LÉGION D’HONNEUR
Paris, le 7 décembre 181 / 4 .
Le Chancelier à Monsieur Sarrete , chevalier de la Légion d'honneur , capitaine de la musique de la garde nationale de Paris , directeur du Conservatoire royal .
Le Roi vient de vous nommer chevalier de la Légion d’honneur.
Je m’empresse, Monsieur, de vous annoncer la grâce que Sa Majesté vous a accordée.
Le Comte de Dieune, secrétaire général 2 .
L’attribution de cette distinction pourrait être considérée comme une préparation et un adoucissement à la révocation qui allait suivre, s’il était acquis qu’il y eût corrélation entre les deux actes. Mais il apparaît plutôt qu’ils furent indépendants, et qu’il y eut rencontre fortuite, cette nomination n’ayant aucun caractère spécial et s’adressant également cà d’autres musiciens, subordonnés de Sarrette, tant au Conservatoire que dans la musique de la garde nationale. Vingt et un jours après, le 28 décembre, il recevait brusquement du Ministre de l’Intérieur l’ordre de cesser ses fonctions :
Monsieur, je vous préviens que j’ai donné des ordres pour que l’hôtel des Menus-Plaisirs et toutes ses dépendances soient mis de suite à la disposition deM. le comte de Blacas, Ministre de la Maison du Roi.
1. Le Moniteur , n° du 13 décembre 1814, p. 1395. — Un extrait de l’ordonnance du 7 décembre 1814 concernant Sarrette existe à la bibliothèque du Conservatoire.
2. Dossiers de la Grande chancellerie de la Légion d'honneur.
LA DIRECTION DU CONSERVATOIRE
Vous devrez, Monsieur, quitter sans délai l'appartement que vous occupez, et vous regarder, dès ce moment, comme n’ayant plus la direction du Conservatoire.
Je suis, Monsieur, très parfaitement serviteur.
L'abbé de Montesquiou.
Cet avis de destitution a été maintes fois reproduit et généralement apprécié en termes sévères. La protestation qui suit, adressée au Ministre parSarrette, lorsqu’il eut obtempéré à l’injonction qu’il avait reçue, est restée inédite :
Monseigneur, l'ordre que votre Excellence m'a adressé le 28 décembre de cesser à l’instant mes fonctions de directeur du Conservatoire de musique et de déclamation et de quitter de suite l'appartement que j’occupais, a été ponctuellement exécuté. Ainsi, après 25 ans de soins donnés à l’organisation et à l'administration du Conservatoire, ceux à qui je portais ombrage sont parvenus à m’en faire arracher !
Je ne réclame pas contre cet acte de rigueur que je n’ai pas mérité; je me borne à déclarer à Votre Excellence, sur l’honneur, que les motifs qui me sont revenus et qu’on m’a dit avoir été mis en avant pour m’écarter de l’établissement que j’ai fondé, sont d’horribles calomnies!.
Il ne faut pas être très perspicace pour voir ceux à qui Sarrette fait allusion ; leurs attaques antérieures les désignent clairement. Mais, s’il acceptait son congé, Sarrette n’entendait pas renoncer à ses droits; il terminait sa missive en rappelant qu’aux termes de l’article 14 de la loi du 16 thermidor an III, qui avait établi le Conservatoire, une pension de retraite lui était due, et il concluait en demandant qu’elle fût liquidée.
Cette loi n’avait pas été abrogée, et il était difficile de repousser la prétention de Sarrette. On ne l’essaya même pas; la note ci-après — inédite comme la précédente lettre — explique dans quelles conditions elle fut accueillie :
Ministère de l’Intérieur 2 e Direction
Bureau des Sciences Note pour Sa Majesté.
et des Beaux-Arts.
Le régime du Conservatoire de musique et de déclamation a paru susceptible de subir quelques modifications. Par suite des mesures prises à cet égard, la place de directeur a été supprimée et le sieur Sarrette qui l’occupait s’est trouvé sans fonctions. Il a cessé de jouir de son traitement qui était de 8 ooü francs et d être logé, à la fin du mois de décembre dernier. 11 réclame