LA LEGENDE D AYMERI EN ESPAGNE CCCXXIII
désastre, on lui annonce qu'une flotte se dirige vers Narbonne à toutes voiles. Un esquif se détache de cette flotte et amène à terre un chevalier qui vient annoncer au roi de Gordoue la visite de Delphina « prohijada del de Tremezen. » Le monarque répond qu'elle peut aborder en toute sécurité. Delphina se présente, et lui déclare qu'elle arrive pour lui porter secours. Le lendemain, les Maures livrent un nouvel assaut à Narbonne. Delphina y entre la première, et Magtano y est proclamé roi. Les habitants font grande fête à Delphina, mais tout à coup on donne l'alarme. C'est don Zinofre qui approche à la tête de l'armée de Charlemagne. Delphina sollicite une entrevue avec l'empereur; admise en sa présence, elle lui conseille de s'éloigner de la ville, car elle est gardée par des forces considérables, et il perdra son temps à l'attaquer. Charles persiste néanmoins à y mettre le siège. Un jour, deux chevaliers inconnus vont le trouver, et lui demandent du secours de la part des Tarragonais, exposés aux attaques des rois de Tolède, de Fraga et de Ségorbe, qui menacent de les tailler en pièces et de se joindre ensuite au roi de Cordoue. L'empereur leur envoie quarante-deux mille hommes et huit capitaines sous le commandement de don Zinofre, qui bat complètement les ennemis près d'Urgel. L'armée victorieuse retourne ensuite à Narbonne. La ville tombe au pouvoir des chrétiens ^, mais les Maures la brûlent avant de se
I. Barellas, dans une chronologie placée en Icie de son livre.
CCCXXIV INTRODUCTION
rendre, et le roi de Gordoue, ainsi que Magtano, s'enfuient la nuit par mer ^
L'examen le plus superficiel suffit à faire reconnaître combien ce récit a d'analogie avec celui de Lucas Marineo. Il offre en commun avec lui le nom de Magtano, la mention des rois de Tolède, de Fraga et de Ségorbe, et enfin, la déroute des païens à Urgel. Nul doute qu'il n'ait eu une même source. A ces éléments l'auteur a ajouté une foule de détails confus, bizarres, incohérents et absurdes, dont l'origine nous est inconnue, et qui ne sont peut-être que le fruit de son imagination ^,