‹ Aymeri de NarbonneChapitre 46 sur 244 · LXXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXVIII INTRODUCTION

prétend que la chanson de Beuve d'Hantone a dû être composée « environ les années mil cent trente ou quarante, sous le reigne de Louis le Jeune, auquel on ne parloit que de voyages d'outremer et des croisades, qui sont si souvent rebatues en ce roman. » L'auteur lui paraît avoir vécu à la cour « d'Henry le Large, comte de Champagne, de quoy on sera entière-

due cette notice, nous donne sur le manuscrit de précieux renseignements. II l'avait trouve, nous dit-il, « en l'une des plus anciennes librairies de la ville de Reims en Champagne, où il estoit si peu coneu par la difficulté qu'il y a d'en déchiffrer le caractère que ceux qui y avoient travaillé, n'y ayans rien seu comprendre, avoient escrit ces mots en la première page du livre : Vieux Romani. Qjd potest capere, capiat. y> Nous n'avons pu découvrir le nom de cet érudit. Il était probablement rémois; on pourrait déjà le supposer d'après le détail qu'il nous fait connaître sur l'origine du manuscrit de Beuve d'Hantone, mais il se sert en un autre endroit de termes encore plus décisifs. A la suite de la chanson de Beuve, il a ajouté un fragment du roman de Judas Machabée, copié de sa main et pris, dit-il, « d'un vieux parchemin en cette ville de Reims. » (Lambert, Catalogue des manuscrits de Carpentras, t. I, p. 242, 243.) Cette expression nous semble indiquer très nettement son pays. Au commencement de sa notice, il parle des « longs et durs loisirs » que sa mauvaise fortune lui a faits. Parmi les savants qui vivaient à Reims au xvii^ siècle, nous ne savons auquel cette particularité pourrait s'appliquer. Quel que soit du reste notre anonyme, il a montré dans son commentaire un esprit fort judicieux. Comme le président Fauchet, qu'il cite plusieurs fois, il a su comprendre la valeur des chansons de geste et le parti qu'on peut en tirer pour l'éclaircissement « des mœurs et coustumes de nos anciens pères. » Ailleurs, il se plaint avec raison de « ceux qui ont mis en prose les romans que nos anciens trouvères avoient composés en rythme, puisqu'il est très certain qu'il les ont entièrement corrompus, en ont osté toutes les grâces et causé la perle de la plus grande partie de leurs ouvrages. »

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