ALLUSIONS A DIVERSES CHANSONS DE GESTE CCXIX
Ces deux morceaux, comme on voit, ont entre eux un grand rapport, dans le fond aussi bien que dans la forme '. Les situations sont les mêmes, et elles sont présentées de part et d'autre dans des termes analogues. Il nous paraît donc très vraisemblable que Fauteur d'Aymeri s'est inspiré ici de Renaud de Montauban ^
Notre poème, dans un autre passage, n'est pas sans ressemblance avec Ogier le Danois; nous voulons parler des vers où Gharlemagne, abandonné de ses chevaliers, déplore la perte de Roland :
« Biaus niés, » dist Charles, « com mar vos vi fincr!... a Se fussiez vis, très bien le sai de fi,
1. La description des noces de Renaud et de la sœur du roi Yoii, dans Renaud de Montauban ^ présente aussi quelque analogie avec le re'cii des fctes données pour le mariage d'Aymeri de Narbonnc :
Li rois Yus de Gascoigiic l'a au mostier inencc,
Kcnaus, li fix Aymon, l'a prise et esposcc ;
Li veskes de Bordiaus a la messe cantéc...
Molt furent grans les noces en la sale pavée...
.VIII. jors ior a duré cestc fostc honorée.
(Éd. Micliclant, p. 114; cf. Aymcri, v. 44.23 et suiv., 4 v8S, etc. )
2. Bertrand semble avoir fait aussi, dans Giravt de Vienne^ un autre emprunt à un fort beau passage de Renaud de Montauban (G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 328). Ces imitations, du reste, ne sont pas très rares dans les chansons de geste; ainsi la belle scène entre Charles et Galiennc que la Cionica (gênerai de Espaha nous a conservée, et qui se trouvait sans doute dans une version aujourd'hui perdue de la chanson de Mainet, a été visiblement imitée dans d'autres poèmes, par exemple dans Jourdain de Blaives {\ . 1682 et suiv.). Voy. Hist. poétique de Charlcmas^nc, p. 2.3g; cf. Milâ y Fontanals, De la poesia hcràico-popular castellana, p. '^3i-3.
CCXX INTRODUCTION
« Ne remeinsist mie Nerbone ainsi. »
Dans Ogier, Charlemagne exprime les mêmes regrets :
« E Rollant niés! com grant descovenue! « Se fussie's chi, chou est chose seue, ■< A cest paien qui M cors Diu destruie .< Eussiés tost l'arme del cors tolue! »
(Éd. Barrois, v. io342-5.)
On pourrait citer encore dans Aymeri, certaines expressions, et jusqu'à des vers entiers, qui se retrouvent dans d'autres poèmes, mais ce sont en général des formules stéréotypées, des clichés du langage épique, qui sont reproduits un peu partout, et n'offrent, par conséquent, aucune importance. Tel est le vers 969 :
L'eve demendent, au mengier sont assis,
qui existe aussi dans Garin le Lorraine De même, les vers 4120-4122 :
Lors veissiez fier estor esbaudi, Tant hante frète et tant escu croissi, Et tant hauberc desrout et desarti,
se rencontrent, avec de légères variantes, dans Raoul de Cambrai (v. 3471-3), et plusieurs fois dans les Lorrains (Mort de Garin, p. 186, 217, 237; Girbert, dans les Roman. Stud.., t. I, p. 377 ^). Rien de
1. Cité par M. Godefroy dans son Dict. de l'ancienne langue française, v" aiguë.