‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 10 sur 149 · Annuaire du Conservatoire de Bruxelles, 1891, p · texte numérisé non relu

Annuaire du Conservatoire de Bruxelles, 1891, p

certains démagogues, il 11 e semble pas que Ton ait pu raisonnablement le soupçonner, alors qu’en maintes circonstances il avait donné des preuves de son civisme et de son dévouement, ni le rendre responsable d’un acte dont il n’était pas personnellement coupable.

Que Zimmermann, qui recueillit très vraisemblablement de la bouche de Sarrette les éléments de la courte biographie qu’il lui consacra, ait accepté religieusement la version qui lui était fournie, cela n’a rien que de très naturel. Que Sarrette même, parvenu aux honneurs, à la célébrité, à la vieillesse, ait cru devoir assumer quelques pieux mensonges pour expliquer certains faits de sa jeunesse, l’on ne saurait guère s’en étonner! Mais que Lassabathie, publiant un recueil de documents officiels sur le Conservatoire, ait reproduit cette assertion sans la contrôler, cela ne laisse pas que de surprendre, parce qu’en lui faisant place, il a contribué à lui donner une sorte d’authenticité. Disons cependant à sa décharge que, pressé de faire paraître son volume, il précipita ses recherches et les borna aux choses les plus essentielles, négligeant de faire la lumière sur les détails et de suppléer au défaut d’archives existant malheureusement pour la période 1789-1822 1 .

Une méthode toute différente nous a permis de retrouver nombre de documents que l’on croyait perdus ou que l’on ignorait, à l’aide desquels nous pouvons reconstituer presque entièrement l’histoire des premières années de notre grande École de musique. Sur le point qui nous occupe présentement — l’arrestation de Sarrette — nos investigations ont été particulièrement heureuses. Nous avons interrogé des témoins passifs, irrécusables, sinon toujours impartiaux, et nous sommes arrivé à cette conclusion, que le motif avoué de cette arrestation a été inventé à plaisir. Encore une légende à détruire! Combien d’ailleurs résistent à un examen sérieux?

Si nous n’avions abouti qu’à cette simple constatation, le résultat

J. Lu disparition des pièces d’archives a été constatée oftîciellemenl dès le 9 juillet 1821, par Pcrne, inspecteur général du Conservatoire, dans une lettre au chef de la direction des Beaux-Arts. Il y dit qu’aucune pièce administrative, autre que les registres et feuilles de service du Conservatoire, n’est restée en dépôt à l’Ecole, lors de la mutation de 1816 (Archives nationales, O 3 1805). Une lettre adressée le 22 juin 1822 à Vinit, l’ex-seerétaire du Conservatoire, par Cheruhini, laisse supposer que les documents en question ont été emportés à l’époque de la suppression du Conservatoire : « M’ayant été demandé par l’autorité des renseignements sur le personnel du ci-devant Conservatoire, j’ai l’honneur de m’adresser à vous, étant certain que vous possédez les documents nécessaires à l’instruction que je désire obtenir. ... » (Arch. du secrétariat du Conservatoire.)

PRÉAMBULE

eût été sans grand intérêt. Par bonheur, dans cette enquête, nous avons réuni des renseignements curieux et non connus sur la part que Sarrette prit au mouvement qui se produisit sous la Révolution et sur les rapports qu’il eut, de par ses fonctions, avec les différents personnages politiques qui se succédèrent au pouvoir. Il ne s’ensuit pas que nous voulions apprécier sa conduite et rechercher ses opinions; ce serait difficile, délicat et inutile. L’œuvre importe plus que les sentiments de l’homme; or, quels qu’aient été ses actes, libres ou contraints, ils ont eu pour principal objectif la création d’une grande institution musicale dont la France pût s’honorer. Soit par conviction, soit par intérêt, Sarrette se trouva donc mêlé aux événements, et s’il fut amené, volontairement ou non, à manifester — suivant les temps — des sentiments contradictoires ou à se livrer à des actes que chacun peut juger différemment, selon ses préférences, il est constant qu’il resta fidèle à l’œuvre qu’il avait entreprise, et c’est ce qu’il faut surtout considérer.

Aux approches du centenaire de la fondation de 1 Lcole dont la musique française peut à bon droit s’enorgueillir, il n’est pas indifférent, croyons-nous, pour se rendre exactement compte du rôle de Sarrette et de l’importance de la tâche accomplie, de savoir comment se sont produits certains faits, dans quelle suite de circonstances il s’est trouvé avec ses collaborateurs, à combien de démarches ils ont été tenus, quelle a été leur abnégation, quels obstacles ils ont rencontrés, par quelles péripéties ils sont passés, quelle somme d’efforts il leur a fallu pour triompher de difficultés de toutes sortes, en un mot de connaître les moindres incidents qui ont précédé, accompagné ou suivi la création de ladite Ecole ; car elle n’est pas le résultat direct d’un projet spontanément conçu par le législateur, mais le fruit de l’initiative et de la persévérance d un amateur passionné et d’artistes dévoués, qui l’imposèrent par l’expérience.

Une telle relation forme naturellement le chapitre initial de l’histoire du Conservatoire; elle fait partie du travail général que nous avons entrepris depuis longtemps et dont le plan a été rappelé dans le Ménestrel du 4 novembre 1894, le Monde musical du 15, etc. Il eût été très à propos de la publier à l’époque du centième anniversaire de la fondation ; mais, pour être complet, exact et sincère, un ouvrage aussi considérable ne peut s’achever à bref délai. Cependant nous ne voulions pas manquer de faire ressortir, par le récit détaillé de

leurs travaux, combien sont mérités les titres à la reconnaissance ou à la considération du monde musical acquis par les artistes qui ont donné naissance à ce glorieux établissement, au moment surtout où l’on va fêter le souvenir de cet événement qui marque incontestablement dans les fastes de la musique, puisque l’honorable M. Gevaert, directeur du Conservatoire de Bruxelles, entre autres, a constaté, dans un discours sur renseignement de l’art musical prononcé en 187G à l’Académie royale de Belgique, en présence du roi et de la reine, que le Conservatoire de Paris « eut l’honneur de servir de type aux établissements analogues créés depuis lors dans la plupart des capitales de l’Europe ». Cette occasion nous a donc déterminé — sans nous faire renoncer pour cela au travail en cours — à écrire un ouvrage plus restreint et plus spécial à la circonstance qui en est la cause. De la sorte, les éléments qui 11 e formaient qu’une minime partie du sujet primitif et n’occupaient qu’un rang tout à fait secondaire au milieu d’un travail plus étendu, passent au premier plan. Cela n’a rien toutefois qui puisse paraître insolite; l’histoire de l’institution ne commençant, à proprement parler, qu’à partir de sa création, le rôle prépondérant appartient, pour la période préparatoire, à Sarrette et à ses collaborateurs. Cette interversion, qui s’autorise parfaitement de ce fait, a en outre l’avantage de nous permettre de faire entrer dans ce volume des matériaux qu’il nous fallait sacrifier dans le précédent, et de donner à certains chapitres un développement que le premier projet ne pouvait comporter. Conséquemment, aux nombreux fragments distraits du travail en question, nous avons joint la réfutation de la légende établie quant à l’arrestation de Sarrette, et quantité de détails complémentaires, de façon à offrir la biographie la plus complète dont le fondateur du Conservatoire ait été l’objet, dans laquelle sont en même temps retracées par le menu les origines de l’institution, les deux sujets étant étroitement liés. Est-il besoin de dire que l’on y trouvera beaucoup de documents inédits, la plupart inconnus, et que ceux qui sont empruntés aux imprimés contemporains, n’ont pas encore été, pour la plus grande partie, utilisés'/

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