‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 117 sur 149 · Procès-verbaux , Rapport, v. 3 et 7 frimaire an VII · texte numérisé non relu

Procès-verbaux , Rapport, v. 3 et 7 frimaire an VII

2. Séance du 23 fructidor an VII (10 septembre 1799), ibid., p. 112. C. P. Le Conservât, de musique.

146 LA DIRECTION DU CONSERVATOIRE

3 professeurs sur les 13 provenant de l'ancienne École de chant, et 6 sur les 46 admis depuis la création du Conservatoire; ce furent les ex-musiciens de la garde nationale, au nombre de 27 sur 59, qui supportèrent le plus grand poids de la réforme 1 . Un jury nommé par le Ministre, le 27 ventôse (19 mars), avait procédé à la désignation des membres à éliminer; sa tâche se trouvait toute tracée par les modifications que le temps avait apportées aux besoins plus restreints et moins fréquents des exécutions publiques. Le chiffre total du budget, qui avait été jusqu’alors de 320 000 francs — chiffre considérable, dans lequel les appointements du corps professoral et de l’administration figuraient pour 260800 francs, non compris les employés et agents subalternes — descendit à 230000 francs, sans diminution du taux des traitements.

Dans la constitution nouvellement adoptée, Sarrette reçut le titre de directeur; le personnel enseignant se composait de 74 membres, divisés en deux classes, dont 30 pour la première et 44 pour la seconde 2 , outre les 6 inspecteurs, le secrétaire et le bibliothécaire, pour lesquels rien n’était changé 3 .

Quelque légitimées que fussent les suppressions, elles devaient fatalement faire naître des mécontentements. Déjà l'hostilité s’était manifestée envers le Conservatoire, avivée par les partisans du rétablissement des maîtrises et les envieux : le nombre de ses adversaires grossit donc encore. Par un aveuglement systématique, Lesueur, qui s’était séparé de ses collègues, ne voyait plus en eux que des ennemis, et il combattit l’institution avec rage, excitant l’animosité en divulguant — malgré son serment — ce qui s’était passé dans le jury lors des opérations relatives à la réduction du nombre des professeurs, et en portant d’injustes accusations dans les journaux ou dans d’indignes pamphlets. Pour contrebalancer, sur le terrain artistique, les desseins de ses adversaires, Sarrette, reprenant le projet de Leclère, présenta, en floréal an IX (mai 1801), au premier Consul, un plan d’organisation d'Écoles de diverse importance se rattachant au Conservatoire, travail des plus remarquables,

1. Sur les listes du personnel (p.36, 52, 132 à 135), le nom des professeurs éliminés est précédé d’un astérisque (*).

2. En réalité, il n’y eut que 29 professeurs de l re classe; pendant plusieurs années la trentième place fut réservée.

3. Tous les artistes dont le nom n’est précédé d’aucun signe sur les listes précitées (note 1 ci-dessus), continuèrent à faire partie du Conservatoire (excepté, bien entendu, ceux pour lesquels une cause de disparition, décès ou démission, est indiquée), ainsi que ceux qui sont marqués de deux astérisques (**).

qui témoigne d’une grande habileté de conception et de l'esprit pratique de son auteur. La lutte continuant, il lut ce travail à l'Assemblée, avec ses Observations sur létat de la musique , dans lesquelles il faisait un tableau comparatif de l’instruction du Conservatoire et de celle des anciennes écoles ainsi que des dépenses qu’elles occasionnaient, par rapport à son système d'enseignement dans tout le pays (24 février 1802) 1 . Pour soutenir le courage de Sarrette et reconnaître ses efforts en faveur de l’institution, les membres du Conservatoire lui votèrent, le 23 mars, un monument perpétuant le souvenir de leur gratitude (v. p. 163). Les attaques redoublèrent alors, et, après quelques mois, celui-ci, écœuré ou jugeant nécessaire de se sacrifier au salut de l'établissement, prit une résolution qu'aucun de ses biographes n'a signalée : il envoya, le 16 juin, sa démission au Ministre. C’est le surlendemain que les professeurs, désolés et indignés, décidèrent qu’un mémoire serait rédigé pour réfuter toutes les calomnies accumulées contre le Conservatoire et son directeur (v. p. 164). Que se passa-t-il entre le Ministre et Sarrette pendant les vingt jours qui suivirent l’envoi de sa démission? Rien n’en a transpiré; mais une lettre inédite nous apprend que la décision de Sarrette fut considérée par ce haut fonctionnaire comme une faiblesse et une désertion, et, en refusant de s’y associer, il ne lui cacha pas son étonnement; de sorte que l’avis qu’il lui adressa le 9 juillet est à la fois un blâme et une marque de confiance :

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