CCXXXIV INTRODUCTION
de la Grasse ^ en vue de donner à son monastère une origine illustre. Les détails minutieux que Ton y rencontre à chaque instant sur cette abbaye, ses privilèges et ses reliques, ne laissent aucun doute à l'égard de cette attribution. L'objet principal du roman est la fondation du monastère de la Grasse par Charlemagne; à ce thème s'ajoutent d'interminables luttes contre les Sarrasins qui finissent par être vaincus et forcés de livrer Narbonne. L'auteur a emprunté seulement quelques données à la tradition des poèmes français, puis il a brodé sur le tout des aventures purement imaginaires, mêlées de longs et fastidieux récits de combats. Nous allons essayer de discerner au milieu de cet amas confus d'inventions insipides les éléments qui semblent présenter le plus de relations avec notre chanson d'Aymeri.
Nous nous plaçons au moment où Charlemagne,
I. Cet auteur a attribué son récit à un prétendu Philomena qui aurait été secrétaire de Charlemagne. De là vient le titre sous lequel ce roman est habituellement désigné. — Sur la date du Phi' lomena, cf. P. Meyer, Recherches sur l'épopée française, Bibl. de VÉc. des Chartes, 6* série, t. III, p. 48, 56; L. Gautier, Ép. fran^ çaises, 2« éd., t. I, p. i38. Nous pensons que cet ouvrage a été écrit vers le milieu du xni* siècle plutôt qu'au commencement. En effet, ainsi que nons allons le voir, la geste d'Aymeri y est constituée comme dans les poèmes français les plus récents. Suivant M. G. Paris, la traduction latine du Philomena, qui a été publiée par Giampi sous le litre de : De gestis Caroli Magni ad Carcassonam et Narbonam (Florence, i823), ne saurait être postérieure à Tannée i255 {Hist. poétique de Charlemagne, p. 89). Rien n'empêche de supposer qu'elle a été exécutée peu de temps après la composition de l'original.