Arch. nat., F‘ c
142 LA DIRECTION DU CONSERVATOIRE
latif « n’ayant pas accordé un écu au Ministre de rintérieur dans la distribution des fonds de l’an V pour cet objet si important de la dépense publique 1 ». Mais le Directoire, attaché au maintien des institutions républicaines, voulut au moins qu’il fût fait une commémoration du 14 juillet dans l’enceinte de son palais. Le 26 messidor, le Conservatoire et la musique de la garde du Directoire se trouvèrent dans la cour du palais, où ils se firent entendre tour à tour. Le Conservatoire présenta une innovation qui fut fort appréciée. Jusqu’alors les professeurs et les artistes qu’ils s’adjoignaient avaient seuls participé à l’exécution. Ils offrirent à la Patrie en cette journée du 14 juillet « les premiers fruits de leur organisation récente», selon l’expression d’un chroniqueur. « C’étaient des jeunes personnes et des jeunes gens instruits seulement depuis huit à neuf mois par les leçons des grands maîtres que réunit le Conservatoire », dit-il encore. Ils exécutèrent en chœur le Chant du 14 juillet et le Chant du Départ , de telle façon qu'il en résulta une impression très favorable à l’École :
Les jeunes filles, parmi lesquelles un grand nombre joint à lout l’éclat de la jeunesse et de la beauté un air de décence qui annonce l’éducation la plus honnête, étaient presque toutes accompagnées de leurs mères. C’est sous leurs yeux attendris qu’elles célébraient, d'une voix pure, la Patrie et la Liberté. La strophe des femmes dans le Chant du Départ n'avait jamais paru si touchante. J'étais auprès de Méhul quand elles ont chanté cette heureuse production de son génie. J’ai passé mon bras autour de lui et je l’ai pressé doucement. Nous nous sommes regardés, les yeux humides; car le génie de Méhul est dans son âme; et quand une âme lui parle, il l’entend....
Revenons au Conservatoire. Cet heureux essai doit commencer à payer de leurs peines les chefs de ce grand et utile établissement; il doit faire pressentir au Gouvernement quel fonds de richesses ce sera par la suite pour l’art musical, qui n’a plus désormais en France d’autre source de vie et de reproduction : il doit lui prouver encore quel degré d’activité y ont pris les études, puisque si peu de tems a suffi pour fournir un chœur si nombreux et déjà d’une exécution si soignée aux fêtes de la République 2 .
Ce nouvel élément fit partie des fêtes qui suivirent : celles de la Liberté (9,10 thermidor-27,28 juillet) ; du 10 août (23 thermidor) ; de la fondation de la République, qui ouvrait l’an VI (22 septembre).
1. La Décade philosophique, n° du 30 messidor an V, p. 181. — L’anniversaire du 21 janvier avait causé un plus grand déploiement, mais les dépenses pour la musique ne furent réglées que deux ans après.
2. Article signé G. dans la Décade philosophique déjà citée. Cette initiale dissimule-t-elle la personnalité de Ginguené?