‹ Aymeri de NarbonneChapitre 1 sur 244 · Aymeri de Narbonne · texte numérisé non relu

Aymeri de Narbonne

Publication proposée à la Société le 24 février 1876. Approuvée par le Conseil le 1 1 mai 1876 sur le rapport d'une commission composée de MM. L. Gautier, P. Meyer et G. Paris.

Commissaire responsable :

M. P. Meyer.

Tiré à cent exemplaires sur ce papier

INTRODUCTION

I. — LA CHANSON D AYMERI DE NARBONNE. — SA VALEUR LITTÉRAIRE. — TRAVAUX DONT ELLE A DEJA ÉTÉ l'objet.

ERS le commencement du xni*^ siècle, » écrit M. G. Paris en son Histoire poétique de ^]^:2^£^^ Chcirlemagnc \ « un clerc de Bar-su r- Aube , appelé Bertrand , composa deux chansons qu'on peut compter à bon droit parmi les meilleures de cette période, Girard de Vienne et Aimeri de

Narbonne De toutes les imitations des anciens

poèmes, la sienne est celle qui peut le plus dignement se placer auprès d'eux. »

Nous adoptons entièrement cette appréciation, et

II INTRODUCTION

nous n'hésitons pas à attribuer aux œuvres de notre trouvère champenois un rang des plus élevés dans la littérature du moyen âge. On y trouve des morceaux excellents qui peuvent figurer avec avantage parmi les productions les plus parfaites de notre vieille poésie, et qui offrent encore le caractère simple et grandiose de répopée primitive. Ces éloges, à la vérité, ne sauraient s'appliquer sans réserve aux compositions poétiques de notre auteur prises dans leur ensemble, et il s'en faut de beaucoup que tout y soit d'une valeur égale. Dans Aymeri de Narbonne, par exemple, le début est admirable; le désespoir de Charlemagne abandonné par ses chevaliers est peint en vers magnifiques, et il n'y a peut-être dans aucune poésie rien qui soit comparable à cet épisode. La fin de la chanson, au contraire, se traîne péniblement dans d'interminables lieux communs ^ Les plus beaux passages sont ceux où Bertrand a fait la moindre part à l'invention, où il s'est le mieux conformé aux traditions anciennes^ en suivant de près les chansons de gestes antérieures qui lui servaient de modèles. Son plus grand mérite est de nous avoir conservé comme un reflet de ces vieux poèmes aujourd'hui perdus. Toutefois, il a su imprimer à ses imitations un caractère personnel, et il y a fait preuve d'un vrai talent poétique.

I. Voy. le jugement porté sur la valeur littéraire de ce poème par M. L. Gautier, Epopées françaises, 2^ éd., t. IV, p. 236, et par iVI. Nyrop, Den oUfranske Heltedigtning, p. i35.

Grâce à ces qualités, il a d'assez bonne heure échappé à l'oubli, et ses ouvrages ont attiré l'attention des littérateurs et des savants, dès que l'étude du moyen âge a repris une juste faveur. La poésie moderne même s'en est plus d'une fois inspirée et leur a fait d'heureux emprunts. En 1811, Uiiland traduisit en vers allemands, avec autant de fidélité que d'élégance, l'épisode du premier entretien de Roland et d'Aude dans Girart de Vienne K Victor Hugo a puisé également dans cette dernière chanson, ainsi que dans Aymeri de Narbonnc, le sujet de deux fort belles pièces de sa Légende des siècles, le Mariage de Roland et Aymerillot, œuvres de haute valeur où il a fait revivre avec tant de succès l'esprit de notre antique épopée. Enfin, plus récemment, M. de Bornier a fait applaudir sur la scène française des vers qu'il a pris à peu près textuellement à Bertrand de Bar-su r-Aube -.

Les érudits se sont occupés aussi de Girarl de Vienne et à' Aymeri de Narbonne, et en ont fait Tob-

1. Roland und Aida (Altfran:^œsische Gcdichte). Voy. cet épisode dans l'édit. Tarbc, p, 1 20-1 23. — Uhland a étudie aussi Girart de Vienne dans ses recherches sur l'ancienne épopée française (Ueber das altfr.in:^(csisclie Epos, p. 6S--j3}.

Page 1