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LE SIEGE DE NARBONNE CXLI

par les chroniqueurs chrétiens, et ne méritent, par conséquent, qu'une confiance fort Hmitée '.

Depuis la bataille de Villedaigne, les Sarrasins n'ont pu réussir à reprendre Narbonne, mais ils semblent avoir fait dans cette intention d'assez fréquentes tentatives. Dans rété de 80 1 , Zade, gouverneur de Barcelone, franchit les Pyrénées et se porta vers Narbonne, où il fut fait prisonnier, si Ton en croit l'un des historiens de Louis le Pieux ^. Enfin, dans les derniers jours de l'année 1018 ou au commencement de Tannée suivante, les Sarrasins de Cordoue et de l'Andalousie vinrent débarquer près de Narbonne et s'efforcèrent de la surprendre, mais ils trouvèrent une vigoureuse résistance de la part des habitants et furent contraints d'abandonner leur entreprise ^.

Telles sont les données principales que nous fournit rhistoire sur les différents sièges que Narbonne eut à subir. Nul doute qu'il ne faille y chercher l'origine

1. Rcinaud, Invasions des Sarrasins en France, ip. 104; Goiule, Ilistoria de la dominacion de los Arabes en Espana, t. I. p. 22b ; Jlist. de Languedoc, nouvelle éd., t. II, p. 558, note. Rode'ric Ximenès, archevêque de Tolède, dans son Ilistoria Arabuni (ch. XIX), rapporte la prise de Narbonne. conformément aux sources arabes (Recueil des liistot iens de la France, t. V, p, 74, note).

2. « Zaddo, dux Barcinonensis, suasus est a quodani sibi, ut putabat, amico Narbonam usque procedere. Qui comprehcnsus Ludovico régi est adductus, » Vita Ludovici PU, par l'Astronome, Rec. des historiens de la France, t, V, p. yi ; Pertz, Script., t. II. p. G12. Cf. L. Clarus. IIcr:;og Willwhn von A.juitanien. p. 2S.

3. Chronique d'y\dhémar, Rcc. des historiens Je la Fiance, t. X, p. i55. Voy. Vllist. de Lanfjuedoc, i'*éd., t. 11, p. i5o; Reinaud, Invasions des Sarrasins en France, p. 2-:o.

CXLII INTRODUCTION

de la tradition légendaire. Il est probable que les deux sièges entrepris par Charles Martel et Pépin sont ceux qui ont laissé le plus de traces dans Timagination populaire, le dernier surtout qui a été suivi de la conquête définitive de la ville. Par un phénomène fréquent dans l'épopée, la grande renommée de Charlemagne a éclipsé celle de ses prédécesseurs, et la prise de Narbonne a été regardée comme son oeuvre .

Il ne faut pas demander à des récits poétiques un rapport trop précis avec les faits qui les ont inspirés. Pourtant, une comparaison attentive montre dans nos chansons de geste comme un reflet assez exact de l'histoire, en ce qui concerne les événements accomplis à Narbonne. Nous avons vu que cette cité, après être retombée sous la domination des chrétiens, eut encore à supporter plusieurs attaques importantes; or, dans notre épopée, la vie d'Aymeri se passe à lutter contre les Sarrasins qui lui disputent sa conquête, et qui reviennent plusieurs fois sous les murs de la ville (Aymeri de Narbonne ^ Enfances Guillaume^ Siège de Narbonne, etc.). D'autre part, la dernière défaite des infidèles, dans notre chanson d'Aymeri, et la fuite précipitée de leurs chefs qui regagnent en toute hâte leurs vaisseaux (v. 4336 et suiv.), rappelle un peu dans certains détails la victoire remportée par Charles Martel près de l'embouchure de la Berre ^.

1. Nous allons voir toutefois que l'occupation de Narbonne est attribuée à Charles Martel dans Girart de RoussUlon.

2. Voy. en particulier le récit du continuateur de Frédégaire que nous citons plus haut.

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