‹ Aymeri de NarbonneChapitre 124 sur 244 · Peut-être Marbourgf · texte numérisé non relu

Peut-être Marbourgf

3. G. Paris, /. cit., p. 543; Weber, Metrical Romances, t. II, V. 1469 et suiv., iSSg et suiv. — On remarquera ici l'emploi de vaisselle de bois à défaut de combustible; cet expédient, bien qu'il paraisse assez naturel, ne se retrouve que dans Aymeri et dans l'anecdote attribuée au duc Geert de Holstein. C'est aux noix qu'on a eu le plus généralement recours, mais nous avons vu aussi dans la saga de Harald utiliser de vieux navires et des cordages de cuir. L'auteur du poème de Richard fait seul mention de raisins et de figues; il s'agit vraisemblablement de fruits secs, car l'idée de faire du feu avec des raisins frais serait trop absurde.

4. La première édition de ce roman a paru à Augsbourg en ibog. Les sources n'en ont pas encore été bien déterminées jusqu'ici. Gœrres, en s'appuyant sur diverses allusions historiques qui

ÉPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRULhS CXCI

sonnage purement imaginaire cette histoire que nous avons vu mettre jusqu^ici sur le compte de divers personnages historiques. Il rapporte qu'Andalosia, un des fils de Fortunatus, se trouvant à Londres, invita à un somptueux repas le roi, la reine et sa fille. Le souverain, mécontent du faste déployé par cet étranger, résolut de l'humilier un peu : il fit défendre dans la ville, sous des peines sévères, de lui vendre du bois brut ou travaillé. Alors Andalosia fit acheter des clous de girofle, des noix muscades et autres épices; on y mit le feu, et l'on s'en servit pour faire cuire le repas K On voit combien les différentes versions de ce conte

y sont contenues, pense qu'il a du être composé originairement en Bretagne, vers Tannée 1440. 11 aurait été ensuite imité ou traduit en Espagne, et c'est de la version espagnole que dériverait le texte allemand. Quant à la source du texte primitif, Gœrres croit la trouver dans lesG^5/(2 i?omano;«w; il suppose aussi que les récits de voyages de Mandeville n'ont pas été sans influence {Die teutschen Volksbùcher^ Heidelbcrg, 1807, p. 73-82). Grœsse rapproche l'histoire de Fortunatus de plusieurs contes orientaux ; il en conclut que ce roman a dû être écrit sous l'influence d'idées introduites en Europe à la suite des croisades, mais il le regarde d'autre part comme assez récent, car la chevalerie y est représentée à son dernier degré de décadence. D'accord avec Gœrres, il en fixe la date à l'année 1440 environ. La source lui paraît être, soit l'un des chapitres des Gesta Romanorum \m'n6 par le poète anglais Chaucer, soit un ancien fabliau français cité par Sinner {Cat . coJ. mss. Bibl. Bcrn., t. 111, p. 38()). 11 semble donner la préférence à ce dernier texte {Die grosse» Sagenkreise des Mittelalievs, p. i9i-3).

I. G. Paris, /. cit., p. 543. — (^cl épisode est ù la p. 2 3 de l'cdit. française de V Histoire des Jils de Fortunatus, publiée dans la Bibliotheque bleue en 1773.

CXCII INTRODUCTION

oifrent de similitude entre elles. Répandues dans les contrées les plus éloignées, en France, en Normandie, en Norvège, en Bavière, en Autriche, en Angleterre \ elles ont pu être modifiées ou altérées dans certains détails; mais leur fond reste toujours le même, et l'on est forcé de leur reconnaître une origine commune. M. G. Paris, ainsi que nous l'avons vu, a émis l'opinion que leur source devait être un

1. Fauriel s'appuyait sur le passage cité plus haut de la chronique de Geoffroi du Vigeois, pour démontrer l'origine méridionale de la chanson d'Aymeri de Narbonne. « Ces luttes de fierté, d'orgueil et d'ostentation de magnificence, étaient, » disait-il, « dans les mœurs provençales », et l'épisode d''Aymeri lui semblait être « la paraphrase pure et simple » de l'aventure racontée par le prieur du Vigeois {Histoire de la poésie provençale^ t. II, p. 412 et 414). M. Dozy, au contraire, a invoqué le récit de la Chronique de Normandie, publiée au t. XI du Recueil des historiens de la France (voy. ci-dessus), pour prouver l'origine nov ma.nde d'Aymeri {Recherches sur l'histoire et la littérature de l'Espagne pendant le moyen dge, 2' éd. (Leyde, 1860), t. II, append., p. xcviii). Déjà auparavant, l'abbé de la Rue, dans ses Essais historiques sur les bardes et les trouvères normands et anglo-normands (Gaen, 1834, t. II, p. 101-2), s'était servi du même argument pour réfuter les idées de Fauriel. « La noble fierté des ambassadeurs d'Aymeri de Narbonne à la cour du roi des Lombards », loin d'être un trait de mœurs provençales, n'était, suivant lui, qu'une « imitation de la conduite que le duc Robert le Magnifique tint à Rome (sic) en 1034. » Ces opinions ne peuvent plus se soutenir, en présence des nombreux exemples que M. Paris a donnés du conte des noix et des manteaux, exemples qui appartiennent à des régions absolument diflérentes; on n'est nullement autorisé à le considérer comme étant exclusivement d'origine provençale ou normande, puisque la Norvège, la Bavière et l'Autriche, peuvent tout aussi bien le revendiquer (cf. L. Gautier, Ep. françaises, 2^ éd., p. 97, 235).

ÉPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRÛLÉS CXCIll

ancien poème français, qui a pu, comme tant d'autres, franchir les limites de son pays d'origine et être connu des peuples voisins '. M. Grœber, d'autre part, dans une note publiée dans la Zeitschrift fiïr romanische Philologie % a combattu ces conclusions et donné à la question une solution toute différente. Les aventures racontées dans les textes que nous venons d'énumérer auraient, suivant lui, une base historique; elles se seraient passées réellement à Constantinople et auraient eu pour héros les ambassadeurs de quelque pays d'Occident. Elles ont fait depuis dans cette ville le thème de récits fort répandus et fréquemment répétés; le nom des véritables acteurs a fini par tomber dans Toubli, et on leur a substitué des personnages célèbres à divers titres qui ont visité plus tard Constantinople. Ces anecdotes, enfin, ont été rapportées en Occident par des pèlerins ou par des croisés \ puis on a perdu le souvenir du lieu oii le récit primitif avait pris naissance, et l'on a détaché l'un ou l'autre des traits qui composaient ce récit pour rappliquer à des personnalités populaires. Rien de plus fréquent, du reste, à toutes les époques, que de voir rattacher à des personnages connus certaines anecdotes de provenance fort variées. Il n'est

3. Sur le rôle considérable joue par rtMiipifc byzaniin dans la transmission des contes d'Orient en Occident, cl. G. Paris, Romania, t. IV, p. 478 (compte-rendu des Notices sur les saf^.is Je Maçons et de Geiravd, par V. A. Wiilll, Lund, iSy.j}.

CXCIV INTRODUCTION

pas indispensable, suivant M. Grœber, de faire intervenir un ancien poème épique pour expliquer la grande vulgarisation de la légende que nous avons étudiée ; en effet, sauf Apnej^i de Narbonne et le roman assez récent de Fortunatus \ presque tous les textes qui la contiennent sont des textes historiques, dont les auteurs ont été des lettrés. Cette légende, en somme, n'a jamais été populaire que dans les classes instruites, et fon n'en trouve pas d'analogue dans la vieille épopée française ; le Pèlerinage de Charlemagne^ qui offre le plus de traits de ressemblance, est une conception plus rude et plus grossière sous tous les rapports.

Telle est l'opinion de M. Grœber. Nous ne saurions, quant à nous, partager cet avis. Il est possible, à la vérité, que l'anecdote des fers d'or, des noix et des manteaux tire son origine d'un fait historique 2, bien qu'elle paraisse à première vue peu vraisemblable. L'orgueil et le faste attribués aux pèlerins ou aux ambassadeurs dans les diverses formes du récit, les susceptibilités ombrageuses de leur hôte, les ruses employées par celui-ci à l'égard de ses visiteurs, qui en triomphent seulement à force de largesses, tous ces traits d'adresse et de vanité sont bien conformes à l'esprit qui animait les Grecs et les Occidentaux dans

1. On peut ajouter le poème anglais de Richard Cœur de Lion, qui présente, dans la partie que nous avons citée, un caractère absolument légendaire.

2. Nous devons taire observer toutefois qu'on ne rencontre aucune allusion aune semblable anecdote dans les chroniqueurs byzantins.

Page 1