CXXXII INTRODUCTION
7jîeut Looys, comme dans le Charroi de Nîmes et dans le Covenant Vivien, on le voit sans cesse partager les exploits de Guillaume, son oncle ^. Aymeri a été considéré ensuite comme le chef de toute cette famille épique ^. Ce raccord, comme nous savons, est déjà effectué dans la chanson du Pèlerinage. Plus tard enfin, au commencement du xiii^ siècle, lorsque l'élément généalogique prit une place de plus en plus considérable dans l'épopée, on fit rentrer la famille d'Aymeri dans la geste de Garin de Montglane. Hernaut de Beaulande, père d' Aymeri, est alors représenté comme le fils de Garin et le frère de Girart de Vienne, de Renier de Gennes et de Milon de Fouille,
1. Bertrand est donné partout comme le fils de Bernard de Brébant. Un autre neveu de Guillaume, Guielin, paraît aussi avec Bertrand dans le Couronnement Looys, dans AliscanSy dans la Prise d'Orange et dans le Charroi de Nîmes. Cette dernière chanson en fait un frère de Bertrand (v. 597). Il ne faut pas le confondre avec Guibelin, le Wibelinus du Fragment de La Haie, qui est frère et non neveu de Guillaume.
2. M. G. Paris pense qu'Aymeri a été rattaché à cette lignée avant Guillaume d'Orange (Romania, t. IX, p. 39). M. G. Hofmann, au contraire, regarde l'introduction d' Aymeri comme plus récente {Ueber das Ilaager Fragment, p. 339). Quoi qu'il en soit, les deux faits ont dû se succéder à peu d'intervalle. — Le père de saint Guillaume de Gellone, qui a été le type principal du Guillaume de la légende, s'appelait Theodoricus (voy. Épop. françaises. 2' éd., t. IV, p. 77), M. P. Paris {Manuscrits français de la Bibliothèque du Roi, t. III, p. i23) a prétendu qu'il avait pu y avoir confusion, par suite d'erreurs de copistes, entre ce nom de Theodoricus et celui d'Aimericus, mais M. Jonckbloet a fort bien démontré que ces deux noms n'ont pas de rapport et n'ont pu être substitués l'un à Vauut {Guillaume d'Orange, l. II, p.i63 et suiv.).
AYMERl ET HERMENGARDE CXXXllI
qui lui étaient primitivement étrangers. Les poèmes de Girart de Vienne et d'Aymeri de Narbonne nous montrent déjà cette transformation accomplie, et il est probable qu'elle est l'œuvre de leur auteur, Bertrand de Bar-sur-Aube K
Les chansons ultérieures ont encore développé la même tendance; on a reculé les limites des généalogies, on a cherché de nouveaux ancêtres et ménagé des transitions entre les divers cycles. On a donné, par exemple, pour père à Garin de Montglanc un duc Aymeri d'Aquitaine ^. Puis, lorsque la matière commença à s'épuiser, lorsque « les gestes vindrent a de- « cliner », comme dit l'auteur de la Mort d'Aytneri, on tâcha de « renouveler la geste ^ », et l'on eut recours dans ce but à des fictions dépourvues de tout caractère traditionnel. La légende d'Aymeri était dès lors à son déclin \ après avoir jeté un certain éclat, elle devait bientôt disparaître de la poésie pour ne plus revivre que dans les médiocres romans en prose des compilateurs du xv^ siècle.
1. G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 80. — La chanson d'Elie de Saint-Gille, quoique peu ancienne, ne connaît pas les trois frères d'Hernaut de Beaulande (G. Raynaud, hlic Je Saiut-Gille, Introd., p. xxi).
2. Dans la chanson de Gai in de Montglane (ms. de la Uibl. nat. ïr. 24403, V. 34 et suiv.). — Cet Aymeii aurait eu trois lils, dont Garin était l'aîné, La clianson plus rccenle des I\iifantcs (iarin remplace Aymeri par Savari d'Aquitaine {l'Jyop. françaises. 2« éd., t. I\^ p. loS).