‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 146 sur 149 · C. P. Le Conservât, de musique · texte numérisé non relu

C. P. Le Conservât, de musique

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nissaient-ils, comme ceux de la Poésie, de la Peinture et de P Architecture, pour fixer les modes de l’étude, désigner au public les élèves qui se distinguaient dans les différentes parties, et se communiquer mutuellement les résultats de leurs travaux pour le reculement des bornes de l’art? Rien de ce qui pouvait être utile à la musique ou aux artistes qui faisaient admirer sa puissance, n’avait été fait : la Cour jouissait des délices de la plus brillante exécution, et accablait d’un insolent mépris l’humble mais célèbre exécutant; elle applaudissait aux œuvres savans delà composition,et laissait l’estimable compositeur végéter dans l’indigence, avec la certitude cruelle de mourir de besoin. Enfin, par un excès d’ineptie difficile à croire, la Cour de France, qui ne protégeait que par ton un art spécialement honoré chez tous les peuples policés, avait porté le ridicule jusqu’à décorer du titre fastueux (¥Académie royale de Musique , le premier spectacle sans doute; mais un spectacle, quelque grand qu il fût, pouvait-il être une académie dans l’acception accordée a ce mot? Et sans parler de cette inconvenance, qui, sentie par tout le monde, provoqua tant de sarcasmes, l’Opéra pouvait-il jamais rien faire qui ressemblât aux fonctions d’une académie?

Mais cessant de s’appesantir sur les misérables causes qui, en empêchant les meilleurs résultats, tendaient insensiblement en France à l’anéantissement de l’art utile et moral de la musique, il faut s’attacher aux moyens qui peuvent réparer le mal produit par l’ignorance et la plus coupable insouciance : ces moyens sont confiés au Conservatoire de Musique. La loi du 16 thermidor, en traçant le principe général de son établissement, lui a laissé, par de grandes dispositions, toute la latitude pour faire le bien; mais ces bases ont dû être analysées et développées dans un règlement renfermant des dispositions particulières susceptibles d’être appliquées aux localités de rétablissement, et propres à imprimer à toutes les branches du service, prescrit par la loi, le mouvement général et régulier constitutif d’une bonne organisation.

Sous le rapport de police, le règlement doit fixer la place et déterminer l’action de chaque partie administrative; ramener, sans confusion et sans interruption, les mouvemens périodiques de chaque genre de service. Dans l’enseignement, il doit assurer la présence du professeur au poste qui lui est assigné; il doit maintenir l’ordre parmi les élèves; il doit veiller à la conservation des mœurs par la précaution qu’exige, dans 1 âge de la jeunesse, la réunion des deux sexes. Le règlement doit assurer au Gouvernement l’observation des principes constitutionnels, et garantir au public, dans les lieux où la loi l’admet, les égards qui lui sont dus. Sous le rapport de l’étude, le règlement doit préparer des routes faciles aux modes de l’enseignement, recevoir l’élève à l’école primaire de la musique, et le conduire avec précaution, en suivant le développement de ses facultés intellectuelles, au centre de 1 étude, ensuite, par émulation et encouragemens, aux portes de la célébrité. Le règlement doit enfin établir des classes indispensables à l’entendement musical et au complément de l’étude, dans lesquelles la théorie de l’art et ses rapports avec les mathématiques, la poétique et l’historique seront traités : la physique y expliquera, par les règles de l’acoustique, les procédés employés par les anciens pour augmenter le son et le

porter dans toute sa pureté, sans interruption, aux extrémités d’un nombreux auditoire; elle cherchera, dans scs immenses découvertes, les moyens d’étendre ou rectifier la partie instrumentale, et procurera aux instrumens à vent le volume de sons graves qui leur manque pour le service mobile. Enfin, la dramatique, cette science de l’âme, qui seule donne la vie aux accords et l’expression à la mélodie, y sera traitée avec la déclamation.

Le règlement ne doit pas se borner à organiser les institutions indispensables à l’étude de la théorie générale de la musique; il faut aussi qu’il four nisse à la pratique les moyens de transmettre les leçons utiles de l’expérience; il faut que les ouvrages des maîtres de tous les temps et de toutes les nations, réunis dans la bibliothèque du Conservatoire, offrent aux recherches des jeunes artistes les conseils du savoir ; il faut que, par une exécution complète dans des exercices solennels, le musicien puisse entendre et faire connaître aux amis des arts les productions qui honorent le sien.

A côté des musées célèbres que le génie de la liberté forma pour les progrès des sciences et des arts et leur prospérité dans la République, les amis de la gloire nationale verront s’élever aussi celui de la musique : cette nouvelle institution, en arrachant à l’oubli les chefs-d’œuvre de toutes les écoles, offrira l’exposition unique des richesses sublimes de cet art, et indiquera à l’histoire sa marche progressive; tout ce que le génie de la musique a produit de grand sera exécuté par le Conservatoire dans des exercices, soit que ces œuvres aient été consacrées au culte, soit qu’elles aient été écrites sous différentes langues, ou que le goût du nouveau les ait entièrement éloignées du théâtre.

Ces productions, en imprimant le sentiment du beau, exciteront l’émulalion des jeunes compositeurs; elles aideront au développement de leur génie, et feront naître des ouvrages dignes d’illustrer l’École qui s’établit.

C’est alors que l’Europe éclairée, appréciant les résultats de cette école, lui marquera avec impartialité la place qu’elle devra occuper près celles d’Allemagne et d'Italie; c’est alors que les artistes dont les travaux auront contribué à ce triomphe, autant utile que glorieux pour la patrie et les arts, jouiront de la douce récompense de voir leurs talons se reproduire dans ceux de leurs élèves, et recevront du peuple français la double couronne de l’admiration et de la reconnaissance. Puisse ce moment n’être pas éloigné! Puissent le zèle et la constance que les membres du Conservatoire apporteront aux importantes fonctions qui leur sont confiées, en rapprocher le terme, et réparer enfin le tort produit à l’art musical en France par la suspension de l’enseignement pendant sept ans!

Citoyens, le Gouvernement attend tout de vos efforts; les amis des arts vous montrent le prochain anéantissement du théâtre lyrique, par le dénuement d’artistes en ce genre; ils vous pressent d’activer vos travaux....; leur attente ne peut ctre trompée. Déjà vous avez préparé les ouvrages élémentaires qui doivent éloigner de la partie classique du Conservatoire les productions de l’ignorance et du faux savoir; vous allez commencer l’enseignement ; son succès est garanti par la réputation que vous vous êtes si justement acquise.

APPENDICE

Discours prononcé par le citoyen Gossec, doyen d’àge des Inspecteurs de renseignement du Conservatoire, dans la séance d’ouverture, le 1 er brumaire an V.

L’art de la musique, rendu, par le Gouvernement français, à la dignité dont il fut honoré chez les peuples libres de l’antiquité, doit désormais, comme alors, diriger toute sa puissance vers la gloire nationale et l’utilité publique.

Mes collègues, une honorable carrière est ouverte, et c’est nous qui sommes appelés à la parcourir, nous qui avons su venger notre art avili par le despotisme en le consacrant aux triomphes de la liberté.

Malgré la volonté du Gouvernement et notre sollicitude, condamnés à l’inaction, nous avons vu s’augmenter d’une année la lacune désastreuse que déterminèrent les circonstances dans l’enseignement de l’une des plus utiles portions de l’instruction publique. Maintenant, les entraves disparaissent, et de vastes moyens nous sont offerts : notre devoir est de justifier, par le zèle le plus actif, l’attente du Gouvernement. 11 nous prescrit la tache importante de former une école digne de la puissance du peuple dont il est l’organe : ne doutons pas du succès ; nous sommes guidés par l’amour des arts et par celui de notre patrie.

Jeunes élèves, vous qui avez dû gémir de la perte d’un temps précieux à vos études, c’est à vous de seconder, par votre aptitude, les artistes qui vont vous prodiguer leurs soins : livrez-vous en entier à l'art que vous avez embrassé; que l'espoir de célébrer dignement les actes héroïques, dont chaque jour les fastes républicains sont formés, anime et dirige votre émulation! Vous illustrerez votre pays; la gloire de l’école française sera la récompense de vos maîtres.

Citoyen Ministre, dont la volonté, sous les auspices du Gouvernement républicain, tend au progrès des sciences utiles, recevez du Conservatoire de Musique l'assurance que son zèle répondra au vœu de son institution : hâtez-vous d’activer le complément du système de son organisation; les amis des arts attendent tout de la puissance nationale. Vous seul pouvez, dirigeant ses moyens, assurer les heureux résultats que la République doit obtenir d'un établissement conçu pour sa gloire; que, par votre sollicitude, l’égide protectrice d’un Gouvernement éclairé seconde nos travaux, et nous atteindrons ce but important.

(Organisation clu Conservatoire de Musique .... imprimé aux frais des amis des Arts; Paris, impr. de la République, brumaire an V.)

OBSERVATIONS SUR L’ÉTAT DE LA MUSIQUE

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