‹ Aymeri de NarbonneChapitre 182 sur 244 · LES VERSIONS EN PROSE CCÎJX · texte numérisé non relu

LES VERSIONS EN PROSE CCÎJX

ci est immédiatement massacré par eux. (v°) A cette vue, les chevaliers se précipitent sur la bande ennemie et parviennent à la disperser. Ils arrivent à Pavie un jeudi et rencontrent Boniface, qui se promenait dans les environs de la ville. Le monarque s'efiraie à l'aspect de leur équipement guerrier ; il croit avoir affaire h des Allemands et rentre précipitamment dans les murs de sa capitale. Une semblable conduite remplit les Français d'étonnement. Girart de Roussillon vient jusqu'à la porte de la ville et cherche à se la faire ouvrir. (Fol. 14 r») Le gardien y consent, mais à la condition que les chevaliers laisseront leurs armes à la porte. Ceux-ci exécutent h contrecœur cette prescription; Girart ne peut même s'empêcher d'en manifester son mécontentement ; Hugues de Berry, plus prudent, l'engage à la patience.

Le roi Boniface, qui était alors monté sur le portail, leur demande qui ils sont et quel est le but de leur voyage. Girart de Roussillon lui répond qu'il ne peut le lui faire savoir pour le moment et se contente de lui dire que, lui et ses compagnons, viennent de la part d'Aymeri de Narbonne. Boniface les invite à dîner, mais Hugues de Berry refuse pour le soir et n'accepte que pour le lendemain, (v) Les messagers vont ensuite se loger dans la ville. Le roi, indigné de ce refus, ordonne à tous les gens de métier de vendre leurs denrées hors de prix aux Français. (Fol. i5 r") Les cuisiniers de ces derniers, qui sont allés aux provisions, s'en retournent sans rien acheter, et s'en plaignent aux maîtres d'hôtel ; ceux-ci s'informent près de leur hôte si c'est une coutume dans Pavie de vendre les denrées aussi cher aux étrangers. « Oui, » répond l'hôte, « et quand même vous vous plaindriez à la justice, il n'en saurait être autrement. » Sur cette réponse, l'un des maîtres d'hôtel s'en va raconter le fait à Hugues et à Girart, qui se réunissent avec Amaury de Mclans, Sanse, Richcr et deux ou trois autres, afin de délibérer sur la conduite à tenir en la circonstance. Hugues prend la parole et les invite à faire « une chose qu'oncques telle ne firent messagiers de prince et dont il sera faictc

CCLX INTRODUCTION

mémoire jusques a long temps. » Tous donnent leur assentiment. Girart de Roussillon propose, à son tour, de faire acheter des vivres à quelque prix que ce soit, et en si grande quantité que tous ceux qui le voudront pourront venir souper gratuitement avec eux. (v°) Un héraut est chargé de proclamer cette résolution par toute la ville : trois mille personnes environ se présentent pour dîner.

Les maîtres d'hôtel ont acheté des vivres en abondance, mais il faut du bois pour les faire cuire et les bûches sont hors de prix. Les valets renouvellent leurs plaintes à Hugues et à Girart. Après avoir pris conseil, les deux chevaliers font crier dans la cité que tous ceux qui ont des hanaps ou autres objets en bois à vendre, aient à les apporter aux Français qui les leur paieront ce qu'ils voudront. Les bourgeois et les marchands leur apportent à l'envi des hanaps, des tables et des coffres, qui leur servent à faire du feu pour préparer leurs aliments.

Boniface entend de son palais le premier ban proclamé sur l'ordre des Français « pour tout le monde semondre à souper », et en éprouve un vif étonnement. (Foi. 16 r*^) « Quel est, » dit-il, « cet Aymeri dont les messagers font de pareilles largesses? » Un chevalier qui connaît Aymeri et sa lignée lui fait un grand éloge de son courage et de ses vertus. « C'est ce jeune homme, » dit-il, « qui a accepté la ville de Narbonne quand tous les autres chevaliers refusaient de la prendre. Il est issu de la noble famille de Garin de Montglane, et jouit d'un grand crédit auprès de l'empereur. » (v") Hermengarde, entendant ainsi vanter les belles qualités d'Aymeri, en devient éprise, et fait secrètement au chevalier la révélation de son amour. Elle pense que les messagers sont venus pour la demander en mariage et recommande à son confident de se rendre auprès de leur hôtel pour s'enquérir de tout ce qui se passera de nouveau. (Fol. 17 r») Celui-ci revient bientôt apprendre à Hermengarde le second ban publié par les Français pour se procurer du bois. La princesse, pour leur venir en aide, leur envoie

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