‹ Aymeri de NarbonneChapitre 125 sur 244 · EPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRULES CXCV · texte numérisé non relu

EPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRULES CXCV

leurs rapports réciproques. Nous pensons donc que l'histoire en question a pu réellement arriver à Constantinople ' ; on n'a fait sans doute qu'en amplifier et en exagérer les détails \ Mais rien n'empêche qu'elle soit devenue le sujet d'une composition épique. L'extrême similitude qui existe entre plusieurs des textes que nous avons passés en revue, entre Wace et Aymeri^ par exemple, semble prouver que notre épisode avait été déjà fixé autrement que par la tradition orale. Il est donc bien naturel de supposer l'existence d'un vieux poème qui aurait été la source plus ou moins éloignée des récits postérieurs. On a fait observer que ces récits sont dûs, pour la plupart, à de graves historiens, à des écrivains qui n'ont rien de populaire. Mais cette objection est peu embarrassante. Qui ne sait, en eflet, les nombreux emprunts que les chroniqueurs ont fait à la littérature épique? Pourquoi Berthold, Enenkel, Ebendorfl'er, n'auraient-ils pu agir à cet égard comme Aubri de Trois-Fontaines et tant d'autres encore ? Sans doute cette conjecture, pour prendre le caractère de la certitude, aurait besoin d'être appuyée sur des preuves plus précises, mais si elle n'est pas tout à fait assurée, elle est du

1. Probablement à une époque assez ancienne, antcrieuremenl aux croisades. Cf. G. Paris, Roniania, t. IX, p. 534, 53().

2. Suivant M. Paris, l'aventure des ters en métal précieux se serait renouvelée ù Rome au commencement du siècle dernier. Des ambassadeurs polonais auraient réellement, pour éblouir les Romains, fait terrer d'argent leurs chevaux, et auraient eu soin que les fers se détachassent, ahn qu'on vît qu'ils ne les ramassaient point (ïbid., p. 540, noie).

CXCVI INTRODUCTION

moins fort vraisemblable. Nous n'oserions cependant prétendre que tous nos textes sans exception se rattachent à la même origine. En même temps que la légende était jetée dans le moule épique, elle a pu se conserver indépendamment sous une forme différente. Quelle était cette forme et quelle a été son influence sur les divers récits que nous avons étudiés? C'est là un problème que l'état actuel de nos connaissances ne nous permet pas de résoudre. Il n'a d'ailleurs pour nous qu'un intérêt secondaire, car Aymeri de Narbonne, dont nous nous occupons spécialement, nous paraît être en dehors de la question. L'épisode de cette chanson doit dériver assez directement de l'ancien poème. « L'auteur », concluerons-nous avec M. G. Paris \ « a tout simplement accueilli une aventure qu'on chantait en France avant lui », et lui a donné place dans son œuvre, où elle se rattache très bien à l'action principale, et arrive fort à propos pour ajouter au récit un nouvel attrait.

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