Jbid., t. Il, preuves, col. 564, t. 111, pr., col
3. On connaît aussi à Aymeri II, une autre lille, née probablement de sa seconde femme et appelée Krmesinde comme elle {Ilisl. générale de Languedoc, t. II, p. 41 5).
CXVI INTRODUCTION
rappellent que très vaguement les traits de leurs prétendus modèles. Les comparaisons que Ton a cherché a établir entre eux n'ont rien de décisif, et tout se borne en somme à une identité de noms. C'est peu en présence des graves difficultés que Ton rencontre, lorsqu'on étudie la question sous ses divers aspects.
Aymeri II, d'abord, n'a pas eu les caractères essentiels d'un personnage épique. Gomme beaucoup d'autres seigneurs de son temps, il a lutté contre les Sarrasins, mais il ne possède à son actif aucun exploit assez fameux pour le recommander particulièrement à l'admiration populaire. On ne peut donc admettre que son introduction dans l'épopée ait été un fait spontané. On est forcé de reconnaître qu'elle a été une œuvre réfléchie, une création tout artistique, due aux poètes du midi, car Aymeri lia été sans doute peu connu de ceux du nord. Il faut nécessairement voir là une influence exclusivement locale, et supposer, ainsi que l'a fait Fauriel, que des troubadours ont, dans un esprit de flatterie pour les seigneurs de Narbonne, associé au récit d'exploits légendaires les noms d' Aymeri et d'Hermengarde.
Or cette supposition soulève des objections fort sérieuses. Est-il vraisemblable qu'au xii^ siècle, époque où la prise de Narbonne était sûrement l'objet d'une tradition très répandue et très populaire, une invention due à quelques poètes de cour ait eu un succès si complet qu'elle se soit désormais intimement unie à cette tradition dans toutes les sources qui nous la présentent? D'un autre côté, les compositions dans les-
AYMERl ET HERMENGARDE CXVII
quelles ces poètes auraient chanté pour la première fois Aymeri eussent été certainement épiques. La poésie lyrique savante des troubadours provençaux n'a jamais été consacrée à la louange des héros légendaires; elle a été sans aucune influence sur Tépopée. Cette opinion suppose donc l'existence d'une épopée provençale ; elle admet comme résolue une question très contestable, à laquelle M. Meyer, dans ses Recherches sur l'épopée française, a opposé de solides arguments ^
I. Bibliothèque de l'École des Chartes^ 6^ série, t. III, p. 44 et suiv. — Cf. Romania, t. I, p. 61-62; Daurel et Béton, Introd., p. Li; Fauriel, Origine de Vépopée française^ dans Xd. Revue des Deux Mondes, t. VIII Ci832), p. 167; l'abbé de la Rue, Essais historiques sur les bardes et les trouvères normands, t. II, p. loi ; Jonckbloet, Guillaume d'Orange, t. II, p. 189 et suiv. ; G. Paris, Histoire poétique de Cliarlemagne, p. 69, 79-9'» Romania, t. IX, p. 37; Journal des Savants, septembre 1886, p. 539- 542 : Milâ y Fontanals, De la poesia lierâico-popular castcllana, p. 453; L. Gautier, Ep. françaises, 2« cdit., t. I, p. 129- 146, t. IV, p. 8-17; Nyrop, Den oldfranskc Heltedigtning, p. 1 54-1 63; trad. ital., p. 148-157; P. Rajna, Le origini dcll' epopea francese^ p. 534-537. — II est possible qu'à l'origine, à la fin du x» siècle ou au commencement du xi*^, le midi de la France ait eu, comme le nord, des compositions épiques, mais ces poèmes sont tombés de bonne heure dans l'oubli, et il est certain que l'épopée n'a point suivi dans les deux réi;ions une maiclie parallèle. Ainsi, dans la seconde moitié du xn^ siècle et au commencement du xm<', lorsque la littérature épique du nord était encore en plein épanouissement, le midi, saut' quelques chansons fondées sur des traditions locales, comme le roman Je Tcrsin, n'avait plus que des chansons traduites du français, telles que le Ecrabras, ou faites à l'imitation de l'épopée française, telles que Daurel et IkUon. Ce milieu, on le voit, n'ctaii guère favorable à la création et au développement d'une épopée originale.