,

c Doos damoseot fareç desor monter,

« A l'an e a Paltro me fareç ben liger;

t Per tuta cristente puis me fareç traîner. » (V. 3959-62.)

Ce passage est un hors-d'œuvre et une interpolation évidente. Il en est de même des vers qui terminent l'épisode : In dolçe France reparia l'emperer ;

CCCVI INTRODUCTION

Le succès de ce récit de la prise de Narbcmne ne s^est pas arrêté au texte que nous venons d'étudier. La poésie italienne s^est emparée aussi de cet épisode, et nous le retrouvons dans la Spagna en vers, composée, suivant M. Rajna, de i35o à i38o environ, par un poète populaire toscan, dpnt le nom ne nous est pas parvenue Cet auteur nous raconte, au chant XXXIX de son poème, comment Charlemagne, après avoir pris sa revanche de la défaite de Roncevaux et laissé à Ansuigi (Ânséis) le gouvernement de l'Espagne,^ s'en retourna en France et arriva en

Ja le son cort no sera repolsc Tant cbel no sia de Gainelon Ttnge.

(V. 4414-6.) Tout cet vert ont été forgét par le compilateur pour rappeler Fattention tur le traître et tur son supplice, afin que l'on ne perdît pat de vue le récit de la chanson de Roland, au milieu det événementt accettoiret qui étaient venut t'y joindre.

I. Propugnatore, t. IV, I"* part., p. 333-6. Dant un travail un peu plut récent, M. Rajna conjecture que la Spagna peut être Toeuvre d'Antonio Pucci (I Reali di Francia, t. I, p. 329]. Quant à l'attribution que Ton faisait autrefois de ce poème à un certain Sottegno di Zanobi, de Florence, elle ne repoae que sur une strophe ajoutée à la fin de quelques éditions, mais dépourvue de toute autorité; cette addition, en effet, manque dant let manutcritt et dant la première édition publiée à Bologne en 1487 ; elle ne paraît pour la première foia que dant la seconde édition donnée à Venise en 1488. — Sur let manuscrits de la Spagna, cf. Rajna^ f. cit,, p. 336, A. Thomas, Romania, t. XIV, p. 207 et suiv. Les éditions ont été assez nombreuses; on peut en voir l'énumération dans la Bibliografia dei roman:{i e poemi cavallereschi italiani de Meki (cf. Brunet, Manuel du libraire, 5* éd., t. V, 470). Nous avons emprunté not citation t à l'édition de i534 (Venite, Aioulte de Tortit), faute d'avoir un meilleur texte à notre ditpotiticm.

LA LÉGENDE D^AYMÊM EN ITAUB CCCVII

Gascogne avec son armée sous les murs de la cité de Narbonne. En apercevant cette ville, l'empereur ne songe qu^à la conquérir, et veut, le matin même, lui faire donner l'assaut. Mais le sage duc Naime le détourne de cette entreprise qui coûterait la vie i un trop grand nombre de ses hommes :

fl Più non parlate di cotai dottrina, t Per che si vede per verità iscorta • Che assai di nostra gente è stata morta. »

Il lui recommande seulement d'adresser au Ciel une prière, pour obtenir la grâce de pouvoir prendre Narbonne sans combat. Charles suit alors ce conseil et se met en oraison.

Christo alUiora il suo prego exaudio, Che da un lato di quella cittade, Corne piacque a Dio e sua madré pura, Tutte per terra cascorno le mura.

Carlo intrô dentro con sua gente, Che non gli fu da persona contrastato.

I Saracini tutti communamente, Si fu ciascun a sua fede battizato.

Le lendemain Tempereur demande i ses barons si Tun deux veut accepter la garde de la ville.

Non fu allhora duca né barone Che a cosi fatta cosa respondesse £ dica per nessuna cagione ; Non fu niuno che rimaner volesse.

Charlemagne, en les voyant tous si découragés, éprouve un vif dépit. Heureusement, Amaldo d'Orbelanda (Hemaut de Beaulande) arrive à propos

CCCVIll INTRODUCTION

pour le consoler; il consent à recevoir Narbonne, non pas pour lui-même qui est trop vieux et ne peut supporter un tel fardeau, mais pour son fils,

« Il quai pîcol fantino lo lasciai, « Quando partimi già cotanti anni.

c Credo che sarà grande horamal, c Che ben potrà portar di guerra affanni ; c Ch'io in guerra non entro hogi mai, c Con duchi, o re, o conti, o tirannî. »

Allhora disse Carlo : c Hora m'intendi.

« Corne tu di, per tuo figliol la prendi.

Âllhor Arnaldo la signoria toise, Con quella gente che vole tenere.

Carlo con l'hoste inver Franza si volse ; Ognun cavalca quanto so potere.

On reconnaît ici à première vue tous les principaux traits de Tépisode du ms. IV de Venise. Notre poète a très évidemment mis ce dernier texte à contribution ; il Ta suivi d'assez près et s^est borné à Tabréger et i en retrancher les détails qui auraient trop allongé son récit. Il supprime, par exemple, le voyage d'Hernaut et son retour à Narbonne en compagnie de son fils ' ; on voit qu^il cherche avant tout à être bref, afin de ne pas retarder le départ de Charlemagne pour la France

I. Dtni le ms. IV, on voit les dames de Paris se livrer aux accès de U plus V ive douleur, lorsqu*Hernaut leur apprend la mort de Roland et des autres pairs (v. 4o36 et suiv.). Ututeur de la Spagna paraît avoir imité ce passage dans son ch. XL, en nous dépeignant la tristesse générale qui se manifeste au retour de l'empereur :

Uscivtno di Ptrigi faori le dtme Con le fuitine, ognona ti scapiglia, etc.

LA LÉGENDE D*AYMB]U EN ITALIE CCOX

et le déhoûment de son poème. Sur un seul point toutefois, il ajoute un trait qui ne se trouve pas dans le ms. IV, et qui semble se rapprocher de la chanson d'Aymeri de Narbonne. Charlemagne, en effet, propose d^abord de recourir à la force pour s*emparer de la ville, et le duc Naime, comme dans le roman français ^, l'en détourne en lui rappelant le triste état de son armée. Cette coïncidence, d^ailleurs, peut s'expliquer aisément. M. Rajna a démontré d'une façon péremptoire que Tune des sources principales de la Spagna était, non pas le manuscrit IV lui-même, mais un autre manuscrit analogue» plus correct et plus complet ^. Ce manuscrit avait probablement conservé le trait que nous venons de citer, et le poète italien n'a fait que le lui emprunter à son tour ^.

Un autre poème, i peu près contemporain de la Spagna^ nous offre au sujet d'Aymeri des récits curieux, mais assez éloignés des traditions françaises. Nous voulons parler d*un roman inédit, que M. Rajna a désigné sous le nom d'Amerigo di Nerbona ^, et qui, maigé ce titre, n'a presque rien de commun avec la chanson de notre trouvère. Ce texte paraît être un

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