Le siège de Narbonne
Le siècle de Narbonne est l'un des éléments historiques les plus importants de notre poème. Exposée par sa situation aux premières attaques des Sarrasins, cette ville eut beaucoup à souffrir de leurs invasions dans le midi de la France, et tomba d'assez bonne heure en leur pouvoir. Après être restée près de quarante ans sous leur domination, elle fut reprise par Pépin à la suite d'un long siège. La légende n'est ici qu'un fidèle écho de l'histoire.
Il n'est pas inutile de passer en revue les diverses phases de ces luttes dont Narbonne fut le théâtre, car elles ont peut-être toutes concouru, dans une plus ou moins grande mesure, à la formation de la tradition poétique.
Vers la fin de l'année 719 ou au commencement de l'année suivante, El-Samah (le Zama ou Sema des historiens chrétiens), gouverneur de l'Espagne sous le califat d'Omar II, vint s'emparer de Narbonne, en massacra les principaux habitants, et emmena les femmes et les enfants prisonniers en Espagne. Il y mit ensuite une forte garnison sous le commandement d'Ibn-Aumar, l'un de ses généraux, et poursuivit ses conquêtes dans le reste de la Septimanie \ Il s'avança
I. «Sema, rex Sarracenorum, post vitii anno quam in Spaniam ingressi sunt Sarraceni, Narbonam obsidet, obsessamque capit, viiosque civitatis illius gladio perimi jussit, mulieres vero vel parvulos capiivos in Spaniam ducunt. » Annales d'Aniane, Pcrtz,