‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 82 sur 235 · CXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXVI INTRODUCTION

rappellent que très vaguement les traits de leurs prétendus modèles. Les comparaisons que Ton a cherché a établir entre eux n^ont rien de décisif, et tout se borne en somme i une identité de noms. C^est peu en présence des graves difficultés que Ton rencontre, lorsqu^on étudie la question sous ses divers aspects.

Aymeri II, d'abord, n'a pas eu les caractères essentiels d'un personnage épique. Coimne beaucoup d'autres seigneurs de son temps, il a lutté contre les Sarrasins, mais il ne possède à son actif aucun exploit assez fameux pour le recommander paniculièrement à Tadmiration populaire. On ne peut donc admettre que son introduction dans Tépopée ait été un fait spontané. On est forcé de reconnaître qu'elle a été une œuvre réfléchie, une création tout artistique, due aux poètes du midi, car Aymeri II a été sans doute peu connu de ceux du nord. Il faut nécessairement voir là une influence exclusivement locale, et supposer, ainsi que Ta fait Fauriel, que des troubadours ont, dans un esprit de flatterie pour les seigneurs de Narbonne, associé au récit d^exploits légendaires les noms d' Aymeri et d'Hermengarde.

Or cette supposition soulève des objections fort sérieuses. Est-il vraisemblable qu^au xii« siècle, époque où la prise de Narbonne était sûrement Tobjet d*une tradition très répandue et très populaire, une invention due à quelques poètes de cour ait eu un succès si complet qu'elle se soit désormais intimement unie à cette tradition dans toutes les sources qui nous la présentent? D'un autre côté, les compositions dans les-

ATMEIU ET HERMENGARDE C&VII

quelles ces poites auraient chanté pour la première fois Aymeri eussent été certainement épiques. La poésie lyrique savante des troubadours provençaux n'a jamais été consacrée à la louange des héros légendaires; elle a été sans aucune influence sur Tépopée. Cette opinion suppose donc Tcxistence d^une épopée provençale ; elle admet comme résolue une question très contestable, i laquelle M. Meyer, dans ses /?echerches sur l'épopée française, a opposé de solides arguments ^

I. Bitliotkèque de VÉcoUdes Chartes , 6« férié, t. III, p. 44 et tuiv. — Cf. Romania^ t. I, p. 61 -6a ; Daurtl et Béton, Introd.» p. u; Fauriel, Origine de T épopée française^ dant la Repue des Deux Mondes, u VIU (i833), p. 167 ; Tabbé de la Rue, Essais historiques sur les bardes et les troupères normands^ t. II, p. 101 ; Jonckbioety CuiUawne d Orange, t. II, p. 189 et tuiv. ; G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 69, 79-91 ; Romania, t. IX, p. 37; Journal des Sapants, septembre 1886, p. 539- 542: Milà j Fontanals, De la poesia heroico-popular castellana, p. 455; L. Gautier, Ép. françaises, 2« édit., t. I, p. 139- 146, t. IV, p. 8-17; Nyrop, Den old/ranske Heltedigtning, p. 1 54-163; trad. iul., p. 148-157; P. Rajna, Le origini delV epopea francese^ p. 534-537. — Il est possible qu*à Torigine, à la fin du X* siècle ou au commencement du xi«, le midi de la France ait eu, comme le nord, des compositions épiques, mais ces poèmes sont tombés de bonne heure dans Toubli, et il est certain que l'épopée n'a point suivi dans les deux régions une marche parallèle. Ainsi , dans la seconde moitié du xii« siècle et au commencement du xui*, lorsque la littérature épique du nord était encore en plein épanouissement, le midi, sauf quelques chansons fondées sur des traditions locales, comme le roman de Tersin, n*avait plus que des chansons traduites du français, telles que le Ferabras, ou faites à Timitation de l'épopée française, telles que Daurtl et Béton. Ce milieu, on le voit, n'était guère favorable à la création et au développement d'une épopée originale.

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